‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 64 sur 199 · Dépêches manusc. de Forquevaulx (3 novembre · texte numérisé non relu

Dépêches manusc. de Forquevaulx (3 novembre

3. Ibid. (30 juin 1567). Catherine d'Autriche, grand'mère du prince, reine douairière de Portugal, fait allusion à ces mêmes sentiments dans une lettre adressée à don Carlos et citée par Kireher. Archeiypon, etc.

li:0 LON CARLOS ET PHILIPPE II

ba .sadeur de Franco, venaient confirmer les inquiétudes et aigrir la colère de Philippe II. On rencontre dans les écrivains espagnols des anecdotes si bizarres, qu'il faudrait les révoquer en doute si l'on ne connaissait la violence du prince, si queltjUes-unes ne se trouvaient démontrées par diverses enquêtes qui eurent lieu après la mort de l'infant *, el d'ailleurs ne se rapportaient avec exactitude aux conseils d Onorato Juan.

J'ai dit que don Carlos ne cachait pas son antipathie pour divers membres du conseil d'État. Il était notoire en 1367 qu'il haïssait Ruy Gomez de Silva, qui avait été nommé son majordome en août 1564 après la mort de don Garcie de Tolède 2, mort en janvier. Il paraît avoir également détesté le cardinal

i. Cos enquêtes n'avaient point pour objet l'infant lui-même ; mais quelques personnes attachées à sa maison les provoquèrent pour leurs intérêts particuliers. Le prince n'y est mêlé qu'accidentellement. Nous en tirerons plus loin un récit et dos détails curieux. Lesprocèsvjrbaux sont à Simancas.

2 « No è amico de Ruy Gomez que ô ora suo maggiordomo. » Reiazione di Tkpolo, Ms. déjà cité. Soranzo raconte que cette place avail été disputée par de nombreux grands d'Espagne, notamment le; duc de Sessa, le comte de Benavento, le duc de Féria, etc. (Lettre du 12 a )ùt 1364;. Ce fut à cette époque que la maison de l'infant fut ïcconslituéepar cédùle royale; voici quels furent les principaux officiers du prince : Grand maître, Ruy Gomez de Silva, prince d'Eboli; grand écuyer, Luis Quijada ; confesseur, F. Diego de Ghaves; grand aumônier, Onorato Juan, évêque d'Osma ; aumônier, Osorio; chapelain, D. Antonio Manrique ; majordomes, D. Fadrique Enriqnez, D. Fernando de Rojas ; gentilshommes de la Chambre, Diego de Acutia, le marquis de Tavara, le comte de Gelves, D. Alonso de Cordova : aides de chambre, Juan Estebez de Lobon, D. Martinez de la Cuadra, etc.; aide de garder-robe, D. Garci Alvarez Osorio, etc. ; te- (létaiie, Martin de Gaztelu. (Cédule du 14 mai 1564, Arch. Sim, C)nlg'nor., le^'. 1031.)

ËSPLNOSÂ ET CISNËROS lâl

Espinosa *, l'un des personnages les plus influents du conseil, et cette haine avait pour origine une circonstance qu'un homme de bon sens eût remarquée à pein«. Un comédien nommé Cisneros donnait des représentations à Madrid; cet acteur était l'un des plus célèbres de la troupe de Lope de Rueda ; ce fut lui qui plus tard, à Séville, créa le rôle de Vlnfamador dans la pièce de Juan de la Cueva : il avait, dit-on, beaucoup d'esprit, et dans plusieurs ouvrages espagnols, entre autres dans Guzinan d'Alfarache, on cite de lui des traits et des mots ingénieux. Ses représentations à Madrid avaient grand succès, et don Carlos y prenait plaisir. Cependant ce n'était pas sans peine que le gouvernement tolérait les spectacles : sans cesse il paraissait de nouveaux édits contre la licence des pièces de théâtre, et dans cette cour où dominait l'Inquisition, oii plus tard, en 1600, les Conseils devaient interdire aux femmes de paraître sur la scène, et ranger les divertissements dramatiques au nombre des péchés mortels, même pour les spectateurs, il n'est pas étonnant que le cardinal Espinosa, agissant comme président du conseil de l'Inquisition, ait interdit les représentations de Cisneros. Les plaisants de Madrid prétendirent aussitôt que le bruit des tambourins qui annonçaient le spectacle troublait le sommeil d'Es-

1. Espinosa, membre du conseil d'État, président du conseil de rinquisition, cardinal. Il était d'humble naissance, et c'était pour humilierles grands, s'il faut en croire une relation italienne manuscrite, que Philippe II l'avait élevé si haut : « Perché S. M. vuol tener bassi li grandi di Spagna. » Ms. Bibl. Imp.

