CHAPITRE XV
« le laict du prince : mais icclluy ne feict aulcun sem- « blant de nous en parler, jusques à ce qu'il cogneust, « par quelques propos que Je luy mis en avant, que « j'avois esté adverti dudict faicl, tellement qu'il (( commença à nous en dire quelque chose :, mais ce <( fut de façon que je connus bien qu'il n'a voit pas « grand'envie de mordre à la grappe et entrer dedans, « car il nous dict seulement que e'esloient choses « entre le père et le fils, lesquelles ne passcroient « oultre, et qui estoient bien aisées à appaiser.... Il « m'a semblé que lediet ambassadeur ne me devoit « ainsy faire le froid d'une chose qu'il connoissoit « bien que je sçavois — ('). »
Philippe II n'approuva pas que son ambassadeur eût lardé à délivrer ses lettres au roi et à la reinemère, et il le lui fit savoir : « Du reste, — ajoula-t-il « — il n'y a eu et il n'y a, dans l'affaire du prince, <( rien de plus à leur dire que ce que vous leur avez dit, « vos paroles ayant été conformes à la vérité Q. »
Quelques jours après l'audience qu'Alava avait eue de Leurs IMajestés Très-Chrétiennes, le cardinal de Lorraine lui confia, sous le sceau du secret, une particularité qu'il avait appris de la, reine-mère : c'était que don Carlos était enragé, qu'il se mordait et qu'il poussait des cris de se voir en prison, répondant à
(') Lettre du 13 février V66S.
(*) o .... No ha havido ni ay otra particuiaridad que les podais dezir, mas de lo que al principio les dixisleis, porque aquello fué ei heclio de la vcrdad.... • (Dépêche du 19 mars 1568, aux Archives de Simancas, Eslado, n» 1570 2°, Registre de carias de S. M. cscrilas à Frauda y Fldndcs, fol. 82.)
oiO DON CARLOS \IT PIlILiriM' II.
ceux qui lui demandaient pourquoi il agissait ainsi, que celte rage dont il soulTrait en élait la cause ('). D'où pouvaient venir à Catherine de Médicis des renseignements aussi absurdes? Nous n'en trouvons nulle trace dans les dépêches de l'ambassadeur de France à Madrid. La reine avail tenu d'autres propos encore : elle avait dit qu'au concile de Trente, et depuis à Rome, il avait été parlé du prince d Espagne, et qu'on avait reconnu alors que tôt ou tard le roi son père serait obligé, pour son bien, de le châtier rigoureusement (-). Il ne faut pas perdre de vue qu'à la cour de France la détention de don Carlos excitait peu de sympathie; qu'on s'y réjouissait même, en secret, du malheur de ce prince, car il ouvrait à la descendance d'Elisabeth de Valois les voies à un trône regardé à cette époque comme le premier du monde.
Catherine de Médicis, néanmoins, écrivit à son gendre . pour lui exprimer le chagrin que le roi Charles et elle éprouvaient de ce qu'il avait été forcé de faire à l'égard de son fils, et l'espoir que, l'âge
(') « .... El caidenal de Lorena,.... en grande coufiança, pidiéndome que en ninguna manera Idei.tendiesse esta reyna, me dixo que ella le havia didio que Su Alteza rabiava y se mordia y echava vozes de verse preso, y à lo.s que le dezian que porque liazia aquello, arremolia à ellos, diziendo que porque lenia aquella enfermcdad de rabia.... » (Lettre d'Alava à Philippe II, du 23 février J.oGS : Arch. de l'Empire, à Paris, collection de Simancas, B 22 ".)
(-) « .... Y se que hadicho esta reyna que en cl concilio de Trento, y dcspués en Roma, se platico y enlendiô de que V. M. havia de venir a dar esta rigurosa reprehension â S. A. por mucho bien suyo, y que tarde 6 lemprano no podia escursarla, por la dureza que se cntendia de su coiidicioM naluriiL... » (LcUre d'Alava à Philippe II. du 1G février Ib68.)