‹ Don Carlos et Philippe II (volume 4)Chapitre 15 sur 146 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

(/asfos); Fcrnan Alvarez Osorio, garde de Targeiilerii^ et du linge {que fué recibido para tener cu)-(/o de la plata y ropa) ; Jorge Suarez et Juan Lopcz, domestiques d antiehambre {reposteros de camas); Juan de la Pefia et Pedro Hurtado, huissiers {reposferos destrados) ; Juan Bernaldo, maréchal des logis {aposentador) ; trois pages, don Antonio, don Benilo et don Alonso de ïeves ^ deux cuisiniers, un brasero^ un portier, une lavandière et une esclave, du nom d'Anlona (').

Don Carlos était encore à Toro avec sa tante doiia Juana, quand Philippe revint en Espagne au mois de juillet io51. Il continua dy résider, même après que la princesse, au mois de juin de l'année suivante, en fut partie pour Lisbonne, où elle allait épouser le prince don Juan, héritier présomptif de la couronne de Portugal. La séparation de dona Juana et de son neveu fut des plus touchantes; ils pleurèrent l'un et l'autre durant trois jours. On enlendit don Carlos s'écrier en sanglotant : « Que va devenir l'enfant (ainsi s'appelait- « il lui-même), seul ici, sans père ni mère, mon aïeul « étant en Allemagne, et mon père à iMonzon ? » 11 se jeta dans les bras de don Luis Sarmienlo, qui avait reçu l'ordre d'acconqjagner la princesse, en le priani de revenir bien vite (-). Celte scène, racontée par un

(') Cédule du 3 juin I5b0, donnée, solis le nom du roi Charles, piir Maximilien et Maiie, gouverneurs des royaumes d'Espagne. (Archives de Simancas, Casa rcal, leg. 41.)

('•') " .... A la paiiida de la pnncesa de Toro, fué eosa grande su dcsindiinienlo del infante, que duré 1res dias el llorar del uno v de! olro....

témoin oculaire, prouve qu'au moins dans ses premières années, don Carlos n'était pas dépourvu de sensibilité.

Jusqu'à l'àge de sept ans accomplis, Philippe laissa son fils entre les mains des femmes. Sur la fin de 1552, il résolut de lui donner un gouverneur. Il tenait alors, à Monzon, les cortès d'Aragon, de Catalogne et de Valence : il commanda à don Antonio de Rojas. S"" de Yillerias de Campos, son premier sommelier de corps, à Gutierre Lopez de Padilla, l'un de ses maîtres d'hôtel, et à Jean de Vandenesse, son contrôleur, de lui soumettre un projet pour l'organisation de la maison de l'infant ('). Le gouverneur sur qui il avait jeté les yeux était don Antonio de Rojas lui-même. Ce seigneur alla chercher don Carlos à Toro, et le conduisit à Madrid ; il n'entra toutefois dans l'exercice de sa charge qu'après l'arrivée de Philippe en cette ville, qui eut lieu le 13 janvier 4553 (').

L'année suivante, Philippe quitta de nouveau l'Espagne : cette fois, c'était pour aller épouser la reine d'Angleterre, Marie Tudor: il s'embarqua à la Corogne

El infante decia : ■• El iiino (que asi se iiombra él à si mismoli como ha » de quodaraqiii solo, siii padre ni sin inadie, y leniendo cl agiielo eu « Alemauia y mi padre en Monzou? •> y echandome a mi los brazos, diciéndome que me volviese kiego. >> (Lettre de don Luis Sarmiento de Mendoza à l'empereur, du 24 novembre 1 532, dans la Coleccion cledocumciilos incditos, etc., t. XXVI, p. 302.)

(') iMalgré toutes les recherclics (}ue don Manuel Garcia a eu la complaisance de faire dans les Archives de Simancas. il n'y a trouvé ni le lèijlcmenL que Philippe fil poui la maison de son fils, ni la liste des olTiciers dont il la composa.

(") Va.nde.xe^m;, Journal des voyages de Charles-Quint et de Philippe II.

