CHAPITRE Vil h S H
jointement ('). A l'en croire, il régnail, parmi les seigneurs d'Angleterre en général , beaucoup de mécontentement contre la reine Elisabeth, et cette reine n'avait aucune force , étant mal vue , méprisée , sans troupes, sans argent, sans alliances, ayant enfin tout le monde contre elle (").
Ces communications de son ambassadeur à Londres émurent vivement Philippe II. Pour réunir l'Angle- (erre à la monarchie espagnole , et pour y restaurer la religion catholique, il avait, neuf années auparavant, épousé Marie Tudor, qu'il n'aimait pas, qui était beaucoup plus âgée que lui, et dépourvue d'agréments personnels :; après la mort de Marie, il avait recherché la main d'Elisabeth, quoique des considérations de la nature la plus grave dussent l'en détourner . et qu'il s'exposât sciemment à un refus qui aurait porté atteinte à sa considération (^) : maintenant on lui pro- ])osait, pour son fils, une princesse jeune, belle, gracieuse, ornée de tous les dons de l'esprit et du corps.
(') « Al partir destos caballeros y senores para sus casas, se me ha tornado â hacer mucha instancia, de parte de diez 6 docedellos, sobre el negocio del casamiento de la reyna de Escocia.... Algunos destos caballeros me ofrecian obligarseme y hacer pleito homenage desde liiego â la reyna de Escocia y al principe nuestro senor juntamente, locual he desviado cortesmente.... » (Dépêche du 24 avril -1363 : Arch. de Simancas, Estado, leg. 816.)
(-) « .... Ninguna sustancia tiene esta reyna, estando, como esta, tan mal quista y menospreciada, sin gente y sin dinero y sin concordia, y con todoel mundo enemigo. » [Ibid.)
p) Voy. sa lettre du 10 janvier ib'69 au comte de Feria, soq ambassadeur à Londres, dans les Apuntamientos de don Tomâs Gonzalez. [Memorias de la real Academia de la historia de Madrid, t. VII, p. 403.)
qui non-seulement apportait à son mari des droits au trône d'Angleterre, mais encore placerait tout de suite sur sa tête la couronne d'Ecosse ; on lui faisait entrevoir la perspective du rétablissement du culte catholique dans ces deux pays; on le flattait enlin de Tespoir darriver par là à la monarchie universelle. Quoi de plus fait pour tenter un monarque ambilieux, et dont le zèle pour la foi était si ardent ! Philippe d'ailleurs avait à craindre, s'il se montrait dédaigneux d'avantages aussi brillants, que le roi de France n'en profitât pour lui-même. Sa perplexité fut grande toutefois : car il était engagé envers l'empereur, il l'était même doublement, par ce qui s'était passé entre eux au sujet du mariage du prince des Asturies avec l'archiduchesse Anne, et par l'intention qu'il lui avait manifestée de seconder de son influence celui de Tarchiduc Charles avec Marie Stuart. Pour surcroît d'embarras, les certes de Castifle, assemblées à Madrid, lui exprimèrent le vœu , fondé sur des raisons majeures d intérêt public, que le prince épousât sa tante ('J.
Sa réponse fut celle d'un prince dont la politique manquait de résolution et de franchise. Il écrivit à 3'évêque d'Aquila :
« Voyant que le mariage de mon fils avec la reine
(1) « L'on tient pour tout résollu le mariaige du prince avec la fille aisnée du roy de Boesme, bien que les estatz de Castille ayent requis le roy cathollicque de le vouloir marier avecques la princesse, pour aulcunes occasions et commoditez bien considérables : à quoy Sadicte Majesté Cathollicque a faict responce qu'ilz feussent de bonne espérance en cela ; qu'il estoit délibéré de le marier avec une Castillane.... » (Dép<?che de Saint-Sulpice à Charles IX, du 8 juillet 1503.)