DON CARLOS AU SECRET
Du reste, il était servi en prince et avec douceur. Ses gardiens avaient ordre de lui obéir en tout ce qui n'était point contraire au règlement de leur conduite et de la sienne ; et le roi tenait tant à savoir son fils traité avec tous les égards dus à son rang et à son malheur, qu'il écrivit le 2 mars une instruction, contre-signée parle secrétaire Pedro de Hoyo et destinée à RuyGomez. Il y entre dans les détails les plus minutieux sur la nourriture et les vêtements de son fils ; recommande que Ton veille assidûment à la parfaite salubrité de la nourriture, à la propreté de l'appartement du prince, et il enjoint aux gentilshommes commis à la garde de l'infant d'agir avec le respect dû à une personne royale. « Telle était la justice, et telle sa volonté *. »
Ce devoir accompli, la vie du prince réglée, Philippe voulut, et ce désir fut suffisamment manifesté par sa propre conduite, que le silence se fît désormais sur la personne de l'infant, et que don Carlos «n prison demeurât inconnu. La cour sut comprendre, et feignit d'oublier *. On avait vu le roi défendre aux
■d'histoire fussent permis. Dans le règlement dont il est question plus bas, le Roi ne cite que les «livres de dévotion et de bonne doctrine »•
i. « El rey, por instruccion fecha à dos de março 1568, refrendada de Pedro de Hoyo, dirigida â Ruy Gomez, le mandô tuviese gran cuenta con el tratamiento y servicio del principe, proveyendo muy cumplidamente su vestido, su comida y aseo de su càmsira, en que le déjô recogido, tratàndole y asistiéndole en su presencia él y los cavalleros sefialados para servirle y guardarle con el acatamiento y rospeto que se dévia à su persona... pues era justo y su voluntad. » Cabrera, loco cit,
2. « Pare che nella corte non si parli più del principe. » Dépêches manuscr. du nonce, 14 février 1568. — « Ainsy s'en va estre en oubli qu'il ne s'en parle quasi plus, comme s'il n'estoit jamais nay. » Dépêches manuscr. de Forquevaulx, Î6 mars. — Relazione
prédicateurs toute allusion à remprisonnement du prince *, refuser même, comme nous l'avons remarqué plus haut, les témoignages de la sympathie de ses sujets ; ses familiers et lui se taisaient sur cet événement ^ ; à Texception de quelques détails échappés à des indiscrétions isolées, on ignorait les actes de don Carlos dans sa chambre solitaire; il y avait de quoi lasser les curiosités les plus vives , et la plupart des courtisans se soumirent, sans laisser voir de regrets, à l'attitude qui leur était imposée.
De temps à autre, il est vrai, des commentaires confus, des récits bizarres circulaient à petit bruit. Trop de gens entouraient le prince, trop d'esprits actifs étaient disposés à recueillir les moindres paroles et les moindres indices, pour que la captivité de don Carlos, dans le palais même, ait pu demeurer absolument secrète, mais il est malaisé de ne pas confondre des bavardages avec des faits réels. L'histoire circonstanciée de cette captivité ne pourrait être faite qu'à l'aide de mémoires écrits par les gentilshommes chargés de garder don Carlos, et il faut bien avouer que si de telles pièces existent, nous ne les avons ren- , contrées nulle part. Il est vraisemblable qu'aucun
di un domesiico di Ruy Gomez, Arch. Sim. Est., leg. 2018, fol. 195, déjà cité.
1 . « Ayant faict défendre à tous prescheurs de nommer aucunement ledict prince ny en faire mention en leurs prédications. » Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 26 mars. — « Ha fatto intendere a tutte le città del regno che non mandino uomiui o ambasciadore alcuno. » Dépêches manuscr. du nonce, 14 février.
2. « Parendo habbia caro che nessuno gliene parla. » Dépêches manuscr. du nonce, ibid.