‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 51 sur 199 · LIBÉRALITÉS DE DON CARLOS · texte numérisé non relu

LIBÉRALITÉS DE DON CARLOS

prince ne donne pas * !» Je vois dans son testament de 1564 2 une rente perpétuelle de trois mille ducats instituée en faveur de don Martin de Cordoba, frère du comte d'Alcaudete, en récompense de sa brillante défense de Mazalquivir, qui avait eu lieu cette année même; « et cela, dit le prince, par suite de mon désir de favoriser spécialement ceux qui ont bien servi l'État^. » Les comptes de sa maison, tenus avec une minutieuse exactitude, et qui existent aux archives de Simancas. confirment le témoignage des envoyés vénitiens : j'y trouve des cadeaux de prix, des gratifications nombreuses; tantôt c'est à la reine Isabelle que le prince offre une bague ou quelque autre objet de souvenir *, tantôt c'est à don Juan d'Autriche qu'il donne soit un anneau enrichi de diamants, soit des épées de parure ou de tournoi garnies d'ornements à la mode ^ ; il envoie à l'historien Guicciardini ^ deux cents ducats , en remercîment du livre intitulé :

\. Relazione di Badoero. Ms. B. L 791,

2. Ce testament, dicté et rédigé par HernanSuarez pendant le second séjour du prince à Alcala et daté du 19 mai 156i, a été publié dans la Colleccion de documentos ineditos para la historia de Espana^ XXIV, 515. Il est aux archives de Simancas.

3. « Por la voluntad que siempre he tenido de hacer bien y merccd à los que aventajadamente sirven. » Arcli. Sim. Test, y Godic. rcales, leg. 2.

4. « Una sortija de un rubi que S. A. mando dar â la reina nuestra sefiora. » Arch. Sim. Gontadurias générales, 1' época, leg.

5. Una sortija de un diamante tabla que le compro, el cual S. A. did al S® principe don Juan de Austria. » Ibid. (La bague valait huit cents ducats. Quant aux épées, j'en compte trois offertes par don Carlos à don Juan.)

6. Ce Guicciardini était le neveu du célèbre historien de l'Italie. Son livre sur les Pays-Bas a été publié en 1567.

Description des Pays-Bas ^\ à don Alonso La Loo, secrétaire du comté de Horn, deux mille deux cents réaux pour son ouvrage sur Tordre de la Toison , d'or 2; ou bien encore une bague à son grand écuyer Luis Quijada s. Parfois ses libéralités étaient remises à diverses dames de la cour : je vois mille ducats donnés à dofia Léonor de la Rovère, cinq cents ducats à dofia Maria de Alcaraz, mille ducats à la femme de son secrétaire Martin de Gaztelu^.

Ces derniers dons étonnent au premier abord, et Ton se demande s'il ne faut pas les regarder comme de grossiers moyens de séduction ou comme les témoignages d'une reconnaissance suspecte. Mais d'abord le détail des noms et titres des personnes qui les reçoivent fait présumer qu'ils étaient connus de toute la cour, bien que la cause n'en soit pas indiquée : or le grand maître de la garde-robe n'eût pas gratuitement déshonoré des dames de la cour en les inscrivant sur des comptes qui passaient sous les yeux du mayordomo mayor et peut-être du roi. Il eût été facile, en pareille circonstance, de citer les chiffres en laissant la donataire inconnue. Cette

i. « Por un libro de las Cosas de Flandes que enviû à S. A. » Arch. Sim., ibid.

2. « Por un libro que di6 à S. A. con las armas de todos los caballeros del Tuson. » Ibid. — La Loo, secrétaire du comte de Horn, fut arrêté avec son maître par ordre du duc d'Albe, et périt sur l'échafaud peu de temps après lui, en 1568, avec le secrétaire du comte d'Egmont.

3. Una sortija de memoria que S. A. di(5 à Luis Quijada. » Ibid,

4. « A dofia Leonor de la Rovere y Vire, i,000 ducados de que le habia hecho merced... à dofia Mma de Alcaraz, moza de câmara do la reyna, 500 ducados, etc.. 1,000 ducados que S. A. mando dar a dofia Maria de Gaztelu. » Ib\d.

