Lettre du 10 mars 1562 (Doc. inéd.. XXVI p
2. «... La relacioii que de la infanta Ana puedo hacer es muy buena... porque de su edad tiene muy buen entendimiento, y gran repose, es muy devota... tiene linda disposicion y sera grande porque agora lo esta y crece mucho, que parece de quince 6 deciseis anos... tiénela su madré muy bien criada, no se aparta délia, y asî ella y el rey la adoran y quieren mas que â todos los otros, y es cierto que âmiparecer, no se pueden desear mejores partes en una persona para compailîa del principe que ella tiene. » Dépêche du comte de Luna (19 janvier 1562). lôid.
Cependant, et en dépit de toutes ces belles qualités, Philippe II nourrissait une autre espérance. Elisabeth sur le trône, TAngleterre livrée à Thérésie déplaisaient également à son àme vindicative et au tempérament religieux de son despotisme. Depuis que lui-même, après la mort de Marie Tudor, avait été forcé d'abandonner momentanément la pensée de réduire un jour l'Angleterre sous le double joug de son gouvernement et de sa foi, il n'avait pas cessé de chercher dans les combinaisons de la diplomatie un moyen de rentrer en maître dans ce pays d'où il était sorti exécré. J'ai raconté ses vaines tentatives pour épouser Elisabeth; il ne pardonna pas cet échec à la fille de Henri VIII. Un adroit manège politique ou la conquête pouvaient seuls lui permettre de dominera Londres : or l'heure de la violence n'était pas venue, et il était loin de songer alors à diriger vers la Manche ses armadas redoutables. Mais il épiait les occasions diplomatiques avec une attentive perspicacité. Il lui sembla qu'il s'en présentait une, et il essaya de la saisir, sans se compromettre toutefois car il ne se fesait pas illusion sur des difficultés si nombreuses et si redoutables. Il garda en même temps ses manœuvres secrètes, afin de conserver sa situation vis-à-vis de l'Empire et de ne rien perdre à Vienne s'il ne pouvait réussir ailleurs.
François II de France était mort depuis deux années, et sa veuve Marie Stuart était retournée en Ecosse, où elle régnait. J'ai indiqué plus haut les avantages que Philippe pouvait se promettre de cette
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union. D'un autre côté, Marie Stuart qui venait de refuser plusieurs mariages semblait disposée à accepter Don Carlos *. Cette combinaison, outre ses avantages éventuels, donnait au roi d'Espagne la satisfaction de traverser le projet de Catherine de Médicis, qui rêvait de faire épouser un jour Marie Stuart à Charles IX quand ce dernier serait en âge. Philippe étudiait donc avec sollicitude un plan qui d'abord mettait en échec la politique française, et ensuite pouvait ajouter la couronne d'Ecosse et peut-être celle d'Angleterre à celles de sa maison, enfin, dans le cas d'un succès complet, imposait les principes du gouvernement espagnol à cette nation superbe qui les repoussait avec tant d'énergie, de persistance et de dédain.
Le comte de Luna avait pénétré ce désir, et il avait placé dans sa dépêche du 19 janvier 1562 un paragraphe curieux où apparaît dans son jour la formidable ambition du cabinet de Madrid. On y voit percer non seulement le désir d'ajouter l'Ecosse et l'Angleterre aux royaumes de Philippe II, mais encore celui de créer à l'Espagne en France une influence dont on pourrait user un jour pour des desseins plus grands encore : « Puisque le prince, dit le comte de Luna, ne doit pas se marier devant que sa santé soit pleinement rétablie, il ne me paraît pas qu'il faille s'engager nulle part. D'un moment à l'autre il se peut offrir quelque chose qui convienne mieux à Votre Majesté et à l'augmentation de sa puissance, car c'est là sur-
i. Lettre de Quadra, ambassadeur d'Espagne à Londres. Arch. Siru. E. 815.
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tout ce qui doit toucher un roi si grand et si proche de la monarchie universelle. Je parle ainsi parce qu'on tient pour certain que la reine d'Angleterre, fût-elle mariée, ne peut avoir d'enfants, qu'elle a peu de santé et qu'à son défaut la reine d'Ecosse succéderait à sa couronne. Ceci mérite d'être considéré. En outre les Guises, oncles de la reine d'Ecosse, sont les chefs du parti catholique en France : ils sont haïs de Vendôme S qui est aujourd'hui en possession du gouvernement et qui mène les choses de telle sorte que les affaires de ce royaume ne peuvent manquer d'aller à la dérive 2. » H est clair par ces derniers mots qu'au moyen des Guises, oncles de Marie Stuart, on espérait, une fois Marie Stuart entrée par son mariage dans le cercle de la politique espagnole, dominer complètement le cabinet du Louvre et le soumettre aux inspirations de Philippe IL Plan gigantesque dont le roi d'Espagne fut un moment ébloui.
i. La cour d'Espagne affectait de nommer ainsi Antoine de Bourbon, roi de Navarre.
2. «... Pues ei principe no. se ha de casar hasta que esté muy bueno y recio, parece que no hay para que S. M. se prende... pues de una hora â otra se podria ofrecer cosa que fuese mas ft propdsito de losEstadosde V. M. y de lagrandeza de su sucesion cou que principalmente se ha de tener cuenta, especialmente un rey tan grande como V. M. y que tan prdjimo esta à. la monarquîa de el mundo... he querido decir esto porque se tiene por cosa cierta que la reyna de Inglaterra no puede haber hijos y que tiene poca salud y que en su defecto la de Escocia es sucesora de aquel reyno, que si aquesto fuese no séria de dejar de mirar en ello y tambien en que los de Guisa, sus tios, son los mas catôlicos que hay en Francia, y son aborrecidos de Vendoma en cuya manoesta agora el gobierno, el cual le lleva por un camino de que no se puede esperar menos de que las cosas de aquel reyno han de dar al través. » Dépêche du comte de Luna, 19 janvier 1562, déjà citée.