‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 161 sur 199 · Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 5 février 15Ô · texte numérisé non relu

Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 5 février 15Ô

PAPIEUS DE LA CASSETTE DU PRLNCE Î97

sons * » de sa conduite, s'il était besoin de la justifier.

D'après Cabrera, une commission extraordinaire fut nommée pour s'occuper de cette affaire. Elle fut composée d'Espinosa, de Ruy Gomez, du conseiller de la chambre royale Briviesca de Mutafiones *. Il est étrange que des écrivains sérieux aient cru voir là un procès. 11 n'y en a pas eu, il ne pouvait pas y en avoir. Philippe, qui eût pu si aisément invoquer les fautes de son fils pour excuser une sévérité dont l'opinion publique du monde entier s'étaitémue, apris soin, au contraire, commeonl'a vu, d'écarter complètement cet ordre d'idées. Cela posé, un jugement serait inexplicable : on fit venir, dit-on, de Barcelone les pièces du procès que don Juan II d'Aragon, père de Ferdinand le Catholique, avait, un siècle auparavant, fait instruire contre son fils, le prince de Viane ^. C'était peut-être comme modèle de procédure. Mais dans quel but cette procédure? pour condamner don Carlos? A propos de quel crime. Un insensé est toujours innocent, et la roi était le premier à proclamer cette innocence.

N'était-ce pas bien plutôt pour préparer les éléments de la décision finale qui eût déclaré déchu de ses droits au trône un prince incapable de régner? Hypo-

i. /6îrf„ 22 janvier 1568,

2. « Hizo una junta ciel cardenal Espinosa, Ruy Gomez de Silva, y el liceiiciado Briviesca de su consojo de sucâmara para causar proceso juslificando la prision y causa del principe. » Cabrera, VII,

3. « Embiô al archive de Barcolona por ol que caus6 el rcy don Juan Segundo de Aragon contra el principe do Viana. » Ibid.

«Oi DON CAKLOi ET PHILIPPE H

thèse d'autant plus vraisemblable que c'était là où en voulaient venir les ennemis du prince de Viane. Ce procès est donc tout simplement une enquête : la commission fut saisie de la question de savoir si, les faits articulés contre don Carlos étant exacts, il pouvait conserver en Espagne la situation de prince héréditaire. Si don Carlos avait vécu, il est vraisemblable que le roi eût assemblé les cortès de Castille <jui avaient prêté serment au prince et leur eût communiqué les résultats de l'enquête, et qu'il les eût solennellement relevés de leurs engagements. Par malheur, les pièces de cette instruction qui jetterait un si grand jour sur la vie passée de l'infant paraissent irrévocablement perdues *.

1 . Oa a cru longtemps, d'après Cabrera, que ces pièces avaient été renfermées dans un coffret vert remis aux archives de Simancas, mais il a fallu renoncer à cette illusion. M.Gachard, dans sa Notice <los archives de Simancas, p. 27 et 28, raconte à ce sujet une anecdote dont il garantit Tauthenticité. Lorsque le général Kellermann occupa Valladolid pendant la guerre d'Espagne, sous l'Empire, les savants de cette ville le supplièrent de faire prendre aux archives de Simancas et ouvrir le coffret qui, selon la tradition, devait contenir le procès de don Carlos. Le général y consentit et envoya à Simancas le chanoine Magrovejo. Le coffret mystérieux fut ouvert, et, au lieu du procès de don Carlos, on trouva celui de don Rodrigue Calderon, condamné à mort sous Philippe IV.

D'autre part, M. Lafuente, auteur d'un vaste travail sur l'histoire d'Espagne, a été aussi préoccupé de ce coffret. On avait prétendu que le roi Ferdinand VII avait envoyé chercher le procès du prince par l'archiviste Tomàs Gonzalès, et qu'à la mort du roi ces papiers avaient été mêlés à d'autres fort importants et étaient conservés dans une armoire do la chambre royale : «Nous nous sommes efforcé, dit M. Lafuente, de savoir ce que cette histoire pouvait avoir de vrai. Le résultat de nos investigations a été de nous convaincre d'uue manière positive que l'archiviste Tomâs Gonzalès n'avait jamais envoyé ce procès à Ferdinand VII. Nous avons su également par plus d'une personne autorisée qu'il n'y avait rien de pareil parmi les papiers trouvés à la mort du roi dans son apparte-

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