EXHUMATION DU BIENHEUREUX DIÊGUE
conserver comme il le peut, usant de sa grande miséricorde *. » En même temps que les religieux et le clergé séculier, les villes rivalisèrent de zèle et de prières. L'Espagne semble avoir été profondément émue à la nouvelle du danger que courait ce jeune prince, auquel, peu de temps auparavant, elle jurait fidélité comme au dernier héritier de ses rois.
Néanmoins, le samedi 9 mai, vingt et unième jour de la maladie, tous les symptômes annonçaient une mort procliaine. L'auteur de la relation avoue qu'il n'espérait plus qu'en la miséricorde de Dieu et la jeunesse du prince. Ce fut au milieu de cette émotion universelle qu'on eut recours à l'intervention miraculeuse de reliques célèbres dans Alcala. Don Carlos professait une vénération toute spéciale pour le bienheureux Diègue, de l'ordre des Frères mineurs, mort en odeur de sainteté cent ans auparavant. Le P. de Fresneda, évêque de Cuença et confesseur du roi, et le P. Mencio, de l'ordre de Saint-Dominique, imaginèrent une terrible cérémonie qui plut à la foi ardente et sombre de Philippe IL On exhuma le
1. «... Aunque podria ser que liubicsodes entendido la desgracîa que succdiu al principe ini hijo, todavia os lo he querido saber queriendo acudir al favor de Bios Nuestro Senor como se debe, y lo solemos hacer en todas nuestras cosas, y al medio y intercesion de su bendita Madré para suplicarles tengan por bien de dalle la salud que ha menester...y para esto os encargo mucho que en recibiendo eslo, hagais hacer en esa casa continua oracion y las procesiones y otras devociones que os pareciere quepodran ser mas gratas il Nuestro Sefîor por medio y intercesion de su bendita Madré para que tengan por bien de dar salud al principe y guardarnoslo como puede usando en ello de su gran misericordia. » Lettre du roi aux prieurs et abbés, etc. 2 mai 1362. Arch. Sim. Est., leg. 141.
corps du bienheureux Diègue, enseveli dans les caveatix du monastère; les moines apportèrent sur leurs épaules dans la chambre du prince ce cadavre enveloppé de son linceul, et qui, dit un historien plus pieux que véridique, était intact comme au lendemain de sa mort *. Faut-il croire ici ce que racontent plusieurs écrivains, que les moines, oubliant, à force de vénération pour les reliques, le simple respect dû aux morts, enlevèrent le linceul, le posèrent sur la tète du malade, puis placèrent le cadavre sur le lit et jusque sur le corps du prince 2? Daza Chacon se borne à dire qu'on apporta les reliques aussi près que possible ^, et ce terme vague laisse le champ libre à toutes les suppositions. En même temps on recommandait au prince, abattu parla fièvre, de prier avec ferveur. Puis les moines, enveloppant de nouveau le corps du bienheureux Diègue, le portèrent dans l'église des Franciscains *.
Ces étranges scènes se passaient dans l'après-midi. Vers le soir, don Carlos parut s'affaiblir de plus en
1. «f De cien afios tan entero como el cuerpo que esta quando fué enterrado. » Herrera, Hist, gênerai^ V, 143. — Diego était mort à Âlcala en 1463. Calendario espanol^ dans la Espana sagrada. Doc. inéd., 11.
2. Ferreras, IX, 428 et suiv. — « Pusiéronlc al onformo en la cama. » Herrera, loco cit. — « Guyas reliquias aplicaron al doliente. » Golmenares, Hist, de Segovia, XLII.