CHAPITRE V. H
lui ('). Eu lui présculant celle lellre, le eonile de Luua s'appliqua, par ses discours, à en augnienler l'eiïet. 11 lui dil que. les seuls molifs qui avaient engagé son maître à l'écrire étaient l'amour fraternel qu'il lui portait, et le souci qu'il avait de son honneur, de sa réputation, de sa grandeur , égal à celui qu'il avait des siens propres^ que, convaincu que ces grands objets dépendaient du maintien de la religion, ainsi que l'expérience du passé le montrait clairement, il n'avait pu se dispenser d'appeler l'atlenlion du roi sur ce qu'avait de critique la situation de la majeure partie de la chrétienté, en proie à toute sorte de sectes et d'opinions qui pervertissaient les esprits et corrompaient les âmes; que, dans ces circonstances, il importait aux princes d'être sur leur garde et vigilants, tant pour remédier au désordre que pour éviter toute occasion qui pût les faire soupçonner de connivence aux erreurs et aux nouveautés courantes : car, comme chacun avait les yeux fixés sur eux, ils pouvaient , à leur gré , prévenir ou causer beaucoup de mal, les sujets et les inférieurs étant prompts à concevoir les choses, et plus prompts encore à adopter celles qui entraînent avec elles la liberté de vivre à sa guise ; que , pour tous ces motifs , il convenait beaucoup, non-seuIem?nt de s'abstenir avec soin de donner de
('] « .... A lo que yo he podido enfender, después que trato al My, de su condicion ymanera, es que, tratândole con amor yblandura, porvia de amistad y de consejo se podrà mucho con él.... » (Dépêche du comte de Luna à Philippe II, du 29 janvier -1561, dans la Coleccion de documentes inéditospara la hisloria de Espaiïa, t. XXVI, p. 410.)
telles occasions, mais encore d'écarler tous les soupçons par des actes publics. Il exprima enfin la confiance que Maximilien, à la prudence cl aux lumières de qui chacun rendait hommage, comprendrait, mieux que personne , tout ce qu'on pourrait lui représenter là-dessus, et qu'il se conduirait en cela selon l'obligation que lui avaient transmise tant et de si valeureux princes catholiques, ses prédécesseurs ('). Luna annonça ensuite au roi qu'un ambassadeur allait partir de Madrid pour le Portugal , afin de négocier le mariage de l'archiduchesse Elisabeth avec don Sébastien. Il termina en le remerciant , au nom de son souverain , des démarches qu'il avait faites auprès de plusieurs princes d'Allemagne, pour les engager à députer au concile de Trente.
Maximilien lui répondit : « Le roi m'a fait une <( grande faveur par sa lettre, et je puis dire qu'il y a « longtemps qu'aucune chose ne m'a causé autant de " ])laisir, parce que, dans cette lettre, il me dit de Cl très-bonnes paroles. Je reconnais qu'elles lui ont « été dictées par l'affection et la bienveillance qu'il me u porte. S'il m'était donné de montrer, par les effets, le « désir que j'ai de le servir, il s'assurerait que je le " mérite; mais je regrette de n'en avoir pas eu l'oc- <( casion. Vous pouvez lui marquer qu^je lui baise « les mains pour sa lettre: que j'apprécie la faveur « qu'il me fait, et que je suis convaincu que ce qu'il « m'écrit procède de ses bons sentiments à mon égard.
(') Dépêche du comte de Luna, du 29 janvier ] 561 , déjà citée.