DON ALFONSO DE CORDOVA
ne saurait discuter l'exactitude. Voici le récit d'un grand nombre d'historiens : On apporta un jour à don Carlos des bottines qu'il trouva trop étroites; ce fut assez pour qu'il ne se possédât plus. Il souffleta don Manuel, son majordome S qui les avait commandées, puis secoua violemment la clochette qui appelait les gentilshommes de la chambre. Don Alfonso de Cordova, frère du marquis de las Novas, était de service; comme il entrait dans la chambre après avoir un peu tardé à venir, l'infant se jeta sur lui. et voulut le précipiter par la fenêtre dans les fossés du château. Aux cris de don Alfonso, les domestiques accoururent et arrêtèrent le prince. Alors il leur ordonna de couper en morceaux les bottines, de les faire cuire, et il prétendit les faire avaler au cordonnier maladroit 2. Ceux qui racontent cette aventure vont jusqu'à dire qu'en réalité le cordonnier fut contraint de les manger -*. C'est probablement une exagération; il est vraisemble que cet ordre ne fut point ' exécuté, et peut-être ne faudrait-il voir là qu'une plaisanterie, si la tentative contre don Alfonso ne
1. Je ne trouve aucune personne du nom de don Manuel dans la liste des principaux officiers du prince : le nom de baptême, sans nom de famille, se rapporte évidemment à quelque officier subalterne.
2. Ferreras, îôîV/.;— Cabrera, îôirf. — Van den ïlammen, Felipe et Prudente, — Llorente, Hist. de la inquisicion, etc.
3. « Hiso les comiesse, dit Van den Hammen. — Ferreras parle de même. — « Obligé â comerlas, » dit Llorente. — Un écrivain récent, M. A. de Castro, se moque avec raison de ces expressions, mais il n'est pas fondé à repousser toute l'histoire par ce seul fait. H me semble, au contraire, que ces derniers détails, imaginés par les mauvaises langues de la cour, démontrent l'exactitude du fond du récit.
démontrait que don Carlos, arrivé au paroxysme de la fureur, ne songeait pas à se divertir en grand seigneur aux dépens d'un manant épouvanté. Du reste, il se donnait parfois le plaisir d'effrayer les gens de bas étage lorsqu'il y trouvait son intérêt : foft souvent réduit aux emprunts, — nous en voyons plusieurs sur ses comptes dont la somme n'est pas indiquée S — il força un jour, s'il faut en croire une dépêche de l'ambassadeur de Toscane, un marchand nommé Grimaldi à lui prêter soixante mille ducats ^. Il était pénible de le servir, « il maltraitait les employés de sa maison, les accablait de coups ou les voulait jeter par la fenêtre ^, » nous dit un des historiens déjà cités et dont la véracité est prouvée par les enquêtes dont j'ai parlé plus haut. Il osa même frapper du poing en 1567 don Diego de Acuna, gentilhomme de la Chambre, qui le réprimandait d'écouter à la porte de la chambre du Conseil *. Il résulte des dépositions d'un grand nombre de ses serviteurs qu'il ne fallait pas risquer de rien objecter à ses ordres : « Il veut être obéi sans réplique s, » disait Forquevaulx; c'est aussi dans ce sens que parlent
1. « A tratar con Vicenzio y Domingo Furniel, ginoveses, que prestascn cierta suma de maravedis à S. A. » Arch. Sim. Cont. gêner., loco cit,
2. Dépêches manusc. de Nobili, ambassadeur de Toscane (24 juillet 1567).
3. « Maltratava à sus criados ; à unos queria echar por las ventanas, à otros daba de bofetones. » Van den Hammen, loco cit.
4. Lettre do Nobili, du 24 juillet 1567. Acuna quitta la maison du prince à la suite de cette scène et fut pourvu par le roi d'une com^manderie da 3000 écus.