DIPLOMATIE DE PHILIPPE II
L'Empereur, qui n'avait pas connaissance de cette trame mystérieuse, prit pour bonne et valable l'excuse que lui avait donnée Philippe II : <r II est demeuré très satisfait, écrit le comte de Luna, et m'a dit ne pouvoir qu'approuver la prudence de Votre Majesté ^. » Philippe demeura doiic libre d'agir du côté de l'Ecosse. Alvaro de la Quadra, évêque d'Aquila, son ambassadeur en Angleterre, homme actif et habile, fut prévenu de ses intentions, et au commencement de 1563 nous le trouvons en relations suivies avec le secrétaire de Marie Stuart, Lethington, alors à Londres, où il était venu sous un prétexte secondaire, mais avec la mission secrète d'obtenir que Marie Stuart fût déclarée héritière du trône anglais. La négociation était extrêmement délicate à plusieurs points de vue. D'abord il fallait qu'Elisabeth n'en eût aucun soupçon, car ce mariage, hostile à sa politique et préparé en vue de sa succession, devait nécessairement être considéré par elle comme une offense. D'autre part, la cour de France, qui rêvait l'alliance de Charles IX et de Marie Stuart, ne pouvait manquer de s'y opposer avec énergie. L'Empereur vint également se jeter très innocemment à la traverse en proposant à la reine d'Ecosse son fils l'archiduc Charles. Enfin on ne pouvait se dissimuler que, même à Edimbourg, le cabinet de Madrid rencontrerait de nombreux adversaires parmi ceux qui entouraient
1. «... s. "M. quedo muy satisfecho y me dijo que le parecia muy buena respuesta y que V.M. lo hacia muy prudentemente. » Dépêche du comte de Luna, Prague, 30 mars 1562. Arch. Sim. Est., lég.
la jeune reine, partisans de Murray, ou protestants passionnés. Mais Quadra, qui voyait bien à travers combien d'écueilsil manœuvrait, ne s'avançait qu'avec circonspection, et méritait la confiance de son maître. Il en vint à se faire offrir par Lethington la main de Marie Stuart pour don (Parles.
En mars 1563, les choses lui parurent assez bien préparées pour qu'il fît auprès de Philippe les plus vives instances en faveur de cette union et en développât tous les avantages. Il écrivait en même temps à Granvelle : « Selon moi ce mariage est conclu si S. M. le veut... il est le chemin qui mène directement à la monarchie universelle *. » Le roi, jusqu'alors indécis en apparence, se décida à envoyer son adhésion à son ambassadeur, mais sans rien dire de tout à fait précis : « J'ai appris, lui écrit-il, l'entretien quiB vous avez eu avec Lethington, ce qu'il vous a dit du mariage de la reine d'Ecosse avec le prince mon fils , et la manière dont vous avez répondu. J'ai été satisfait de votre prudence, et comme je vois que ce mariage pourra porter remède aux affaires religieuses de l'Angleterre, j'ai résolu d'en admettre la négociation *. » Après ces paroles qui donnent si ingénieu'-