‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 24 sur 199 · DIVERS TRAITS DE L'ENFANCE DE DON CARLOS · texte numérisé non relu

DIVERS TRAITS DE L'ENFANCE DE DON CARLOS

vivait au fond de ses appartements silencieux et mornes, renfermée dans sa majesté mélancolique. D'ailleurs ceux-là mêmes qui entouraient Tinfant et qui étaient chargés plus spécialement de son éducation étaient agités par de pénibles incertitudes. Il ■ ne faut pas s'étonner que Maximilien et la princesse soient demeurés dans l'ignorance et n'aient pris aucun parti décisif, lorsqu'on voit qu'après tout, et quels qu'aient été leur tristesse et leurs pressentiments, don Garcie et Onorato ne s'étaient encore formés sur l'infant aucune conviction précise. Il se présentait en eSotIa complication d'un naturel afïectueux, sincère, et de violences excessives, de cruautés soudaines qui semblaient accuser parfois, dans la raison du prince, un vertige mystérieux.

Les historiens contemporains sont remplis à ce sujet de détails contradictoires qui portent également, dans une certaine mesure, l'empreinte de la vérité, et ceci s'explique aisément par la lutte de deux inclinations opposées. Strada, entre autres, reproche à don Carlos un caractère farouche : « Ce défaut, ajoute-t-il, fut reconnu dès son enfance. Lorsque parfois à la chasse on lui apportait des lièvres vivants, il leur coupait lui-même la gorge et prenait plaisir à les voir palpiter et mourir. J'ai lu dans une relation qui fut envoyée au sénat de Venise

membres de la famille de Charles-Quint, sujette à certains égarements d'esprit. Quand elle recevait des ambassadeurs, elle portait un voile, puis leur demandait : Ne suis-je pas la princesse ? Elle écartait alors un instant son voile, puis se couvrait de nouveau le visage jusqu'à la fin de l'audience. (Voy. ces détails dans Prescott, I.)

par Tambassadeur de cette république, qu'il avait remarqué cette action de don Carlos. En effet, il donnait témoignage tous les jours, par ses mœurs cruelles et immodérées, qu'on n'en faisait pas de vaines conjectures, et l'archevêque de Rossano, nonce du pape, on écrivit la même chose au cardinal Alessandrini *. » L'auteur d'une vie manuscrite de Philippe II, Orazio délia Rena, et le manuscrit d'un envoyé vénitien rapportent le même fait, ajoutant que don Carlos faisait souvent rôtir tout vivants les animaux pris à la chasse, et qu'un jour tenant à la main une couleuvre apprivoisée qu'il s'amusait à faire souffrir et qui lui mordit légèrement un doigt, il lui trancha tout à coup la tête avec les dents *. L'histoire sérieuse n'accorderait pas grande importance à ces détails, exagérés peut-être, si l'ambassadeur de Venise, Tiepolo, ne les eût confirmés en rappelant que le prince avait manifesté dès longtemps une disposition à la colère et à la cruauté ^. L'affirmation d'un homme aussi grave, jointe aux récits

1. Strada, de Bello belgico, VII, 352 (trad. de du Ryer, de l'Académie française).

2. « Nolla prima giovontù, che essendoli tal volta portato de la caccia diversi animali, di nessun cosa gustava più che di vederli arrostiti vivi, e tenendo alcun giorno in mano una di quelle serpi domestiche e irritendola con i tormenti, ella gli prese cosi leggiferamcnte un dito, e egli, in un subito, con i proprii denti, gli troncô la testa. » Compendio délia vita di Filippo II da Orazio délia Rena 1600. Mss. B. 1. 10,232. — « Aile volte che da la caccia li viniva por' tato lèpre o simili animali, si diletta di vederli arrostiti vivi Et essendoli donato una biscia scodarella molto grande, et cssa havendole dato un morso a un dito, egli subitamente co' denti ffli sDicci'> la testa. » Relazione diBadoero. Ms. ^ spicco

3 « Facilmente s'adira, e nell'ira ha dato scgno dresser crudolo » Relazione di Tiepolo. Mss. B. I. 791. cruacle. »

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