‹ Don Carlos et Philippe II (volume 2)Chapitre 63 sur 156 · CHAPITRE XMI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XMI

boules pour lui. Il l'avail reconnu publiquement pour son frère, et lui avait donné un état digne de ce rang, tandis que le vœu de l'empereur Charles-Quint avait été que sa naissance demeurât secrète, et que sa vie s'écoulât dans l'obscurité d'un cloître. L'année précédente, il l'avait décoré de l'ordre illustre de la Toison d'or ('). Il venait tout récemment, malgré sa jeunesse, de l'élever à l'une des charges les plus éminentes de la monarchie (-). Trahir le roi après tant de bienfaits, n'eùt-ce pas été se rendre coupable d'une noire ingratitude?

Don Juan savait trop quelle était la véhémence de don Carlos, pour le contredire ouvertement, et surtout pour lui répondre par un refus positif; mais il essaya de le faire renoncer à son projet, en lui exposant les difficultés qu'en éprouverait l'exécution, les périls même qui devaient en résulter pour lui. Don Carlos ne voulut rien entendre. Don Juan alors l'engagea à réfléchir encore sur les conséquences de sa détermination, et il le quitta, en demandant vingt-quatre heures pour y réfléchir lui-même Ç).

(') Dans une lettre du I " aoû 1 1 366, Tisnacq raande au président Viglius que, le t4 juillet, le roi a donné la Toison d'or à don Juan d'Autriche.

(^) Sa nomination de général de la mer avait rempli de joie don Juan. Le nonce écrivait, le 29 octobre 1-567, au cardinal Alessandrino : « .... Il quale (don Juan) è lanlo allegro di questo carico che non si « potria dirpiù, et mi ha detlo che la sua prima uscita viiole che sia « baciare il piede a Sua Santila, il che facendo H parera che ogni cosa « sia per succederli bene.... »

(^) « Quaudo Sua Altezza comunico tulto ciô cou don Giovanni, lui « prese tempo vintiquallro hore a risolversi. » (Lettre de Cavalli, du 22 jauvie; 1368.)

Son parti était déjà pris. Le lendemain ('), il écrivit à don Carlos, et il lit répandre le bruit qu'il avait été mandé subitement à l'Escurial pour des affaires dépendantes de sa charge; il monta à cheval et alla trouver le roi, à qui il révéla ce qu'il venait d'apprendre des projets de son fils (-).

Philippe II. en ce moment, était tout entier livré à des pratiques de dévotion et de piété. Il sapprêtait à assister aux cérémonies par. lesquelles l'Église célèbre la naissance du Sauveur du monde: il se disposait aussi à gagner le jubilé universel que le pape Pie V

(') Ceseiait le jour même, si l'entrevue avait eu lieu le 24. (Voy. la note 4, à la p. 4C3.)

(*) Ce fait est consigné dans les dépêches de plusieurs ambassadeurs; et, quelque temps après l'événement, il acquit un caractère de notoriété, aussi bien dans les cours étrangères qu'à celle de Madrid. Dans sa relation sur don Juan, près lequel il fut envoyé à Naples, en 1573, l'ambassadeur vénitien Girolamo Lippomano ne manque pas de rappeler que le roi put apprécier sa fidélité et sa patience, ainsi que la prudence singulière qu'il montra, lorsque, étant encore bien jeune, il ne voulut pas s'associer aux machinations de don Carlos, et, au contraire, il les lui découvrit, au grand péril de sa vie : o Avendolo conosciulo il re di « provata fede e di estTcitata pazienza, ne poteudosi scordare délia « singolar prudenza cbe dimostrô, quando, essendo ben giovanetto, « non vole acconsentire alli trattati del principe Carlo, anzi, con gran

• pericolo délia vila sua, li scopri a Sua Maestà. » Voy. Relations des ambassadeurs véniliens sur Charles-Quint et Philippe 11, p. 20G.

Des avis secrets, envoyés d"Anvers au gouvernement anglais, et qui sont au State paper Office, papiers de Flandre, concordent avec les documents que nous venons de citer. L'un, daté du 13 février 1568, porte : » Voglionodire che la detta congiura sia stata scoperta dal medesimo « don Gio. d'Austria. « Dans un autre, qui est du 6 mars, on lit : « Del cnso del principe di Spagna se ne comincia a parlare più claio,

• dicendosi che voleva marhinare contro la persona del padre, e che il <■ lutlo sia stato scoperlo da don Gio. d'Austria, al quale il principe «> comunicô il suo malvaegio pensiero, reccrcando lo aggiulo suo.... »

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