‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 160 sur 199 · PAPIERS DE LA CASSETTE DU PRINCE · texte numérisé non relu

PAPIERS DE LA CASSETTE DU PRINCE

davantage *. Dans la circulaire destinée aux grands, après avoir exposé les mêmes griefs, il ajoutait que le roi ne le voulait point marier afin de le priver de postérité et de faire passer la couronne aux propres fils qu'il pourrait avoir un jour. Il leur rappelait qu'ils lui avaient autrefois juré fidélité à Tolède, les exhortait à ne point se laisser détourner de leurs devoirs envers lui, déclarait devoir accorder de grandes faveurs à ceux qui demeureraient ses fermes partisans, et spécialement annonçait l'intention de leur restituer le privilège des gabelles, récemment accaparé par la couronne. Dans la lettre écrite aux communes, il promettait de les délivrer des charges nouvelles que son père leur avait imposées; enfin il demandait à tous les princes de l'Europe leur secours et leur amitié ^.

On trouva encore dans le coffret deux listes singulières : don Carlos avait placé dans l'une ceux qu'il haïssait, dans l'autre ceux qu'il aimait. Parmi les ennemis qu'il disait « détester jusqu'à la mort »

1. « Gonteneva specificamente molli aggravij che in molli anni prétende ch' egli siano stati fatti de S. M., e diceva ch' egli n* andava fuori de 'suoi per né poterli piû supportare. » Ibid.

2. « Contenevano il medesimo, aggiungendo che S. M. trattiene il darli moglie, acciô che non abbiano de succedere nelli regni di Spagna li figliuoli che nascerano da lui, ma quelli del re proprio, e gli ricorda che l'hanno giurato per suo principe, che non si lasciano rimovere dal suo debito o délia compila osservanza del giuramenlo, e promellea quelli che saranno fedeli estaranno fermiuel giuramenlo, alli grandi favori e grazie el in specie renderli la gabella che diceva esserli stala lolla dal re. . aile comunitâ le var le gravelle che diceva novamenle essersi imposle, agli principi né suddili rendeva conlo ch' era slalo sforzaloa far quesla risoluzione, e li pregava che la pigliassero per bene e cercava di facerli amici con buone parole e molle oiïerle. » Dépêches manuscr. du nonce, ibid.

se trouvait au premier rang le roi, puis Ruy Gomez, et, l'on ne sait pourquoi, la princesse d'Eboli, qui devait plus tard jouer un rôle si étrange dans les romanesques aventures d'Antonio Ferez ^ ; le président Espinosa et le duc d'Albe. Parmi ses amis, il avait placé la reine, qu'il avait toujours entourée de la plus respectueuse affection, don Juan d'Autriche, don Luis Quijada et don Pedro Fasardo, fils du marquis de los Vêlez *. Ces listes n'étaient que puériles, mais les lettres, si leur rédaction était conforme à la relation du nonce, trahissaient, à travers les accusations vagues dont elles étaient remplies et les préoccupations familières au prince d'Espagne, une évidente intention de révolte et le plan d'une conspiration clairement caractérisée. C'était sans doute à ces criminels écrits que l'ambassadeur de France faisait allusion quelques jours plus tard : t II (don Carlos) s'est découvert luy-mesme de mille folles resveries bien estranges qu'il avoit conçues en son esprit 3, » et Philippe les avait en vue lorsqu'il disait hautement pouvoir montrer « quarante causes et rai-

L Voy. sur la princesse d'Eboli le beau travail de M. Mignet, Antonio Ferez et Philippe II ^ et depuis le remarquable livre de M. Muro intitulé la Priticesa de EboH.

2 . « Li quali diceva d'haver a perseguitar sino alla morte, tra i quali il primo era scritto il re suo padre, di poi Ruy Gomez e la moglie, il présidente, il duca d'Alva e certi altri,..* amici... in prima la regina, la quai diceva ch' egli era amorevolissima, don Giovanni d'Austria, don Luis Quijada, don Pedro Fasardo che sta in Roma, e certi altri ch' io non so. » Dépêches manuscr. du nonce , ibid, — « Don Pedro Fasardo, hijo del marqués de los Velcs. » Arch. Sim. Contad. gêner., 1* época, leg. 1051.

Page 1