SUITE DE LA DISCUSSION
solennellement affirmé qu'il ne s'y trouvait pas un seul acte relatif à don Carlos i. L'hypothèse d'un crime tombe d'elle-même au premier examen.
Cela posé, il ressort avec évidence, d'abord que la chancellerie de Madrid n'a pas cherché à tromper la cour et, des ambassadeurs très attentifs et vigilants, puisqu'elle n'y avait aucun intérêt, enfin qu'on peut croire ce quelle affirme, puisqu'elle ne dit rien qui ne soit conforme aux relations envoyées par les diplomates à leurs cours respectives. Ces réflexions établissent, sinon absolument dans les détails, du moins pour le fond, la véracité des documents que nous avons sous les yeux, et nous permettent de nous avancer avec sécurité dans les ténèbres de cette histoire.
L'amélioration soudaine de la santé de don Carlos ne s'était pas soutenue; peu de temps après sa communion du mercredi de Pâques, les symptômes de délire, la fièvre 2, les crises de fureurs reparurent : « Il mène, écrit le nonce, une vie de désespéré ^, » Une chaleur excessive le surexcitait et l'accablait tour à tour. Tantôt, — et ce détail est d'autant plus vraisemblable que don Carlos était depuis longtemps sujet à cet égarement — tantôt, dis-je, il se
4. « Asejçuro que nada me ha quedado por hacer en los archives del consejo delà inquisicion... y debo asegurar que no hubo seniejante proceso de la inquisicion ni sentencia de inquisidores. » Llorente, loco cit., VI. 166.
^. « Enfermô ^ravemente de tercianas dobles malignas. » Cabrera, loco ciL — « Resultaron tercianas dobles malignas. » Llorente, loco cit.
3. « Fece una vita di desperato. » Dépêches manuscr. du nonce, 21 juillet 1568.
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livrait à de monstrueux excès de table, tantôt, au contraire, comme nous Tavons dit, il refusait systématiquement toute nourriture *, ou bien, altéré outre mesure par la fièvre et la température ardente, il ne se nourrissait que de fruits, surtout de prunes ^, et buvait d'énormes quantités d'eau mêlée .de neige ^, et cela jour et nuit et à jeun *. Ce régime, comme le fait observer un historien, eût été fatal à un liomme plus robuste s. Mais don Carlos ressentait de telles ardeurs intérieures, souffrait tellement de la chaleur de Tair, et, dans son délire, se rendait si peu compte du danger, qu'il agissait en toutes choses avec une égale imprudence. Dans sa chambre abondamment arrosée, il se promenait les pieds nus 6,
1. «Per disordine di mangiar alcune volte in estremo, corne è stato suo solito, et alcune volte non voler naangiare niente. » Dépêches manuscr. du nonce, ibid. — « Gomia con exceso cuando su estôniago carecia de calor necesario à la digestion... en el mes de junio, ae ni'gô à tomar alimento. » Llorente, loco cit. — « Gomiendo con d'sôrden y exceso. » Relacion anônima de la enfermedad y fallecimiento del principe don Carlos. Arch. Sim. Est., leg. 906. — « S'est opiniastré de ne vouloir point manger. » Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 21 juillet 1568,
2. « Il y a huit jours qu'il n'a mangé que quelques prunes. » Dépêches manuscr. de Forquevaulx, ibid. — « Gomiendo fnitas y otras cosas contrarias à su salud. » Relacion anonima, etc. Ms. déjà
cité.
3. « Bevere agghiacialissimo senza mangiar cosa nessuna. » Dépêche manuscr. du nonce, 27 juillet. — « Permaneciô porespacio de once dias con solo agua helada. » Llorente, loco cit. — « Bevia con exceso agua de una gran fuente de nieve. » Gabrera, loco cit. — « B îbiendo grandes golpes de agua muy fria con nieve » Relacion anônima, etc. Ms. déjà cité. — Ferreras, loco cit.
4. « En ayunas y de noche. » Relacion anônima^ etc. Ms. déjà cité. — « Toujours buvoit l'eau avec neige. » Dépèches manuscr. de Forquevaulx, 2ô juillet 1568.