MAUVAISE SANTE DU PRINCE
chevalier. Il n'exigea pas de don Carlos le même eflfort, soit qu'il ait jugé inutile ou impossible de l'y contraindre, soit qu'il ait reconnu lui-même que la santé débile de son fils devait l'écarter de ces fêtes. Ce prince, en effet, non seulement ne fut jamais robuste, mais encore demeura toujours sujet à des flèvres périodiques; cette faiblesse, cet accablement, cet épuisement des forces vitales, que peu de jours avant l'accident d'Alcala Philippe II signalait à l'Empereur avec tristesse *, ne s'étaient point modifiés; il était notoire à la cour que sa croissance avait été longtemps arrêtée par ces fièvres *, dont il ne put jamais se délivrer qu'à de courts intervalles signalés avec empressement par le roi dans les lettres qu'il écrivait à ses ambassadeurs '; les familiers de la cour donnaient même sans hésiter sur son état physique des détails qui faisaient craindre qu'il ne fût inhabile au mariage (nous retrouverons plus loin ces notes curieuses) ; enfin il est très vraisemblable que sa chute d'Alcala, et la maladie qui en fut la suite, l'opération que le prince dut subir, laissèrent des traces que le temps ne put effacer.
ha sforzato la natura. Relazione di Michèle Soriano» Ms. B. I. 791 . 1. « Tornd luego à recaer, y la cuartana le ha durado hasta agora que de pocos dias ac& le ha dejado tan flaco que V. M. no lo podria créer. » Lettre de Philippe H à l'Empereur, ii mars 1563. Arch. Sim. Est., leg. 141.
S. « Habiéndode tomado en tiempo que parece que la fuerza y el crecer le habian estorbado. » Dépèche du comte de Luna à Philippe n, 19 janvier 1562. Arch. Sim. Est., leg. 651.
3. « T aunque el principe mi hijo ha tenido unas calenturillas, con haberse purgado se halla en mejor dispusicion. » Lettre de Philippe II à don Alonso de Tovar, ambassadeur en Portugal, 5 septembre 1564. Arch. Sim. Est., 332.
Ces faits ne peuvent guère soulever d'objection sérieuse, mais la tâche devient plus délicate pour la critique lorsqu'il s'agit de déterminer le caractère réel de don Carlos. On se trouve en présence de nombreux documents en apparence contradictoires, et qu'une critique dépourvue de préjugés peut seule parvenir à comprendre. Il est certain qu'il serait également inexact, à l'exemple des adversaires et des panégyristes déclarés, de représenter l'infant soit comme un insensé, complètement dénué de cœur et d'intelligence, soit comme un jeune homme accompli, d'une instruction variée et brillante, doué non seulement des plus heureuses qualités de l'âme, mais encore d'un sens politique supérieur. Je n'hésite pas à dire que les uns et les autres n'ont pas suffisaraent étudié la question, ignorent les documents les plus sûrs, et ne connaissent pas don Carlos. A mes yeux, il y eut du bien et du mal chez le malheureux prince; des témoignages sévèrement contrôlés affirment des faits qu'il est possible de concilier. Essayons de reconstruire la vérité.
L'infant avait incontestablement des vertus précieuses partout et surtout chez les princes. Sa libéralité était connue à la cour : « Ses aumônes sont abondantes, écrivait Tiepolo au sénat de Venise, et c'est avec magnificence qu'il gratifie ceux auxquels il veut du bien ^. » Un autre ambassadeur vénitien lui prête un mot heureux : « Qui donnera , si un
i. « È pietoso a' poveri dandone segno con elecmionisa che semprc eccede lamediocritâ... etè splendidissimointuttcle cosequando vuol beneficar qualch'uno. » Relazione di Tiepolo. Ms. déjà cité.