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discrétion n'aurait eu rien d'insolite, car, au mois d'avril 1567, je trouve inscrits onze mille réaux remis € à une personne secrète * ». Y a-t-il là une aventure galante? A cette date elle n'eût point été étrange, et le prince, à vingt-deux ans, pouvait bien avoir oublié le vœu qu'il avait fait, durant samaladicild^Alcala, de ne rechercher jamais l'amour îd'ime autre femme que de son épouse-^. Quoi qu'il en soit (et iiou* discuterons plus tard cette dernière question); on peut affirmer, je crois, que si les causée de ces divers dons n ont pas été indiquées, c'est S9,ns douté parce qu'elles ne valaient pas la peine de Fêtre ; :1e ^ prince a pu être amené à ces gratifications pai^ des circonstances peu dignes d'être mentionnées. NouSj savons d'ailleurs que les mille ducats donnés à dofia Gaztelu étaient un cadeau à cette jeune femme pour la layette de son enfant, dont le prince avait été le parrain^. Faut-il s'étonner qu'il ait fait tenir en son nom sur les fonts baptismaux, par Luis Quijada, la fille de Gaztelu, son secrétaire? Faut-il s'étonner que le prince généreux qui donnait onze cents réaux à Francisco Montano, nain de la reine Elisabeth *, par un simple caprice, ait offert, à l'occasion de

1. « Se reciben y pasan en cuenta 11,000 reaies que en postrero de abril 1567 did â S. A. para dar à cierta pcrsona sécréta. » Ibid.

2. « Guando S. A. dio la caida en Alcala, habia hecho voto de no alegarse jamas a otra que à su muger, y que asi no curaba ni queria enamorarse de ninguna. » Lettre de Chantoney au roi, 20 mars 1565. Arch. Sim. Est., leg. 633.

3. « Por una vez para mantillas à una hija por habérsela sacado de pila Luis Quijada en nombre y por mandado de S, A. » Arch. Sim. Coût, gen., ibid.

4. « A Francisco Montano, enano de la reina nuesti*a sefiora 1,100 reaies que S. A. le hizo merced. » Ibid,

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leur mariage ou de leur fête, quelques présents à des dames qu'il voyait sans cesse et qui pouvaient lui avoir rendu de ces légers services que les princes ne doivent pas laisser sans récompense ?

Je ne vois rien là que de fort naturel, et d'ailleurs, surtout lorsqu'il s'agit de la chronique scandaleuse, je veux des réalités et des preuves. Les suppositions n'ont rien qui me tente, parce qu'en allant au fond des choses avec un esprit de critique impartial, je suis très souvent arrivé à reconnaitre le néant des historiettes les plus ingénieuses. Je n'attache pas plus d'importance à ces divers enfants en bas âge qu'on voit dans les comptes élevés par ordre du prince. On est tenté de croire d'abord à la reconnaissance implicite d'une paternité illégitime ; mais, en y regardant de près, tous les soupçons s'évanouissent. L'un était un enfant trouvé à la porte de l'église par le curé de San Gil de Madrid, et pour lequel il avait sollicité la charité de don Carlos *. L'autre, confié à un paysan nommé Pedro, entretenu en effet aux frais de l'infant d'Espagne, allons même plus loin, baptisé sous le nom de Ana Carlos, en mémoire de son bienfaiteur, était né en 1557, car le premier reçu du paysan est de janvier 1558^. Or, rinfant avait alors douze ans.

i. « A Juanes de Monténégro, cura de la iglesia de San Gil de Madrid, 216 reaies de una nifta que se cria por mandado de S. A... la cual se hecho à la pucrta de la iglesia. » Arch. Si m. Cont. gen., ibid,

2. « Recibo de Pedro de San Millan : 8 ducados, los cuales fueron por razon de una nifia que tengo a criar por mandado de S. A. 8 de enero 1558. »

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