‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 49 sur 199 · PORTRAIT DE DON CARLOS · texte numérisé non relu

PORTRAIT DE DON CARLOS

mal composé de personne et de mœurs comme il est *. »

Le baron de Dictrichstein, ambassadeur de l'Empereur à Madrid, et qui, eu égard aux projets de mariage entre don Carlos et la princesse Anne de Bohème (projets dont je parlerai plus loin), était particulièrement chargé d'édifier sa cour sur la personne et les dispositions du prince, s'exprime en des termes analogues. Il souhaitait évidemment, sachant à quel point son souverain avait pris à cœur cette union, pouvoir envoyer à sa cour un jugement favorable : il prête à l'infant quelques qualités sans doute , de la piété, de l'horreur pour le mensonge, et du goût « pour les gens intègres , vertueux et distingués » ; il se plaît à faire remarquer (ne s'accordant pas en ceci avec le rapport de son collègue vénitien) que les questions du prince lui ont « semblé très convenables » et qu'il a « une excellente mémoire ». Mais il ne dissimule pas que « rien en lui ne rappelle le sang desHapsbourg ». Il ajoute : « le Prince n'est pas large des épaules, ni d'une grande taille; l'une de ses épaules est un peu plus haute que l'autre. Sa poitrine rentre. Il a une petite bosse au dos, à la hauteur de l'estomac. Sa jambe gauche est beaucoup plus longue que la droite, et il se sert moins facilement du côté droit que du côté gauche. Il a les cuisses assez fortes, mais mal proportionnées, et il est faible des jambes. Sa voix est grêle et aiguë, il éprouve de la gêne quand il commence à parler et les mots

1. Dépêches Mss. de Forquevaulx (3 novembre 1563 et 8 février 1566).

sortent difficilement de sa bouche... Il se montre opiniâtre dans ses idées et poursuit jusqu'au bout ce qu'il s'est proposé une fois, de façon qu'il y a bien des gens qui s'eflfrayent de ce qu'il serait capable de faire, si la raison cessait de le maintenir dans la bonne voie * . »

Don Carlos, contrefait, petit, malingre, était forcément éloigné de ces brillantes arènes où les chevaliers d'autrefois luttaient d'adresse et de courage. Il montait souvent à cheval, il est vrai, nous dit l'ambassadeur de Venise, et s'exerçait à l'escrime plusieurs heures par jour ^, mais il ne parait pas qu'il ait jamais essayé ses forces dans un tournoi. Il n'assista que comme spectateur à celui de février 1S66 (il avait cependant alors près de vingt et un ans), où ses cousins les princes de Bohême obtinrent tous les honneurs de la journée, « tant à souffrir du commencement à la fin, la salade en teste, qu'au combat de la pique et de l'estoc 3. » Son père n'avait du reste jamais aimé ces divertissements, et lors de son voyage en Flandre en 1548, il ne s'y livra qu'à contre-cœur *; mais il sut dissimuler sa répugnance pour des exercices qui fatiguaient sa constitution délicate ^, et n'en passa pas moins pour un brilFant

1. Dépêche citée par Koch. Quellen zur Gesc/iichte des Kaisers Maximilien II (29 Juin 1565).

2. « Gavaica et essercita l'armeggiare ogni giorno moite hore. * Rclazione di Tiepolo. Ms. déjà cité.

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