PERSISTANCE DE PHILIPPE II
sur la raison de l'infant, sa raison n'en demeurait pas moins fondamentalement troublée. Forquevaulx. qui tenait ces renseignements d'un seigneur bien informé, dit-il, déclare très nettement « qu'il n'y a en luy aucun espoir qu'il soit jamais sage ni digne de succéder, car son entendement empire tous les jours, et par conséquent il n'y a lieu d'attendre sa liberté ». Il se raille de l'Empereur, qui paraît se flatter de voir don Carlos bientôt libre; quant à lui, persuadé « de la notoire incapacité et faute de sens dudict jeune prince* », il ne cesse de prédire, et cela dans diverses missives, sa translation dans une prison définitive, soit à Ségovie, soit à Médina, soit à la tour d'Essiles ou d'Arevalos 2.
L'infant espérait-il à cette époque la fin de sa captivité ? C'est assez vraisemblable, mais il dut être douloureusement déçu, car sa situation ne subit aucun changement. Le roi acheva même le licenciement de sa maison. Il resta soumis, comme par le passé, aux mesures que son père avait prises dès l'origine ; le roi s'occupait des affaires de l'État, allait et venait, comme d'habitude, de Madrid à l'EscuriaP,
i. Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 8 mai 4568.
2. « Si le roy passe en France, je le voy confiné en la tour d'Arevalos. » Dépèches manuscr. de Forquevaulx, 26 mars. — « Le pauvre jeune homme devient plus insensé de jour en jour, tellement que la tour d'Essiles ou d'Arevalos ne luy peuvent faillir pour sa retraicte » Ibid,, 6 avril. — Voy.aussi les dépèches du 19 janvier, du 9 mars, du 21 juillet.
3. Plusieurs historiens, entre autres Cabrera, affirment que le roi ne quitta pas Madrid pendant la détention de son fils : « No sali6 el rey de Madrid, ni aun à Aranjuez, ni â San Lorenço à ver su fàbrica, tan atento al negocio del principe estaba. » Cabrera, ioco cit. — C'est là une erreur suffisamment démontrée par une phrase de
sans paraître songer à lui « plus que s'il n'estoit jamais né * ». Évidemment sa résolution était inébranlable et Ton ne pouvait imaginer à la détentien de rinfant d'autre terme que la mort.
Ici nous nous trouvons en présence de nouvelles difficultés. Fut-ce le désespoir et les extravagances de sa conduite qui amenèrent chez Tinfant un redoublement de ces fièvres terribles qui l'avaient tourmenté toute sa vie et dont la suite naturelle, nous l'avons vu, avait toujours été le délire? La maladie fut-elle causée par l'absence d'exercice et les ardeurs d'un été formidable ? Quant à moi, j'admets très aisément l'influence de ces diverses causes physiques et morales : elles ont toutes réagi les unes sur les autres. Le désespoir a augmenté la fièvre ; la fièvre a aggravé le délire ; la température a pesé fortement sur l'organisation débile du prince condamné à ne point quitter sa chambre, et réchauffement du sang par suite d'une vie trop sédentaire a produit les plus grands désordres dans la santé physique et morale de l'infant. Nous avons, pour garantsde l'état de don Carlos, pendant cette période, les dépèches des ambassadeurs , les récits des historiens espagnols, les lettres émanées de la chancellerie de Madrid et une pièce anonyme de Simancas. Ce dernier témoignage, il est vrai, n'est pas signé, les récits des ambassadeurs et des historiens peuvent à la rigueur avoir été rédigés d'après les insi-
Forquevaulx, qui, dans sa lettre du 21 juillet, dit que le roi était venu de TEscuried & Madrid le 13.