VOYAGE DE LUIS DE PAZ
demande. Il semblait naturel d'envoyer Lethington qui avait entamé l'affaire, mais on craignait que son voyage ne fût suspect à Londres en un moment où il n'avait aucun motif plausible pour se présenter à la cour d'Elisabeth. On préféra donc faire partir l'cvêque de Ross, président du conseil, qui désirait fort le succès de cette négociation. L'évêque avait un bon prétexte pour passer en Angleterre : les médecins l'envoyaient prendre les eaux en France, et il avait même déjà reçu un passe-port du gouvernement anglais. 11 devait naturellement se reposer quelque temps à Londres, rendre visite à l'ambassadeur de France, et par suite, comme simple forme de politesse, à l'ambassadeur d'Espagne. Après cette conférence, il en enverrait le résultat à Edimbourg par un affidé. Les choses ainsi réglées, Luis de Paz se mit en route pour l'Angleterre *.
1. «... Con ocasion de buscar unos piratas que habian robadouna nao espanola que venia de las Indias... para lo cual Uevaba una carta abierta de la reyna de Inglaterra que le favoreciesen à ello sus ministros. Llegado à Ghesler fué en casa de un M" Bal, pensionario del rey nuesti'O senor y dijole el L. de Paz que iba à buscar ciertos piratas... El dicho M™ Bal le encaminô, y se metieron en un navio y pasaron â Irlanda donde se quedd el Bal y dijo a los marincros que llevasen al Luis de Paz en tierra de Escocia, lo cual hicie ron asî y prosiguio su camino donde aquella reyna estaba ., fué â hablar al D« Ledington, dàndole una carta del embajador Quadra en que solamente le rogaba que favoreciese el negocio sobre lo de los piratas, y diole el contraseno que llevaba sin que nadie le viese. Hablo luego el Ledington con la reyna, y se juntaronen consejoella y milord James su herinano y el Ledington, y acordarou que por no causar sospecha con la ida de Luis de Paz que pues él iba con la demanda de los piratas, asi se publicase y en 'pùblico hablase â. la reyna sobrello... sali6 a pâsearse... le hallo el Luis de Paz y dijo â alta voz que él iba à, suplicar à S. M. que lemandase favorecer para que fuesen castigados los piratas... luego la reyna mando apartar
fti DON CARLOS ET PHILIPPE II
Mais bien des obstacles devaient traverser cette ingénieuse combinaison. Lorsqu'on avertit Tévêque ie Ross de la mission dont il était chargé, il se trouva que sa maladie avait augmenté, et que son départ ne pouvait avoir lieu avant la fin d'août au plus tôt. Ce délai parut trop long. Lethington écri- Tit immédiatement à Luis de Paz, que le courrier rejoignit en route. Il lui apprenait par cette lettre que le voyage de Tévêque se trouvant forcément ajourné, le cabinet d'Edimbourg allait envoyer en avant un secrétaire de la reine nommé Rolet, chargé des pouvoirs qui devaient être confiés à l'évêque. Luis de Paz poursuivit sa route; mais, en arrivant à Londres, il apprit un événement qui devait être fatal à sa mission : l'ambassadeur Quadra était mourant. C'était le 24 août. L'habile négociateur n'avait pas
Josque cerca délia estaban...y le dijo como el embajadorle enviaba para hacerle saber como su amo le habia escrito que le placia, y se côntentaba dar orejas â la plâtica de su casamiento... y que S. M. le enviase una persona de quien se fiase... y que sobre todo le encar- ^aba del secreto del negocio... sobre este fundamento, tomaron à ciitrar la reyna, milord James y Ledington en consejo, y aunque le pareciô que à ello viniese el D« Ledington como persona y origen «ie la plâtica, todavia pansaron bien que séria muy sospechoso en Inglaterra no teniendo otros negocios que tratar con aquella reyna. acordaron de hacer eleccio)i del obispo de Ross, présidente del consejo... y pues seofreciatan buena ocasion al D«Ross que habia de venir âFrancia à curarse de cierta enfermedad, que séria lo mejor acortado, para lo cual ténia ya pasaporte de la reyna de Inglaterra y que podria venir por su corte à visitarle y al embajador de Franeia y que asi podria visitaral de Espana y entender dél lo que habia y que con el D® Ross enviarian otra persona para que volviese con cl recaudo que se hubiese entendido del obispo Quadra. Con esta pespuesta , se volvi<5 el D° L. de Paz para Inglaterra. » Vtaje de Luit de Paz éEscocia con una comision del embajador Quadra sobre el casamiento del principe don Carlos con aquella reyna. Arch. Sim, Est., leg. 816.
