‹ Don Carlos et Philippe II (volume 4)Chapitre 95 sur 146 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

la Cuadra, évéquc d'Aquila, reçut de Lctliinglon luimême la confidence des desseins de sa souveraine. Il avait invité ce ministre à dîner. Pour le faire parler, il lui dit que, à son avis, le seul moyen qu'eût la reine d'Ecosse de parvenir plus lard au trône d'Angleterre, était d'accepter le mari qui lui serait proposé par la reine Elisabeth. Lethington répondit que jamais sa maîtresse n'épouserait un protestant, et qu'elle n'accepterait ni un protestant ni un catholique de la main d Elisabeth, lui oiîrît-on même de la déclarer héritière delà couronne : car cette reine voudrait lui donner pour époux quelqu'un de ses vassaux, et elle se marierait bassement, sans sortir des embarras où elle était, puisque, d'une part, avec ses forces seules, elle serait dans l'impuissance de faire exécuter la déclaration qu'elle aurait obtenue, tandis que, de l'autre, elle s'aliénerait l'affection des catholiques ('). Lethington ajouta qu'il ne pouvait être question ni du comte d'Arran , ni du duc de Ferrare : sa maîtresse délestait le premier, et elle avait refusé le second, malgré toutes les instances delà reine-mère. Elle était résolue de mourir plutôt que de prendre un mari qui ne fût pas égal à celui qu'elle

(') n .... Respondiô el Ledinton que en esto habia dos dificulfades : la una, que su ama en ninguna manera se casaria con protestante, y la otra que ni con catôlico ni protestante, por mono de la de loglaterra, aunque por solo esto la declarasen por sucesora, porque, démasque pensaria darle por marido algun vasallo suyo, casando bajamente, le quedaba la misma dificultad que agora, porque sin fuerzas propias nunca podria egecular la declaracion que se hiciese, y perderia las voluntades de los catôlicos.... » (Précis de la lettre de l'évêque d'Aquila à Philippe II, du 48 mars 1S63, déjà citée.)

avait perdu ('): par ce motif, elle repoussait aussi la recherche de lord Henry Darnley (-). Son désir eût été de s'unir au prince d'Egpagne : vu l'opposition qu'y mettaient la reine-mère de France et la reine d'Angleterre, elle avait pensé au roi Charles IX: au cas qu'elle échouât de ce côté, mais en ce cas seulement, elle pourrait accepter l'archiduc Charles : encore ne l'épouserait-elle que si le roi catholique faisait à son cousin des avantages considérables et presque impossibles (^). S'ouvrant de plus en plus à l'évéque d'Aquila , Lethington en vint à lui proposer formellement le mariage de sa maîtresse avec le prince d'Espagne : si le roi catholique, lui dit-il, voulait y entendre, il se ferait presque le maître du monde : car il ajouterait à ses domaines les royaumes dÉcosse , d'Angleterre et d'Irlande, dans la possession desquels il enirerait sans aucune difficulté , à cause de la grande inclination qu'avaient les catholiques pour ce mariage,

(') « .... Y que no habia que tratar del conde de Aran ni del duque de Ferrara, porque al primero aborrescia, y al segundo babia desechado, aunque la habia apretado sobrello la reyna madré, porque esta resuclta de morir ântes que tomar marido desigual al que perdiô.... « (Précis de la lettre de levêque d'Aquila à Philippe II, du 18 mars -1563, déjà citée.)

(^) Lettre de l'évéque d'Aquila au cardinal deGranvelle.duS tnarsioGS : Arch. de Simancas, Estado, leg. <S16.

(') n Cuanto al matrimonio de su ama con el rey de Francia, dice que lo propondrà, no por cumplimiento, como yo pensaba, sino porque con efecto vendria en ello la reyna su ama, à mas no poder, visto que la reyna madré le estorba el casamiento del principe nuestro sefior, que es donde ella tiene el pensamiento, lo cual me ha confesado ingenuamente ; y dice que, no sucediendo el de Francia, de muy mala gana vendria en el del archiduque Carlos, sino fuese con grandes abonos y asistencias del rey nuestro senor, y taies que por ventura no son platic^ibles. >- {Ibicl.)

