PRÉFACE. VII
d'autres personnages éminents ('): pour celles-ci une permission spéciale était nécessaire.
Je la sollicitai par rapport aux papiers qui concernaient don Carlos.
M. le marquis dePidal, qui, après avoir joué un rôle brillant sur la scène politique de son pays ('), consacre aujourd'hui ses loisirs aux lettres f), avait remplacé M. le marquis de Peîïaflorida au ministère de l'intérieur: il m'accorda gracieusement ma demande f*).
Je compulsai, au dépôt de Simancas, les negociados de Castille, de Portugal, de Rome, d'Allemagne,
{') « Serân reservados para lodos, à no ser que se concéda especial aulorizacionjospapelesquetengan noticiasparticularesacercadelavida privada de los seûores reyes, principes ù olros personages emiuentes. »
{-) M. de Pidal a été chargé deux fois, en 1844 et 1846, du portefeuille de l'intérieur, et deux fois aussi, en 1851 et 1837, de celui des affaires étrangères.
(') Il a publié , l'année dernière , sous le titre de Historia de las alleraciones de Aragon en elreinado de Felipe II, 2 vol. in-8", un livre qui a obtenu un grand et légitime succès.
(*) Par une real ôrden adressée, le 12 aoiit 1844, à l'archiviste de Simancas, et dont voici la teneur : >- .... La reyna ha tenido à bien « autorizar à M. Gachard para sacar copia de las piezas que existan en « ese archivo relativas al arresto y muerte del principe don Carlos, <t hijo del rey don Felipe II, como tarabien de las (jue se reflcran â sus » primeros anos y â la caida quedio en Alcala.... >•
d'Angleterre : on sait que le negociado de France est aux archives impériales, à Paris, où il fut transféré en 1811, quand les Français occupaient la province de Valladolid.
Une belle récolte de pièces diplomatiques fut le fruit de ces investigations.
J'eus le regret cependant, en visitant le negociado de Portugal, d'y constater l'absence de la correspondance tout entière de Philippe II avec la reine douairière Catherine d'Autriche , grand'tante et aïeule de don Carlos. Nul doute que cette correspondance ne renfermât, sur le caractère, les habitudes, la conduite du prince des Asturies, bien des choses particulières; ce devait être même le molif pour lequel elle n'avait pas été déposée aux archives. Les papiers de cette nature, Philippe II avait pour principe de les garder dans son cabinet, sous sa clef, et quand il sentit approcher ses derniers instants, il prit des mesures afin qu'après sa mort on livrât aux flammes ceux qu'il n'aurait pas détruits lui-même (').
Ce qu'il y a de singulier, c'est que la correspon-
(') Voy. k- 1. li, p. oi;».
PRÉFACE. ,x
dance de Catherine et de Philippe manque aussi aux archives royales de la Torre-do-Tombo, à Lisbonne, comme j'en fus informé, quelques années après, à la suite d'une vérification provoquée par la légation belge dans cette capitale.
En résultat, je revins d'Espagne avec quantité de documents, restés ignorés des historiens, sur la vie et la mort de don Carlos (').
Pendant une dizaine d'années, occupé de publications assez considérables ('), je laissai dormir dans mes cartons tous ces documents ; j'étais même indécis sur l'usage que j'en ferais. Les mettrais-je en lumière tout simplement, en me contentant d'y ajouter quelques notes? ou en ferais-je la matière d'une eompo-
(') La plupart de ceuxdont j'avais pris copie ou extrait furent publiés, eu 1855, dans ia Coleccion de documentos inédUos para la hisloria de £spa«a. t. XXVI et XXVll.
[-) La Correspondance de Philippe 11 sur les affaires des Pays-Bas, dont quatre volumes in-i" ont paru jusqu'ici ; les Actes des étals généraux de 1600, in-4o de cli et -1048 pages, publié en 1849 ; les Actes des étals généraux de 1632, in-i", 1853 ; la Correspondance de Guillaume le Taciturne, prince d'Orange, dont le 6« volume est aujourd'hui sous presse ; les Lettres sur la retraite de Charles V au monastère de Yuste, 3 vol. in-S", qui ont vu le jour eu 1854 el 1853, etc.
silion historique? Telle était ralternative qui s offrait à moi. A la persuasion de mes amis, ce fut le dernier parti que j'adoptai.
Mais alors je reconnus que, si précieux que fussent les matériaux dont mes recherches à la bibliothèque de Madrid et aux archives de Simancas m'avaient mis en possession, il y avait encore plus d'un point important de la vie de don Carlos qu'ils laissaient dans l'ombre, ou qu'ils n'éclairaient pas d'un jour suffisant. Sur les rapports , par exemple , qui avaient existé entre le prince d'Espagne et son père antérieurement à la catastrophe, sur les faits qui furent la cause immédiate de celle-ci, les actes officiels étaient, pour ainsi dire, muets; les dépèches du nonce soulevaient seules un coin du voile dont ils restaient couverts : or, sans connaître et ces rapports et ces faits, comment comprendre, comment apprécier l'arrestation de don Carlos? Cette arrestation même et la mort du prince, ne fallait-il pas, pour les raconter, pouvoir comparer, avec les relations émanées de la chancellerie de Philippe II, d'autres récits encore que ceux de l'archevêque de Rossano?
De nouvelles recherches devenaient donc nécessaires ; je me décidai à les entreprendre.