MORT D ISABELLE DE YÂLOI
« Ne crains pas du moins que la mort tire vanité de tes dépouilles : loin de là, ton valeureux esprit l'avait effrayée, elle redoutait les illustres exploits qui auraient signalé ton nom et les triomphes qui t'attendaient : elle vit qu'à ne te point perdre elle se perdait elle-même, et ce fut la peur qui lui donna de l'audace *. »
Il n'y a pas à discuter une pièce de vers dont le style est tout le mérite : bornons-nous à faire observer qu'on trouve dans celle-ci, remplie du reste des expressions les plus flatteuses pour la vanité de Philippe II, l'origine de ce travestissement du type historique de don Carlos, et par suite des inventions chères à tant de beaux esprits et à un grand poète des siècles suivants.
La maison de Philippe II devait être frappée encore, avant la fin de cette même année 1368,
1 Ilustre y alto mozo,
A quién el cielo diô tan corta vida, Que apénas fué sentida ; Fuiste brève gozo,
Y ahora luengo llanto de tu Espana, De Flandes y Alemaûa,
Italia, y de aquel mundo nuevo y rico,
Gon quien qualquier imperio es corta y cliico.
No temas que la muerte
Vaya de tus despojos victoriosa,
Antes ira medrosa
De tu espîrilu fuerte :
Las inclitas hazanas que hicieras,
Los triunfos que tuvieras,
Y viô que â no perderte se perdîa,
Y asî el niisino tenior le diô osadia.
(Obras poeiicas de Fr.. Luis de Léon, Valence, 1785, in-lî.)
commencée sous de si sombres auspices, par une autre calamité. La reine Isabelle de Valois , mourut en couches, le 3 octobre. L'ambassadeur de France nous a conservé, dans une lettra empreinte d'une émotion profonde, le souvenir de 9BS derniers instants : « Le roy son mary, dit-il, Tavoit visitée ce ce matin devant jour, auquel ladicte dame, parlant en très-sage et très-chrétienne princesse, et prenant congé de luy pour jamais en ceste vie, en langage que reyne ne parla avec de meilleur sens ni plus sainement, luy recorda mesdames ses filles *, l'amitié do Vos Majestés \ la paix de vos royaumes et ses dames, avec aultres paroles dignes d'admiration et pour faire fondre le cœur d'un bon mary comme estoit ledict seigneur roy, lequel respondict de mesme constance, ne pouvant croire qu'elle fust si près de sa fin, et luy accorda et promit toutes ses requestes et demandes. Puis s'est retiré dans sa chambre fort angoisseux et triste. » Forquevaulx, ayant appris ces lugubres nouvelles, courut au palais. Philippe venait de quitter la reine : celle-ci accueillit avec de douces et mélancoliques paroles le fidèle serviteur de sa famille, le vieux soldat de son père et de son aïeul : « La reyne me reconnut et me dict : Monsieur de Forquevaulx, vous me voyez en chemin de desloger bientost de ce misérable monde pour aller à un aultre royaume plu^ agréable, où j'espère d'estre auprès de mon Dieu en gloire qui n'aura
1. Isabelle avait deux filles, Tinfante isabelle-Claire-Eugénie, née en août 1566, et l'infante Catherine, née en i568.