Forquevaulx écrit au roi
RÉCIT DE FORQUEVAULX 347
jamais fin... Je vous prie dire à la reyne ma mère et au roy mon frère que je les supplie prendre patiemment ma fin. Je prierai pour eux et pour mes frères et pour qu'il les garde et maintienne très-longuement en sa très-saincte protection. » Forquevaulx, vivement touché, essaya de rassurer la mourante, lui dit qu'elle s'exagérait le danger, qu'elle vivrait sans doute, et voulut commencer ces discours consolateurs dont la piété est prodigue au chevet de ceux dont elle veille les angoisses suprêmes. Mais Isabelle acceptait d'un cœur ferme la mort qu'elle sentait venir. Elle interrompit ce vieillard qui assistait en contenant des larmes à sa fin prématurée : e Non, non, monsieur l'ambassadeur, lui dit^elle d'une voix affaiblie ; j'ayme trop mieux aller voir ce que j'espère et croy de voir bientost. t> Et moina d'une heure après elle mourut si doucement « que l'on n'a sceu, ajoute Forquevaulx, du moment qu'elle a rendu son esprit, excepté qu'ellea ouvert ses deux yeux clairs et luisants et me sembloient qu'ils me commandoient encore quelque chose, car ils estoient tournés droict à moy. Nous nous sommes retirés bientost, laissant tout le palais en pleurs *. »
Ainsi mourut à vingt-quatre ans cette princesse modeste et charmante qui avait donné sur le trône l'exemple de toutes les grâces et de toutes les vertus. Sa douce image ne Aevait jamais quitter la mémoire de ceux qui l'avaient connue, et longtemps après
i. Dépêches manuscr. de Forquevaulx, 3 octobre 1568. — J'emprunte ce dernier paragraphe à mon livre intitulé: Grands seigneurs et grandes dames du temps passé , p. 59 et 60.
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Tambassadeur de France en parlait encore à sa sou- " veraine avec une émotion sincère. Quand il vit arriver à la cour la princesse Anne de Bohême, si longtemps fiancée à don Carlos et que Philippe II épousa deux années plus tard, le vieux serviteur des Valois ne put comparer sans amertume la fille de Maxirailien à cette belle et aimable fille de France qui souriait d*un si radieux sourire et dont la majesté imposante était si heureusement tempérée par raffabilité de son accueil. Les poètes du temps pleurèrent cette mort prématurée par de plaintives élégies: « Parque inexorable ! » s'écrie l'un d'eux avec Taccent d'une douleur vraie, puisque ses vers ne furent jamais publiés, « tu frappes le faible et le fort, l'ignorant et le sage, et le roi superbe et le pauvre obscur, et ta main les égale en cette heure suprême... Charmante Isabelle, reine d'Espagne, la plus parfaite créature qui se soit jamais rencontrée dans ces régions qu'éclaire le soleil et qu'arrose la mer. avant que la mort vînt te frapper, ta tendre jeunesse semblait t' assurer les longues années d'une vie heureuse, et nous avions tous admiré ta beauté pareille à celle du lis et de la rose * I » Ces vers