CHAPITRE VIII
La Cuadra adressa ces réflexions au duc d'AIbe. En même temps, comme il était essentiel d'empêcher que Marie Stuart ne contractât d'autres liaisons, il fit partir pour l'Ecosse, sous le prétexte d'y rechercher des pirates qui avaient capturé un navire espagnol venant des Indes, une personne sûre, chargée dé faire savoir à la reine qu'il avait des choses importantes à lui communiquer touchant son mariage ; que, ne pouvant l'aller trouver, et elle n'ayant pas d'ambassadeur à Londres, il la priait de lui envoyer, pour recevoir cette communication, quelqu'un de confiance, qui fût bien instruit de l'état des choses en Ecosse, et de tout çç qui se traitait en Angleterre ( ! ).
Philippe II allait se mettre en route pour l'Aragon, quand le duc d'Albe plaça sous ses yeux la lettre de son ambassadeur. Il écrivit incontinent à l'évêque d'Aquila qu'il s'était mépris sur ses intentions, « En « vous marquant — lui dit-il *— qu'il me paraissait « bien de suivre l'affaire , et en vous donnant comte mission pour cela , je vous parlais d'une manière « assez positive. Le secret que je vous recommandais « et que je vous chargeais de recommander à ceux « avec qui vous traitiez, n'était point un obstacle. « C'en était moins encore un, que l'ordre que je vous « donnais de vous enquérir des intelligences qu'ils « ont en Angleterre : car, en tout cas, il sera besoin « de le savoir, avant de conclure. Enfin, vous pres- « crire de négocier sans vous engager en rien, n'était
f 1 ) Lettre de l'évêque d'Aquila au roi, du 4 7 juillet 4563, aux archives de Simancas, Estado, leg. 846.
« pas montrer peu de goût pour cette négociation. Je « vous mande ceci par ce courrier qui va à Trente, « afin que vous sachiez que j'attends avec impatience « d'être informé de ce que vous aurez fait, et de l'état « dans lequel sont actuellement les choses : je vous « écrirai ensuite plus au long sur le tout. En ce mort ment je ne pourrais le faire , ayant le pied dans « l'étrier, pour me rendre aux cortès de Monzon ( l ). » Luis de Paz (c'était le nom de la personne que la Cuadra venait d'envoyer en Ecosse) s'y rendit par l'Irlande, afin d'écarter les soupçons sur le véritable objet de son voyage. Arrivé au lieu où Marie Stuart faisait sa résidence, il se découvrit à Lethington. Dans un conseil où celui-ci assistait avec la reine et le comte de Murray, il fut décidé qu'elle recevrait en public l'agent espagnol, qui la supplierait à haute voix de Jui prêter faveur pour la punition des pirates à la recherche desquels il était, et qu'ensuite elle éloignerait ceux dont elle serait accompagnée, de manière
(*) « .... No îo entendistes como fué mi intention , pues diciéndoos que a mi me parescia bien que se platicase, y dândoos comision para ello, no habia mas que decir, ni lo estorbaba el encargaros el secreto, y mandaros a vos que se le encargâsedes à elles, ni menos mandaros que supiésedes dellos las inteligencias que tienen en ese reyno, de quien sepiensan ypodrân favorecer, porque esto entodo caso séria menester saberlo ântes de la conclusion ; y tambien el déciros que platicâsedes sin concluir nada, no fué mostrar poca gana al negocio. Y asi, con este correo que va â Trento, os he querido escribir esto, para que entendais que espero con deseo saber lo que habreis platicado, y en el estado que habreis hallado y estân las cosas, para poderos escribir mas largo sobre todo : que agora no puedo, por estar el pié en el estribo para ir a las côrtes deMonçon.... De Madrid, â 45 de agosto 4563. » (Coleccian de documentes inéditospara la historia de Esparla, t. XXVI, p. 460J