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ainsi que pour la réunion des Irois couronnes ('). L'évêque objecta la différence de religion. Lethinglon lui répliqua qu'à la vérité la plupart des nobles écossais étaient protestants , mais qu'ils étaient si obéissants et si attachés à leur reine, que, la voyant décidée à se marier avec un catholique , ils applaudiraient à un choix avantageux au royaume: qu'il était certain, du reste, qu'en considération d'un tel mariage, on permettrait aux catholiques de vivre dans leurs maisons à leur mode, d'y célébrer leurs messes, et même d'avoir leurs églises propres (-). Il lui dit encore que la reine sa maîtresse possédait, en Ecosse et en France, 200.000 ducats de revenu, et qu'elle en avait 800,000 en argent et en joyaux (^).

L'évêque d'Aquila rendit compte de son entretien avec Lethington au roi et au cardinal de Granvelle. Il assura le roi qu'en Angleterre le mariage du prince d'Espagne avec la reine d'Ecosse avait de nombreux partisans ; que quelqu'un était venu lui offrir de se mettre à la tête de 500 chevaux, pour en appuyer la conclusion ; que d'autres lui avaient fait des offres non moins importantes (^). Il écrivit à Granvelle : « Selon

(') « .... Si S. M. quisiese atender a este casamiento, demâs de dar à su hijo una tal muger, câsi le venia â hacer monarca, con anadir à sus Estados aquellos reynos d'Escocia, Inglaterra é Irlaoda, la posesion de lo? cuales se le daria sin ninguna dificultad, por la grande inclinacion que los catôlicos tienen â este casamiento y â la conjunciou de aquellas coronas. » (Précis de la lettre de l'évêque d'Aquila à Philippe II. du 48 mars 1363, déjà citée.)

(^) Ibid.

(3) Ibid.

{"] Ibid.

« moi, ce mariage est conclu, si S. M. le veut : il i\ « pour résultat la sûreté des Pays-Bas, le maintien « de la religion catholique dans ces provinces, et, « comme le dit Lethington, il est le chemin qui mène « directement à la monarchie universelle ('). » Dans une dépêche postérieure, il manda au roi . comme le tenant de Raulet, secrétaire de la reine dEcosse, hien intenlionné et catholique, que le comte de Murray, frère naturel de la reine , était tout à fait porté pour le mariage de sa sœur avec don Carlos ; que tous généralement en avaient un extrême désir , et qu'enfin il n'y avait pas en Ecosse moins de catholiques que de protestants , surtout parmi le peuple (■). Quelques jours après , il lui fit savoir que la reine Elisabeth venait de proroger le parlement, et que dix ou douze des seigneurs qui en faisaient partie , au moment de retourner chez eux. lui avaient renouvelé leurs instances pour le mariage de la reine d'Ecosse; que quelques-uns d'entre eux avaient même été jusqu'à lui offrir de s'obliger sur-le-champ, par des actes formels, envei"s ladite reine et le prince d'Espagne con-

(') « Amijuicio, este casamienlo esta hecho, si Su Magestad quiere, y Irae consigo el remedio de la religion y la seguridad dessos Estados, y, como LedintOD dice, séria camino derecho para la monarchïa.... » (Lettre du 8 mars 1o63, ci-dessus citée.)

(^) « Este secretario Baulet (dans un autre passage il le qualifie de hiiena persona y catôlica) lue ha dicho que es grandisimo el deseo que miiord Jaimes tiene del casamiento del pruicipe nuestro seùor, y que todos generalmente lo deseao en estremo, y que en lo de la religion no hay meno? calôlicos que hereges, especialraente el pueblo que dice ser rauy bueno.... « (Dépêche du 3 avril 1563 : Arch. de Simanca.'^, Estacio, leg. 816.)

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