CIIAI'ITUE I. U

le 12 jiiilk'l ('). Avant son départ, il nomma précepteur de son fils Honorato Juan : « L'expérience que j'ai « acquise de voire bonté et de votre science, pendant «< le temps que vous avez été au service de l'empe- « reur et au mien, — lui écrivit-il — m'a engagé à u vous choisir pour maître de l'infant don Carlos, « mon lils, comme don Antonio de Rojas vous le dira. « Je vous charge beaucoup de travailler à le former (c à la vertu et aux connaissances humaines , ainsi c( que vous le devez à la grande confiance que j'ai c( placée en vous, en vous donnant un emploi de tant « d'importance (-). » Un religieux sur lequel nous savons peu de chose, fray Juan de Munatones, était, depuis quelque temps déjà, chargé d'enseigner au jeune prince les premiers éléments de la grammaire ; Philippe le remercia de ses soins et l'invita à les continuer, selon les instructions qu'il recevrait de don Antonio de Rojas {^). Don Carlos devait résider à Valladolid, auprès de sa tante la princesse dofia Juana, veuve, après un an de mariage, du prince don Juan de Portugal, et que l'empereur avait nonunée gouvernante des royaumes d'Espagne pendant Tabsence qu'allait faire son fils.

Le choix que le prince avait fait d'Ilonorato Jiian fut universellement approuvé. Né à Valence le 14 jan-

(') Va>de.nesse, Journal des voyages de Charles-nuini el de rhilii)pe il.

(') Lettre du 3 juillet laoi, apuil Ath. Kiroher, Principis chrmliaiii arc/ielijpôn politicum, etc., 1672, in-V", p. 133.. .

p) Lettre de la même date, dans la Cvleccion de documetitos incditos, etc., t. XXVi, p, 396.

\ ier 1507, el issu d'une famille aiuienne el distinguée, Juan, ajn'ès avoir lait de brillantes études dans son j)ays. était allé à Louvain, où il avait suivi les leçons du savant Vives; il passait pour un des hommes les plus instruits de l'Espagne : « Sa seience dans toutes (( les l)ianehes des belles-lettres — dit un eontempo- « lain — est si grande et si rare qu'elle a émerveillé « tous eeux de notre temps, italiens, allemands, fran- « çais, llamands, anglais, espagnols, qui sont vérita- « blement doctes, el qui tous rendent témoignage de u son génie extraordinaire, ainsi que de la variété et « de rétendue de ses connaissances dans les littéra- « tures grecque et latine, dans la philosophie natuu relie et morale, et dans les mathématiques ('). » llonorato Juan à un savoir prodigieux, joignait le caractère le plus élevé et des mœurs exemplaires. Chaiies-Quint, qui ai)préciail le mérite, Tavait appelé à sa cour(-). 11 faisait partie de la suite de Philippe, quand ce prince passa aux Pays-Bas, en lo48 (^).

C'était une dillicile et délicate mission que celle qu'acceptait le disciple de Vives; mais aussi quelle perspective n'oirrait-ellc pas à celui à qui elle était confiée? Adrien d'Utrecht, précepteur de Charles-Quint,

(') « Su scicMicid en toilo géiiero de leiras es tanta y lan rara, que lodos los verdadcramente dodos de este tiempo, ilalianos, alemancs, l'iaiiccses, flaiiioiicos, iiigleses y espanoles, admirados, han dado testiiiionio de su luiiy peregrino ingeiiio, y del mucho y hondo conocimieiito que eu les aulores gricgosy lalinos, y en la filosofia naUiral y moral, y disciplinas matenuUicas, liene.... » (Ai.v.xivo NiSez, cilé par Iùkciiuk, • p. I '.(}.)

(^) KinciiKit, Priiicii)is rhristiniti nirhehfpon, etc., p. 131.

(') Alonso liLtoA, Vila Caivli \\ \\U. l\ , fol. 243.

