‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 66 sur 199 · HAINE DE L'INFANT POUR OSORIO · texte numérisé non relu

HAINE DE L'INFANT POUR OSORIO

les témoins des enquêtes qui eurent lieu après sa mort : « On ne pouvait répondre, dit l'un d'eux, sans qu'il s'irritât et ordonnât d'obéir en silence * » ; un autre rappelle « les mauvais traitements ^ » qiicil faisait subir à ceux de ses gens qui n'avaient pas le bonheur de lui plaire. Mais rien ne fait mieux connaître la violence de l'infant, la versatilité de son esprit et le désordre de ses idées, que la curieuse histoire d'Osorio et de Lobon, rapportée dans les enquêtes.

C'était en février 1561; le maître de la garde-robe du prince, Ortega de Briviesca, était mort le mois précédent^, et il s'agissait de lui nommer un successeur. Don Carlos désirait voir élevé à ce poste Juan Estebez de Lobon, ayuda de cdmara, mais le roi préféra un autre des ayudas de càmara * du prince, le jeune Garcie Alvarez Osorio. Le nouveau maître de la garde-robe n'avait que vingt-deux ans^, mais il appartenait à l'une des plus illustres familles de la monarchie, celle des marquis d'Astorga, dont l'héritier, Alvaro Osorio, avait épousé la fille du duc

1. «... No se le podia replicar sino que lo que él mandaba se hacia luego sin réplica y de otra manera se enfadaba. » Déposition d'Osorio dans l'enquête. Arch. Sim. Cont. gêner., 1* ép., leg. 1050.

2. «Muchos malostratamientos. » Déposition de Juan Nodar {cridido de S. A.). Arch. Sim. Cont. gêner., 1* ép., leg. 1118.

3. « Briviesca sirviô los oficios de guardaropa y guardajoyas que fué hasta fin de sesenta. » Arch. Sim. Cont. gêner., 1* ép., leg. 1118.

4. Ayuda de cémara , aide de la chambre, fonction inférieure à celle de gentilhomme de la chambre.

5. Je lis dans une deuxième enquête où Osorio fut appelé comme témoin, et qui eut lieu en 1583, qu'en cette année il avait quarantecinq ans. 11 était donc né en 1538, et en 1560 il avait vingt-deux ans. — Voy. Arch. Sim. Cont. gêner., 1* ép., leg. 1118.

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d'Albe *. Son oncle, Francisco Osorio, était aumônier du jeune prince; lui-même était entré tout enfant dans la maison de don Carlos^, qui lui avait témoigné jusque-là beaucoup de bienveillance et devait même le prendre plus tard pour son plus intime confident. Néanmoins l'infant fut fort irrité en apprenant la nomination d'Osorio. et dès lors ne cessa d'empêcher par les moyens les plus bizarres l'expédition des affaires de sa maison ^. D'abord il refusa de rendre compte de ses dépenses et d'exposer l'étatde sa fortune au nouveau maître, qui ne savait comment établir la régularité de ses registres, ignorait l'emploi que le prince faisait de son argent et ne connaissait avec exactitude ni les revenus, ni les déboursés, ni ^es dettes*. En présence d'une telle situation, Osorio jugea utile, pour couvrir sa responsabililé, de prévenir don Garcie de Tolède. 11 l'avertit de la mauvaise volonté de l'infant, et lui demanda qu'au moins, pour qu'il lui fût possible d'établir sa comptabilité sur des bases stables et de répartir les fonds entre les divers services de la maison de Son Altesse, on lui donnât connaissance du registre sur lequel les détails néces-

1 . Voy. au ch. ï", les notes sur les lettres de l'aumônier Osoriç) h Philippe n.

2. En 1583. Osorio dit dans sa déposition qu'il était entré, il y avait trente ans, dans la maison du prince, c'est-à-dire en 1553 : il avait alors quinze ans.

3. « Haciéndole muy malos tratamientos...todo â efecto de le quitar de los dichos oûcios y no permitiendo que tomase ningun recaudo ne claridad de lo que S. A. daba y distribuya. » Déposition d'Osorio dans V enquête déjà citée.

4. « Procuré que hubiese claridad y se entendiese.la manera como» se distribuya la hacienda de S. A., lo que habiaen su casa. *Ibid.

