‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 23 sur 199 · LA PRINCESSE JEANNE · texte numérisé non relu

LA PRINCESSE JEANNE

Portugal, il ne put cacher une douleur vraie et charmante dans son expression enfantine. Philippe était en Aragon pour les cortès, et don Carlos, âgé de sept ans, accompagna sa tante d'abord à Tordésillas où elle allait prendre congé de Jeanne la Folle, son aïeule, puis à la frontière *. La séparation de l'infant et de la princesse de Portugal fut déchirante : tous deux passèrent trois jours dans les larmes; don Carlos témoignait son chagrin par des paroles touchantes. « Bien que ce soient des enfantillages, écrivait don Luis de Mendoza à l'Empereur, je no laisserai pas de les rapporter à Votre Majesté : Pauvre enfant ! (s'écriait-il en parlant de lui-même) il va donc rester seul ici sans père ni mère I L'aïeul est en Allemagne et le père à Monzon ^. D Lorsque plus tard Philippe partit pour l'Angleterre etconfia son fils à don Antonio de Rojas et à OnoratoJuan, il ne semble pas qu'il ait rien soupçonné, et on a vu que ses lettres des premières années aussi bien que celles de l'Empereur indi-

prince de Portugal, veuve l'année suivante, môre du roi do Portugal doin Sébastien. Elle revint en Espagne après son veuvage et y passa le reste de sa vie sans revoir son fils. Il fut plusieurs fois question d'un second mariage, mais les divers projets échouèrent, et elle mourut en Espagne dans un âge avancé.

1. «... Escribf à V. M. de como S. A. habia ido à Tordesillas â despedirse do la reina su agtiela. '» Lettre de don Luis Sarmicnto do Mendoza à S. M. Elvas, 24 novembre 1552. Arch. Sim. Est., leg.

2. « Fué cosa grande su despidimiento del infante que tuvo très dias el llorar del uno y del otro... aunque sean ninerias, no dejaré de decir quel decia : « El nino (que asi se nombra él â si mismo) como ha de quedar aqui solo sin padre ni sin raadre, y teniendo el agûelo en Alomanra y mi padre en Monzon ! » Lettre de Sarmiento do Mendoza, déjà citée.

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quent une parfaite sécurité. Ce fut donc seulement vers 13t")8 que le caractère du prince étonna d'abord, puis alarma ses maîtres : il entrait dans sa treizième année, et nous avons cité les lettres où don Garcie de Tolède et Onorato se déclarent impuissants devant des circonstances imprévues, en appellent Tun à Charles-Quint, l'autre à Philippe II, et attendent avec impatience soit des instructions nouvelles, soit le retour du roi d'Espagne retardé dans les Pays-Bas.

Philippe avait remis, il est vrai, la haute surveillance de son fils aux régents d'Espagne pendant son absence, l'archiduc Maximilien, son cousin, qui fut depuis empereur d'Allemagne, et sa sœur, la princesse Jeanne, veuve du prince de Portugal, après une courte union. Tous deux semblent avoir beaucoup aimé don Carlos : on verra plus loin que, lorsqu'il fut question de marier Tinfant, Maximilien, en insistant pour sa propre fille avec vivacité, montra lui avoir conservé un souvenir afiectueux. Quant à la princesse, l'épisode de son départ que je viens de citer et 1 intérêt tendre qu'elle prit plus tard aux malheurs de son neveu révèlent la vivacité de ses sentinients. Néanmoins l'un et l'autre n'apportèrent à MaS^^ de l'infant qu'une attention distraite. Max m lien était absorbé par les soins du gouverne-

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