‹ Don Carlos et Philippe II (volume 4)Chapitre 27 sur 146 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

giiu l)ien sensible, que de voir le fruit des leçons données à Son Altesse ne correspondre pas à ce qu'il fui dans le conuneneemcnt et pendant plusieurs années, comme tout le monde le vit ici et que Votre Majesté en fut informée là-bas Alais je ne veux pas donner à ce sujet plus d'ennui à Votre Majesté, surtout après ce que je lui ai écrit dernièrement : tenant pour certain d'ailleurs que cela et beaucoup d'autres choses ne pourront se redresser qu'à la venue de Votre Majesté, et après qu'elle aura jugé par elle-même de ce qu il convient de faire pour le bon étaljlissement de tout. Je supplie Votre Majesté de me pardonner la baidiesse que je me permets dans celie lettre, et d'ordonner qu'elle soit déchirée, car mon intention est qu'elle soit lue de Votre Majesté seule ('). De V^alladolid, 50 octobre 155'S.

« rioNOllATO JlAN. »

(') « Su Allcza cstci l)uciio, l)cniIilo Dios, y yo luigo on sus csludios

lo quo pueiJo, y harto m:is de lo que nlro-; nuK-slros qiiizM hizieruii, y

cou arto m.js liuliajo. Pcsaine que ini aprovechc laulo eslo <omo yo

dcsco. La causa de donde yo |iien;-oque eslo procède, enteiideia |ior

avenlara V. M'' de Su AlLi algun dia, plaziendo a Dios, y lo que cou

lodas estas difliculLade.s. que uo liaii sidt» pocas ni de ikjco niomeulu,

me he esfoizado siempre a seiva- a \'. ^h^ y a Su Ail', l'e-ame eis el

aluia que el a|iiovccliauiiento de Su Ail-' uo sea al lospelo de couio

eouieuzo y lue los primeros aûos, que lue el que atjui viemu (odos y

alla entendio V. iNW. Pcio yo uo euliendo do dar eu eslo luas pesa-

duudjie ;i V. M'', espe(iiihneiile lia\iéndolo lieeho los dias passiidos, y

linieudo por cierlu que esta y olias uiucIuks cosas uo se juiedeu bieu

reiuediar liasla la veuida de V. M'', y liasla que V. M'i uusnio\ea lo ([uo

<onvienc que s-e liaG;a paia el liueii asieulo de lodo ello. Y suplico à

V. AH me perdoi'.e e;:;lc a(.re\uiueuln, y sea servid(ii de uiaudai rompei

esla, i)oi(]ue mi iulcnciou es que solo V. M<' lalea. » [Culcccion de docu-

incnlos incdiloS) etc., t. XXVI, [>, 3'J8.)

38 DON CARLOS LT PIIlLMTr. II.

IMiilippc II lui répondit de manière à le Irantiuilliser : u Je sais — lui dil-il — que vous avez de mon <c lils loul le soin convenable; je vous invile à eonii- " nuer. quoique le prince ne prolile pas de vos leçons « cl de vos avis autanl qu'il le faudrait : mais cela « servira toujours à quelque chose ('). » En même l(Mii|)s, il (k'rivit à don Garcia de Tolède, pour qu'il eût l'œil sur ceux qui fréquentaient le prince, et qu'il soujtçonnail de le détourner de ses études (").

Malgré la terreur qu'inspirait en Espagne Tinciuisilion établie, ou ])lulùt conlirmée avec une autorité plus grande ])ar les rois catholiques Q, les opinions de Luther avaient pénétré dans ce pays, et, circonslance bien notable, elles y avaient pour principaux propagateurs deux hommes qui, par leur savoir et leur doctrine, s'étaient attiré la bienveillance particulière de Charles-Quint, qui avaient été ses prédicateurs favoris, et dont il avait employé la parole éloquente contre les protestants d'Allemagne. L'un,

(') " .... Ile entendido lu salud del serenissimo principe mi liijo, y lo i]iic passa CM lo de su estiidio, de que se que teneys el ciiidado que couvieiie; y a^si os encargo lo hagoys, aunque no saïga tamhion a ello como séria inenester, que todavia aprovecbarà.... » (Lettre du 31 mars 1559, ap. KiRCHEit, p. 440.)

C^) Ibkl.

