CHAPITRE XV. 5U
qu'il y eût en la personne du prinee. sous le rap|)ort de son intelligenee comme sous celui de son naturel . se sont, dans le cours do sa vie et jusqu'au momesit actuel, manifestés el confirmés de telle manière, el l'on en a aequis une si longue et si jïarticulière expérience, que depuis longtemps jetais convaincu d'une chose : c'était que, pour remplir mes obligations envers Dieu et mes royaumes, il me faudrait en venir à l'enfermer. J'ai pourt-inl différé de le faire par amour paternel, par le désir de justifier enlièremenl celle mesure, et pour n'avoir pas à me reprocher d'avoir négligé aucun moyen d'amendement ni aucun remède.
« Quand même j'eusse été disposé à tolérer et dissimuler les inconvénienls qui pouvaient résulter de ces défauts du prince pendant ma vie, inconvénients qui n'auraient pas été peu nombreux ni d'une médiocre conséquence, et ne m'auraient pas causé peu d'inquiélude. de contrariété et de trouble, ceux qui en seraient résultés à ma mort, lorsque le prince aurait été appelé à me succéder, paraissaient devoir être si graves et si préjudiciables à la chose publique, qu il était de toute nécessité de les prévenir : en temporisant davantage, et en ne prenant pas la mesure qui a été mise à exécution, tout ce que j'aurais prescrit plus tard, non-seulement n'aurait pas été un remède suffisant, mais encore aurait causé peut-èlrc une pirturbalioji plus grande.
« Celte première mesure, ayant été reconnue nécessaire, aura pour conséquences les autres dispositions recjuises en un cas de celte naliuT. s'il pariiil èlre
besoin et si l'on juge convenable d'en venir à une «léelaralion et déterniinalion. Alors on procédera avec la nialurilé de conseil et de délibération, avec l'auslérilé, la solennité et le bon ordre quune telle alTaire exige, et cela ne laissera pas que d'entraîner quelque délai. J'aurai soin de tenir Votre Altesse au courant de ce qui se passera, comme je le dois faire de toutes mes choses, spécialement lorsqu'elles sont de respèce et de l'imporlance de celle-ci.
« Ce qui vient d'être dit expliquera clairement et ouvertement à Votre Altesse la résolution que j'ai prise et le but où elle tend. Elle verra par là que la réclusion du prince n'a été motivée ni par quelque délit commis contre moi, ni par des torts tn matière de religion ; que ce n'est pas non plus un moyen mis en pratique pour son amendemeni, car on n'en pouvait concevoir l'espérance, ses défauts procédant de sa nalure et ayant augmenté avec^ràge; enfin que ce
QUI A ÉTÉ FAIT n'eST PAS TEMPORAIRE, ET >E DOIT ALCLXEMENT ÊTRE CUANGÉ DANS LA SUITE ('). »
(♦) Ln leltre de Philippe II à l'empereur, écrite de sa main, comme celle qu'il adresfait a Timpératrice, était dalée du 19 mai. Il y en a, aux Archives de Simancas, Ealado, leg. 150, une minute ou plutôt un brouillon fait par le secrétaire d'Etat Zayas et chargé de ratures. L'original n'est pas consei'vé aux Archives impér aies, à Vienne, mais elles en renferment une Iradurlion allemande. En comparant celte traduction avec le hio.iiiion de ^lyas, on voit (ju'ii avait été fait à celui-ci plusieurs additions. Pour le surplus, le fond des deux textes est le même. Dans l'extrait que nous donnons, nous dvous suivi de préférence le texte espagnol, comme reproduisant plus littéralement la pensée du roi. Voici ce texte :
1 Los defectos que Dios fué servido que, por mis perados, huvicse en Jy pcrsona del principe, asi en la parte del entendimiento como en la