‹ Don Carlos et Philippe IIChapitre 86 sur 199 · MAXIMILIEN INSISTE AUPRÈS DE PHILIPPE II · texte numérisé non relu

MAXIMILIEN INSISTE AUPRÈS DE PHILIPPE II

que Philippe s'empressa d'approuver ^ — et d'ailleurs la France, préoccupée de dissensions intestines sans cesse renaissantes, était hors d'état de suivre une aussi délicate négociation. Telle fut la fin de ces curieuses intrigues de la cour d'Espagne auprès de Marie Stuart, intrigues qui font bien connaître l'esprit à la fois audacieux et prudent, romanesque et positif du gouvernement de Philippe II. On voit combien sa diplomatie lente et rusée, susceptible toutefois de se laisser séduire par de grands projets, les étudiait, dans ses méditations prolongées, avec une sagacité profonde, les considérait attentivement ^ous toutes leurs faces, s'avançait avec précaution, se réservant toujours des portes de sortie, aimait contraindre souvent, par des lenteurs calculées, ses agents à des mesures qui n'engageaient pas sa responsabilité et qu'il pouvait, selon l'événement, accepter ou désavouer.

Cependant l'empereur Ferdinand était mort en cette même année 1564 (le 25 juillet), et Maximilien, son fils, qui depuis 1558 portait le titre de roi des Romains, de Bohême et de Hongrie, lui avait succédé sans difficulté. Le nouvel empereur, dès sa première entrevue avec l'ambassadeur espagnol Chantoney, le 25 mars 1565, mit aussitôt la conversation sur un sujet qui lui tenait au cœur, le mariage de sa fille Anne avec le prince d'Espagne. Après avoir vanté toutes les précieuses qualités de la jeune prin-

1. « El mas acertado (casamiento) que se puede hacer. » Dépêche de Guzman de Silva, 26 avril 1565. Arch. Sim. Est., leg. 818.

cesse S il ne cacha pas à Chantoney qu'elle était sérieusement recherchée par le roi de France, que les électeurs et les princes de l'Empire, favorables à cette union, le sollicitaient d'y consentir ^ . Luimême, ajouta-t-il, appréciait assurément les motifs qui obligeaient le roi d'Espagne , inquiet de la santé de son fils, à retarder ce mariage : il était loin d'être disposé à une alliance française, et il avait même naguère laissé l'ambassadeur de Charles IX quitter Vienne à propos d'une question de préséance, où il ne lui avait pas voulu donner l'avantage ^, mais enfin il n'entendait point que sa fille perdît les chances d'un établissement honorable en France, et s'il fallait attendre le rétablissement du prince d'Espagne, du moins prétendait-il être sûr, dès à présent, que le mariage aurait lieu dès que l'infant serait guéri *. »

Ce discours embarrassa beaucoup Chantoney, qui avait ordre de gagner du temps : le Roi lui avait à cet égard envoyé des instructions précises dès le

1. « Sobre esto me dijo de las condiciones de la princesa su hija lo que se puede pensar de un padre que ama los suyos tiernamente. » Dépêche de Chantoney à Philippe II, 31 mars i565. Arch. Sim. Est., leg. 653.

2. « Haciéndome muy largo discurso de las instancias que le han sido hechas, no solamente por el rey de Francia, pero por los electores mismos y principes del Imperio para que la dîese à aquel rey, y cada dia le solicitaban los dichos electores. » Ibid.

3. «... Porque no se le habia querido declarar la precedencia en su favor en esta corte. » Ibid.

4. « Esperar hasta que el principe de Espaûa tuviese mas salud no le pesaria, mas queria ser asegurado deste agora para entdnces... no era justo por cosa incierta hacerle (à la princesa) perder su colocacion. » Ibid.

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