LA PRINCESSE JEANNE
cette princesse d'être souvent, etd'une manière assez blessante pour son amour-propre, l'objet des commentaires de la diplomatie. Lorsque plus tard Catherine de Médicis négocia sérieusement le mariage de son fils Charles IX avec la seconde fille de Maximilien, elle crut voir que Philippe II avait Tarrièrepensée de proposer sa sœur au roi de France. Son ambassadeur Forquevaulx, moins poli que l'empereur Ferdinand, répondit assez rudement aux vagues suggestions de la reine d'Espagne : « Il ne fault que la princesse s'attende d'avoir le roy. car jamais la France ne trouveroit bon et sortable qu'il prist femme tant advancée d'asge plus que Sa Majesté *;> et Catherine, voyant quelque temps après ce projet reparaître sous forme d'insinuation diplomatique^ écrit fort spirituellement : « Mon fils veult une femme et non une seconde mère, en ayant assez d'une *. » La princesse Jeanne ne se devait jamais remarier : elle vieillit obscurément à la cour, avec beaucoup de dignité, de piété, de douceur, portant avec résignation le fardeau d'une existence attristée dès l'origine par un deuil prématuré. Condamnée à ne jamais revoir son fils, qui fut depuis le chevaleresque et extravagant don Sébastien de Portugal, elle fut le témoin impassible d'un règne dont elle vit de près les grandeurs et les crimes, les succès et les revers; sombre comme son frère Philippe II, aimant comme lui la retraite et le silence, elle s'enveloppa dans une tristesse dont jamais le sou-
i. Dépêches manusc. de Forquevaulx (25 décembre 1565).
2. Lettre de Catherine de Médicis (même manusc, 12 juin 1567).
rire ne venait éclairer Taltière et morose majesté.
On ne saurait dire si en effet la déplorable santé et les égarements d'esprit de l'infant avaient inspiré un instant au Roi l'idée de le marier à la princesse de Portugal, ou bien si ce bruit avait été gratuitement semé par des gens mal informés ou malveillants. Quoi qu'il en soit, Philippe II s'empressa d'envoyer à Vienne la plus formelle dénégation : « Quant aux inquiétudes de Sa Majesté Impériale au sujet du prétendu mariage entre mon fils et ma sœur et des dispenses que j'aurais demandées à Rome, écrit-il au comte de Luna, vous pouvez dire à l'Empereur que cette nouvelle est fausse, et qu'un tel projet ne m'est jamais venu à l'esprit *. » Il ne fallait pas toutefois songer encore à unir don Carlos et la princesse Anne, et le Roi répondit, sur ce point, lui-même à l'Empereur : « L'infant , dit-il dans sa lettre, s'était bien en effet délivré de la fièvre quarte, lorsqu'il en a été donné avis à Votre Majesté, mais il est bientôt retombé malade, il l'est encore, et si faible que Votre Majesté ne le saurait croire*. » Jusqu'à nouvel ordre, Ferdinand devait se contenter de cette réponse : elle réservait la politique espagnole.
Philippe, en effet, bien que le prétexte de la santé
i. « Y por lo que decis que S. M. se da priesa en lo que toca & este casamiento, porlo que ha entendido... y que se habia euviado à procurar la dispensacion, prodréis decir y certiûcar & S. M. que |
no es asi ni nunca mi pas(5 por pensamiento. » Lettre du roi au j
comte de Luna (10 mars 1S62). Arch. 8im. Est., leg. 141.
2. «... Aunque el principe se librd de lacuartana cuando & V. M. i
se diô el aviso, tornô luego à. recaer, y le ha durado hasta agora, '
que le ha dejado tan flaco que V. M. no lo podria créer. » Lettre » ^ du roi à TËmpereur (11 mars 1662}. Ibid.