RÉPONSE DU DUC D'ALBE
Le duc d'Albe ne se le dissimule pas cependant : le but de la reine de France est de faire épouser un jour Marie Stuart à Charles IX, afin d'assurer à ce dernier un droit éventuel à la couronne d'Angleterre ; si Catherine semble favoriser aujourd'hui le désir de l'archiduc, si elle a l'air de vouloir faire épouser son fils à la princesse Anne, c'est que d'abord elle ne redoute pas le prince allemand, ensuite qu'elle prétend de la sorte complaire à l'Empereur sans rien compromettre; enfin, le roi de France ne se pouvant marier avant deux années, la lenteur même des négociations est utile à ses desseins. Il est avantageux à Catherine de s'opposer à un mariage immédiat de la reine d'Ecosse avec don Carlos, et de tenir libre Marie Stuart en appuyant une proposition peu redoutable, jusqu'à ce que Charles IX soit en âge *. Le duc croit donc opportun de déjouer ce plan, d'ouvrir les yeux à l'Empereur en démasquant la reine de France, de faire comprendre à la cour de Vienne dans quel but Catherine paraît soutenir l'archiduc 2. En résumé, ne point poursuivre le mariage écossais comme trop péril-
reyna de Romanos la habia criada, V. M. dara à S. A. muger que en ningun tiempo podrà, decir que no se la hay dado muy conveniente. » Ibid.
1. «... Se enliende de la in tendon con que la reyna de Francia camina... por asigurarla (Marie Stuart) para volverla â. casar con el rey su hijo para tener dcrecho à la corona de Inglaterra .. quiero estorbar el casamiento del principe nuestro sefior con la reyna de Escocia y tenerla libre hasta que su hijo sea de edad. » Ibid,
2. « Enderezando no à, hacer los casamientos de sus hijos con sus nietas ni del archid\ique con la de Escocia, sino â estorbar que el principe nuestro sefior case con ella. » Ibid.
leux. s'avancer sans crainte vis-à-vis de TEmpereur, dont la petite-fille est un excellent parti pour le prince, se garder de blesser le cabinet de Vienne en continuant à Edimbourg des négociations qui lui seraient très sensibles si jamais, ce qui semble inévitable, il venait à les apprendre *, déranger le jeu de Catherine de Médicis en dévoilant ses ruses, telle est, pour rinstant, — car il se faut toujours réserver les chances de l'avenir, — la politique qui paraît sage au duc d'Albe, tel est le sens général de sa dépêche longue, diffuse, obscure comme les intrigues elles-mêmes au milieu desquelles s'agitait péniblement la diplomatie tortueuse du cabinet de Madrid.
11 est vraise'mblable que Philippe 11, d'après ces conseils, prit dès lors une résolution contraire au mariage écossais ; mais il ne jugea pas à propos d'en rien faire connaître encore. 11 s'occupa d'abord d'un remaniement des ambassadeurs dans les trois cours de Londres, de Paris et de Vienne. La mort de Quadra amena un mouvement dans le corps diplomatique : le frère du cardinal Granvelle, le comte Chantonoy, ambassadeur à Paris, fut nommé à Vienne ^; don Francés d'Alava, homme soupçonneux,
i. « Como no puede dejar de saber que se trata lo de Escocia, sera darle grande ocasion de queja y agravio. » Ibid.
2. Le comte Chantoney, fils de Perrenot de Granvelle, chancelier de Charles-Quint et frère du célèbre cardinal Granvelle, gouverneur des Pays-Bas. Il remplit plusieurs fonctions diplomatiques sous Philippe H, à Paris et à Vienne. Catherine de Médicis, dans sa correspondance inédite avec son ambassadeur en Espagne, accuse cet homme d'i-tat de s'être vanté, en 1570, d'avoir empêché pendant quatre ou cinq ans le mariage de Charles IX avec la pria-