ROLET ET GRANVELLE i6B
reçu encore la lettre de Philippe II qui approuvait sa conduite *. Luis de Paz fut admis auprès de lui et put lui rendre compte de son voyage, mais quatre heures après l'ambassadeur expira. Le secrétaire Rolet atteignit Londres sur ces entrefaites, et, trouvant l'évêque mort, passa immédiatement en Flandre, où il arriva dans les premiers jours de septembre \, non sans avoir vu l'ambassadeur de France, auquel il affirma que jamais il n'avait été question de mariage entre don Carlos et Marie Stuart 3.
Dès qu'il fut à Bruxelles, il se présenta au cardinal Granvelle * avec la lettre que Lethington lui avait confiée pour Quadra : le cardinal, avant d'avoir vu ce document officiel, n'avait répondu que vaguement
i. Voy. plus haut. La lettre de Philippe II est datée du 15 août L'évoque mourut le 24.
2. « ... Cuando al obispo de Ross fueron à hablarpara que luego se partiera, le hallaron impedido del mal de manera que al présente no se podia partir hasta la fin de agosto, y parcciéndoles mucha dilacion, escribid el Ledington una carta à Luis de Paz que le alcanzd en el camino, en la cual le decia no poderse partir tan presto el de Ross, y que à esta causa enviaiian delante à Rolei secretario de aquella reyna en el mismo recado que el de Ross podria traer... llegô ô. Inglaterra Luis de Paz donde embajador estaba, cuatro horas antes que muriese y le oyo la respuesta que traia. El secretario Rolet vind y hallando el embajador muerto no pard en Inglaterra, y pasdse luego en Flandes, donde quedaba à los xvi de diciembre. » Même relation, ibid.
3. « De que dijo jamas haber entendido cosa alguna. » Dépêche chiffrée de Granvelle à Philippe II, 14 septembre 1563. Arch. Sim. Est., leg. 816.
4. Granvelle (Antoine Perrenot de\ cardinal, gouverneur de» Pays-Bas sous Philippe II, né en 1517. Ce fut lui qui négocia les traités de Passau et de Cateau-Cambrésis. Il jouissait de toute la confiance de son maître, et il est très naturel qu'il ait eu connaissance de la correspondance de Philippe II avec Quadra. Cet illustre homme d'État mourut à Madrid en 1593.
aux avances du secrétaire : il s'enhardit devant cette preuve manifeste d'une mission diplomatique. Il crut donc pouvoir dire que d'après des lettres de Philippe II, adressées à l'ambassadeur à Londres et qui lui avaient passé par les mains, il savait que sa Sa Majesté, considérant les grands avantages que la religion catholique pouvait tirer d'une telle alliance et d'autre part les qualités excellentes de la reine d'Ecosse, avait goûté ce projet de mariage. Le cardinal n'était pas toutefois absolument sans inquiétude sur le caractère de Rolet et l'authenticité de ses pièces, mais il se rassura en se disant qu'après tout il serait toujours temps de nier, s'il prenait jamais envie à personne d'abuser de ces confidences contre le gouvernement espagnole
Philippe II reçut ces nouvelles en octobre, à Monzon, oii se tenaient les cortès. La mort d'un agent aussi habile que Quadra, et qui avait pris si vivement à cœur les négociations avec l'Ecosse, paraît l'avoir un peu découragé. Au fond, il connaissait les périls de l'entreprise; plus il approfondissait la question, plus aussi, tout en laissant tâter le terrain par son ambassadeur, il redoutait de se
1. « Resolvi k decirlo... que por algunas cartus de V. M. escritas al D" su embajador que habian pasado por mis manos... se podia coinprendcr que haciéndose este casamieuto se podia esperar de guiar las cosas de manera que dél sucediese la reduccion de la religion en los dos reynos de Escocia é Inglaterra... este punto de poder procurar tan gran bien à la cristiandad... y la gran virtud y buenas calidades de la persona de la dicha reyna habian movido à V. M. para que gustar deste casamiento... » « ... Porque cuando quisiese malignar se le podrà negar todo. » Dépêche de Granvelle à Philippe II, déjà citée.