DISGRACE D'OSORIO iî9

saires avaient été notés, lui disait-on, à l'époque où don Antonio de Rojas étant gouverneur, le roi avait formé une première fois la maison du prince. Don Garcie approuva ce désir et fit chercher' ce registre ; mais on ne le trouva point, soit qu'il n'eût jamais existé, soit qu'il se fût égaré, soit que don Carlos, averti, l'eût fait disparaître. Il fallutdonc que le gouverneur lui-même, les majordomes et le contrôleur se réunissent en conférence pour procéder à l'inventaire de la fortune de don Carlos. L'infant, ayant appris ces mesures, défendit qu'on y donnât suite, et, non content de traiter Osorio avec mépris, il s'amusait à dérober les clefs des coffres où ses habits et ses joyaux étaient renfermés, y puisait à son gré, envoyait ce butin hors du palais et empêchait Osorio d'assister à ce pillage*. Décidé à faire tout au monde

1 «... Advirtio â don G. de Toledo que para que se supiese la hacienda que estaba repartida en los oficios de au casa pareciese un libro donde se entendia habia la claridad de todo ello desde el tienapo que se puso la casa à S. A., siendo su ayo don Antonio de Rojas, é aunque el dicho don Garcia hizo diligencias para hallar el dicho libro, no parecid... y visto que el dicho libro no parecia, don Garcia y los mayordomos y contralor de S. A. se juntaron en bureo à que se hiciese inventario de toda la hacienda que S. A. tonia, y que hiciese cargo délia al dicho Osorio para que él, como es costumbre, la entrcgase à los oficiales de la casa... lo cual sabido, S. A. no quiso ni permîtio que se hiciese... y no contcnto S. A. con los malos tratamientos que â el dicho Osorio hacia, le tomaba las llaves de los cofres, y hacia sacar y daba dcUos lo que le parecia, y enviéndole fuera de palacio sin que él lo viese ni entendiese y no queriendo que se hallase présente à ninguna cosa que se costdba. » Pétition d'Osorio, déjà citée . — « Diego de Vagas, tapicero mayor de S. A., dice que vid algunas veces como S. A. tomo las llaves al dicho Osorio y se encerraba en la guardaropa con quien era servido, é no dejaba entrar al dicho Osorio en ella, é S. A. abria los cofres é hacia en ellos lo que era servido. » Dépositions des témoins dans Venquéte^ déjà citée.

pour dégoûter le jeune maître de sa charge, pour embrouiller ses comptes, et, sous prétexte de mauvaise gestion, le faire un jour dépouiller de son emploi, il s'en plaignait à tout venant, et déclarait que grande serait sa joie quand il le verrait destitué*. Il pria même le secrétaire du conseil, Francisco de Eraso, de donner à Osorio une place dans les Indes ou la charge d'officier aux comptes à Malaga, uniquement pour éloigner de sa personne ce serviteur détesté *; en dépit du mécontentement plusieurs fois manifesté par don Garcie de Tolède, auquel Osorio exposait souvent son ennui et ses inquiétudes, il traitait le maître de sa garde-robe avec une violence maladroite, dont tout le monde connaissait lacause^, et laissait enfin voir trop bien le but de ses manœuvres pour ne pas infirmer aux yeux de tous la sincérité de ses accusations.

Cet état de choses, si étrange qu'il fût, dura cependant plus de deux années, et ce ne fut qu'en 1S63 que Philippe II consentit à céder*. Mais Lobonne lui

i. «... El doctor Olivarés déclara que sabe que el principe estaba mal con Osorio y le deseaba echar de su oficio. » — « Ruy Diaz de Quintanilla (valet de chambre du roi et barbier du prince) dice que entendi(5 de S. A. que holgarà de que el dicho Osorio no sirviera los dichos oficios y que en él hubiera deméritos para poder hacer merced dellos en don J. E. de Lobon. » — « F. de Molina, criado de S. A., dice que segun lo que entendia de S. A. holgarâ de que en Osorio hubiera faltas y deméritos. » Déposition des témoins^ ibid,

2. « Procurando con F. de Eraso se le dièse un oficio en laslndias adonde se fuese 6 la contaduria de Malaga. » Pétition d'Osorio, déjà citée.

3. Tous les témoins de l'enquête déclarent que, au su de tous, le prince se conduisit de la sorte pour faire remplacer Osorio pair Estebez de Lobon.

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