ClIAPITiŒ I. ' 13

sV'Iail élevé dos derniers rangs de l.i iiiérareliie eeeléiasliqne juscfu'au Irùne ponlillcal. Jiian Marlincz Siliceo. de simple professeur de théologie en Tuniversilé de Salamanque , était devenu cardinal et archevêque de Tolède, pour avoir élé le précepicur du prince Philippe. Honorato Juan ne se trouvait pas, il est vrai, dans les mêmes condilions • il était laïque : mais que fallait-il pour que, lui aussi, il piit aspirer aux hautes dignités de TEglise? Il fallait seulement qu'il prît les ordres, et ce fut ce qu'il lit, avec Tasscnliment du roi, dans la cinquième année de lexercice de sa charge (').

Juan ne perdit pas de temps pour commencer 1 educalion de don Carlos, puisque nous le voyons, dès le mois d"aoùt 15o4-, lui donner ses premières leçons (-). Quelques mois après, il soumit au prince Philippe, alors en Angleterre, le plan quil se proposait de suivre pour développer graduellement l'intelligence de son élève : Philippe , lout en approuvant ce plan , engagea le précepteur de son fils à mettre entre ses mains, dans le principe, les auteurs les plus faciles, afin que les difficultés ne le rehulassent point, et ne lui fissent pas abhorrer l'étude Q.

(') « He holgado de que os determinàsedes a mudar âbito, como escrivi's que lo aveys hecho, porque sera mas â proposito para el rezar y asistir à la missa, como tengo ordenado. « (Lettre du roi à Honorato Juan, écrite de Bruxelles, le 31 mars 1359, ap. Kircher. p. 140.)

(2) Dans une lettre en date du 4 novembre 1554 (ap. Kircher, p. 136), Philippe II exprime à Juan la satisfaction avec laquelle il a appris, par la sienne du 25 août, qu'il a commencé « à leer al infante. »

(■') « .... Lo que me parcce sobre ello es que por aora, à los principios,

De son cùlé. Clinrles-Ouinl écrivail à don Antonio de Rojas. ayo el grand maître de don Carlos : « Don « Hernando de Rojas m'a rendu eompte avec détail « de la santé de Tinfanl el d'autres particularités que « jai été charmé d'apprendre, comme je l'ai été de « savoir qu'on observe un ordre tel qu'il ne se refuse « pas à l'élude, et qu'il est si bien corrigé et disci- (( pliné. Je vous en remercie et le tiens à service. Cl Quoique cela ne soit pas nécessaire, d'après le soin « el la diligence que vous apportez en tout, je vous « charge d'être très-attentif à ce qu'il vive retiré, el « de faire en sorte qu'il se modère dans ses actions, « qu'il ne soit pas aussi libre qu'il l'a été jusqu'ici, ti car on me dil qu'il l'a été trop, et vous comprenez « les conséquences que cela peut avoir, surtout eu (c égard à son âge : enfin je désire que vous léloigniez, « autant que possible, de la société des femmes ('). »

Les soins d'ïlonoralo Juan produisirent d'abord le

le deveys poner en ios autores mas faciles, porque la dificultad no le espanle, ô le haga aborrecer las letras.... » (Lettre de Philippe II à Juan, écrite de Hamploncourt, le 6 mai 1553, ap. Kircher, p. 137.)

(') » .... Don Hernando de Rojas me ha hecho relacion particularmente de la salud del infante y otras particiilaridadesque he holgado de saber, y asi de que se teoga lai ôrden que no rehnse el estudio y esté tan bien rorregido y deciplinado, lo cual os agradezco y tengo en servicio. Y aunque no sera menester, segund el ruidado y diligencia que en todo poneis, os encargo mireis mucho por su recogimiento, endereszando que sea tomplado y moderado, y no tan libre como hasfa aqui, que me diren que ha sido demasiado , pues veis lo que en elio va, esperialmente teniendo Ios anos que tiene, apartândole lo que se sufriere de la comunifarion de las mugeres.... » (Lettre du 10 janvier 4555, écrite de Bruxelles, dans la Co,'ecrio?î de documentos inrditos, etc., t. XXVI, p. 478.)

Page 1