pinosa précisément à l'heure où ce prélat faisait la sieste, et que, fatigué de ne pouvoir dormir tant que les crieurs de la troupe stationnaient dans la rue, le ministre avait brusquement fait fermer le théâtre *. Je suppose que le gouvernement de Philippe II «tait trop grave pour se laisser guider par des considérations de cet ordre, et je ne crois pas davantage, comme Tinsinue un écrivain, que ce fut spécialement pour priver don Carlos de ses plaisirs que le cardinal rendit cette ordonnance ^. Espinosa n'avait aucun motif de vexer l'héritier de la couronne, et il était trop adroit pour s'aliéner de gaieté de cœur l'esprit d'un prince qui, d'un jour à l'autre, pouvait devenir son maître. D'ailleurs l'infant n'était pas le seul qui assistât aux pièces que donnait la troupe de Lope de Rueda, et la mesure prise par le président du conseil inquisitorial avait évidemment un caractère religieux, comme beaucoup d'autres qui avant, et après celle-là, furent dirigées contre le théâtre. L'infant toutefois, avec cette impétuosité qui caractérisait sa colère, crut sa dignité atteinte en voyant ses plaisirs interrompus. Peu de temps après, il aperçut Espinosa dans une galerie du palais, et courut à lui, la main sur le poignard : « Jusqu'où vous enhardissez-vous, s'écria-t-il, d'empêcher Cisneros de me ser-

i. « For las siestas solia Ilamar con el esti*uendo de un tamboril il la comcdia à. cuanios Iransitaban porJa calle en donde tenian asiento las casas morada de Su Eniinencia...En esa hora se daba Espinosa al sueno. » A. de Castro, loco cil.

2. « Mas cierto me parece que el cardenal quiso quitar al principe sus divertimientos, teniéndolcspior indignos del sucesor en la corona de este monarca. » /d., ibid.

DIYEEISES ANECDOTES 123

vir? Par la vie de mon père, je vais vous tuer *. a Cette scène, aussi odieuse que ridicule, et qui paraît avoir fort effrayé le cardinal, avait lieu en présence d'un certain nombre de seigneurs qui s'interposèrent et parvinrent à calmer le prince ^.

Ce n'était pas la première des tentatives de meurtre reprochées à don Carlos par divers historiens. 11 n'en est pas moins de six. dont cinq au moins sont incontestables 3. Les détails en sont trop précis, ils sont affirmés par un trop grand nombre de documents pour qu'on puisse les révoquer en doute. Je n'en dirai pas autant de la tentative antérieure contre don Garcie de Tolède, qui lui est attribuée par Cabrera. Le gouverneur de Tinfant aurait failli être tué au basque d'Aceca par son élève, au moment où il essayait d'apaiser un de ces accès de rage qui troublaient si subitement la raison de don Carlos : il se serait avec peine échappé des mains du prince, et aurait immédiatement porté sa plainte à Philippe II *. Ce fait est possible sans doute, mais il est raconté par un seul historien, et il me semble qu'Onorato

i. « À mf os atreveis vos, no dejando à Gisneros que vengââ servir me? Por vida de mipadre, que os lie de matar. » — Voy. Lafuente, Xni, p. 80 et suiv.

2. Ferreras, IX, 541.-^ Lafuente, XIII, p. 80 et suiv. — A de Castro, loco cit., etc.

3. Celle contre Espinosa, que je viens de rappeler, et celles contre Alfonso de Cordoba, Lobon, le duc d'Albe et don Juan d'Autriche que je raconterai plus loin. Il est également certain qu'il menaça de son poignard en 1567 son majordome D. Fadrique Enriquez (Lettres de Nobili, 27 juillet, et de Hernando Suarez).

4. « Estando en el bosque de Aceca, frenando su acceso don Gar^ ciade Toledo, le quiso poner las manos el principe, y huyô hasta Madrid, donde el reyle hizo merced, y qued(5 mal inclinado contra su hijo. » Cabrera VII, p. 479,

dans sa lettre aurait fait allusion à une aussi monstrueuse violence *. D'ailleurs don Carlos a toujours témoigné beaucoup de respect à ses maîtres : sans nier l'exactitude de ce détail, je dois dire que les preuves ne me paraissent pas ici suffisantes pour justifier une affirriiation absolue. On cite aussi de lui divers traits de brutalité extravagante : les comptes de Simancas indiquent diverses indemnités payées aux parents de petites filles battues par ses ordres *, Il était également cruQl envers les animaux, et le docteur Hernan Suarez fait allusion, dans une lettre adressée au prince en 1567, aux traitements barbares qu'il avait fait subir dans ses écuries à une vingtaine de chevaux ^,

Une autre anecdote, racontée en grand détail par beaucoup d'écrivains, mérite plus de créance par cela même qu'elle est très bizarre et qu'un calomniateur eût cherché quelque récit plus vraisemblable. Ajoutons qu'on y rencontre le nom d'un personnage qui probablement existait encore à l'époque où plusieurs de ces relations furent écrites, et qu'on n'eût pas osé désigner ainsi dans des livres lus de toute la Cour. Elle est en outre tout à fait en rapport avec les façons d'agir du prince dans son intérieur : on verra plus loin des aventures analogues, rapportées par des témoins oculaires, avec des détails dont on

1. Ce fait aurait eu lieu, au plus tard, dans le courant de 1564, car don Garcie mourut à la fin de cette année, et la lettre d'Onorato, nous croyons l'avoir démontré plus haut (p. 96;, est de 1565,

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