(•') L'ambassadeur vénitien Gaspardo Contarini, dans sa relation faite au sénat, le 1(5 novembre 'lo25. disait du conseil de l'inquisilion d'Us- I)dgne : « Oueslo consiglio è di lanta aulorilà e tanla venerazionc clie « tutti tremano di lui. » [Rclazioni deyli ambasciatori veiteti al nenalo, .série ■l•^ t. Il, p. iO.)

Federico IJadoaro di.sait, à son tour, dans sa relation de 1337 : « Proce- « donotanto rigorosamente che inducono terrorein tutti.... » {lielatimis (les amhassn'lctirs véniliciis sur Charlcs-Quinl et Philippe II, p. 72.)

CIIAPITFŒ ir. 39

Coiisiaiiliiio Ponce de la Fueiite. chanoine nia^Aislial de Séville, s'aj)pliqiiait à les répandre dans lAndalousie; l'antre, Agusiino Cazalla, chanoine de Salanianque, avait choisi la Vieille Casiille pour le centre de ses prédications : c'était le plus souvent à Valladolid, dans la maison de sa mère, dofîa Leonor de Vibero, veuve de Pedro Cazalla, contador du roî, quii réunissait ses adhérents (').

Ces deux foyers d'hérésie furent découverts, quelques mois avant la mort de Charles-Quint, par les soins de l'inquisiteur général , Fernando de Valdès, archevêque de Séville. Nous allons dire comment, en ce qui concerne le dernier ; nous avons là-dessus des renseignements trés-précis que Valdès lui-même nu't sous les yeux de Tempereur : il n'est pas de notre sujet de parler de ce qui se passa en Andalousie.

Valdès était à Valladolid, occupé d'affaires trèsimportantes pour la religion, lorsqu'on vint lui révéler que des personnes, en grand secret, et sous couleur d'enseigner des choses qui paraissaient saintes et bonnes, y mêlaient des maximes mauvaises et hétérodoxes. Les révélateurs étaient du nombre de ceux (lu'on avait voulu endoctriner : ils étaient scandalises du langage qu'ils avaient entendu tenir. Valdès se garda d'éclatei- d'abord : il prescrivit, au contraire, aux dénonciateurs de retourner aux conventicules où ils

(') Llorenti:, llisloirc de l'iiiquisilion, pgssim. — Adolfo de (^astiio, Uisloria fie lus protestantes fspaiîoles , pp. \60 et siiiv. — Mignet. Cliarks-Quint, son abdication, son séjour et sa mort au monastère de Ynsle, pp. 332 et suiv.

iO DON CARLOS ET PHILIPPE H

avaient a^sislé, de lâcher de leciieiilir par éeril (iiielques-unes des opinions qui y étaient avancées, et surtout de sallaclier à connaître les noms de ceux j)ar <|ui cMcs étaient expliquées et soulenucs. Il obtint ainsi la pluj)art des éclaircissements qu'il désirait. Il dissimula pourtant encore, dans l'espoir de mettre la main sur un plus grand nombre d'afliliés à la nouvelle

secte.

Sur ces entrefaites, il arriva que Févêque de Za-

mora lit renouveler, dans son église, certains édits

qu'on avait Ihabilude de publier en carême, pour

obliger ceux qui avaient connaissance de quelcpies

pécbés publics, ou de (luelques superstitions, de les

dénoncer. A cette occasion on lui signala, comme ayant

pi oleré des paroles suspectes en matière de foi , un

genlilhomme de sa ville épiscopalc, nonnné Cristo-

val de Padilla; il le lit saisir et emprisonner. Il ne le

tint jias toutefois au secret, et Padilkr en profila

pour conununi([uer. verbalement et par lettres, avec

ses amis. Il leur donna ainsi 1 éveil, de manière que

plusieurs d'entre eux jugèrent i>rudent de s'enfuir.

Valdès , (jui en fut instruit, crut ne devoir plus

(lilTérer les mesures qu'il méditait, il ordonna Tarres-

toliondu docteur Cazalla, de troisdescs frères cl deux

de ses sœurs, de don Pedro Sarmienlo de Rojas. fils

de don Juan de ïlojas, premier nmrquis de Poza, de

doua Mencia de Figueroa, sa fenune. de dofia Ana

Enriquez, sa nièce, fille du marquis d Alcanices, de

don Luis de Rojas. |)eiit-lils du marquis de Poza,

héritier de sa maison, et d'autres individus des deux

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