TROISIÈME PÉRIODE DE LA CAPTIVITÉ
nuations du gouvernement ou les discours des courtisans, et quant aux lettres du secrétaire d'État, rien ne démontre la vérité de ce qu'elles avancent. Cependant l'unanimité de ces documents leur donne une certaine valeur, à moins qu'on ne suppose chez tous leurs auteurs bien de l'aveuglement et une complaisance absolue pour le mot d'ordre donné par le cabinet espagnol. Cette dernière disposition n'est pas ordinairement celle des diplomates bien avisés.
En outre, et même en présence de ces obscurités, une réflexion me frappe. Si Philippe II et le conseil d'État ont accumulé ainsi pendant deux mois des mensonges destinés à tromper toute l'Europe et à dissimuler éternellement la vérité à l'histoire, il ne peut y avoir sur la fin de don Carlos qu'une seule hypothèse : le roi l'a fait périr en prison. Un crime seul pourrait expliquer un si habile système pour prévenir tous les soupçons, et ce crime eût été longuement prémédité. Or, s'il est vrai qu'il n'y ait point de preuves absolument inattaquables qui s'opposent à cette hypothèse, il faut bien convenir d'autre part qu'il n'en est pas une seule acceptable qui la confirme. Il est loisible à n'importe quel ignorant de croire à un crime, mais il n'est possible à aucun savant de le démontrer. Pas un fait, même équivoque, pas un document, même douteux, ne viennent donner la moindre vraisemblance à une supposition toute gratuite et dont l'histoire n'aurait pas à se préoccuper si cette opinion n'avait pas conservé une certaine importance dans l'esprit de beaucoup de gens.
1. Depuis la 1" édition de ce livre, un écrivain Espagnol, Don
3» DOiN CARLOS ET PHILIPPE II
Tout crime est commis dans un but : or il faut nier — ce qui est impossible — tous les faits établis par d'incontestables documents et relatifs à la vie de don Carlos depuis sa naissance jusqu'à son arrestation, et se jeter alors à travers d'insoutenables hypothèses, ou bien il fa«t reconnaître que Philippe II n'avait aucun avantage à la mort de son fils. Dès lors il l'aurait fait périr sans cause : dans ces termes, pour qui connaît le roi d'Espagne, la question est décidée. Il est clair qu'une fois l'infant emprisonné et déclaré inhabile à succéder, il n'était plus un péril pour la monarchie : sa mort violente eût été un crime absolument inutile, par conséquent inexplicable. On peut admettre que Philippe II fût capable de tout, mais il ne versait jamais le sang pour le plaisir de le verser, et l'on ne peut pas sérieusement admettre qu'il eût fait périr son fils par pure cruauté. Les écrivains qui se sont faits les échos de ce bruit populaire énoncent cette opinion avec cette incroyable naïveté dans la calomnie qui caractérisait beaucoup d'historiens d'autrefois, et pas un seul ne songe à prouver ce qu'il avance. Rien ne peut étonner du reste de la part de ces auteurs si consciencieux : plusieurs n'ont-ils pas prétendu que Philippe II avait livré son fils à l'inquisition ? Il a fallu, pour réfuter ce mensonge absurde, que Llorente, qui avait eu, comme secrétaire de l'inquisition, toutes les archives du saint-office [entre les mains, ait
Guell y Renie a publié une étude sur don Carlos, faiblement rédigea d'ailleurs, dans laquelle il soutient la thèse de la mort violente de l'infant. Il faut reconnaître qu'il a procédé par affirmations sans produire aucun témoignage ni aucune preuve.