‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 114 sur 170 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

qu'il pût lui dire librement ce qu'il avait à lui communiquer. Les choses se passèrent ainsi. L'audience finie, un nouveau conseil fut tenu entre la reine, Murray et Lethington : on y fit choix de l'évêque de Ross pour la conférence que proposait l'ambassadeur de Philippe II. Ce prélat avait une excellente occasion de passer en Angleterre : il devait aller en France pour le rétablissement de sa santé ; il était même déjà muni d'un passeport de la reine Elisabeth; sa présence à Londres n'exciterait ainsi aucune défiance ; nul ne désirait, d'ailleurs, plus que lui l'alliance de la reine avec l'héritier présomptif de la couronne d'Espagne; il convenait donc, sous tous les rapports, à la mission pour laquelle il était désigné. Mais, au moment où il aurait fallu qu'il se mît en route , la maladie dont il souffrait l'en empêcha : alors on le remplaça par le secrétaire Raulet. Quand Raulet arriva à Londres, l'évêque d'Aquila venait de mourir ( 1 ). Sur l'ordre de la reine, sa maîtresse, il alla trouver aux Pays-Bas le cardinal de Granvelle ( 2 ). Le cardinal ne connaissait pas les dernières instructions données par le roi à son ambassadeur à Londres ; il ne connaissait pas non plus les relations que l'évêque d'Aquila avait eues avec Raulet : il commença par se défier de celui-ci ; ensuite

(') Le 24 août 4563. (Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VII,

(') Relation de la comision que el embajador obispo la Cuadra diô d Luis de Paz de lo que habia de decir a Ledinton, secretario de la reyna de Escocia, y después d ella, quando alla le envié : en Monçon, a 5 de otubre 4563, dans la Coleccion de documentes inéditos para la hisloria de Espatïa, t. XXVI, p. 462.

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il éluda des explications pour lesquelles il n'était pas autorisé , et il engagea Marie Stuart à attendre qu'un successeur eût été donné à l'ambassadeur défunt ( 1 ). Malgré tout le secret, toutes les précautions apportés dans cette négociation entre Marie Stuart et l'Espagne , quelque chose en avait transpiré : Catherine de Médicis écrivit à la reine catholique et à son ambassadeur à Madrid, afin qu'ils ne négligeassent rien pour savoir ce qui en était. Mais Philippe II n'avait pas l'habitude de dévoiler à sa femme les mystères de sa politique : Elisabeth ne put rien découvrir. Saint- Sulpice se flatta d'être plus heureux, en s'ouvrant confidentiellement au prince d'Eboli, qui faisait profession d'un grand attachement à la reine-mère et au roi de France. En digne ministre du prince le plus dissimulé de l'Europe, Ruy Gomez lui fit une réponse qui, sous les apparences de la franchise, était calculée de manière à l'abuser entièrement sur le véritable état des choses ( 2 ). Il lui dit que messieurs de Guise, dans la vue de ressaisir l'influence qu'ils avaient eue sous le règne de François II, désiraient beaucoup plus marier la reine d'Ecosse avec le roi Charles ou le

f 1 ) Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VII, pp. 208, 298, 340, 344, 358, 359, 362, 383, 396, 397, 398. — Correspondance de Philippe 11 sur les affaires des Pays-Bas, t. II, pp. xu et suiv.

(*) « Ledict prince, après avoir bien diligemment noté tout mon dis* cours, le redisant luy-mesmes de mot à mot en bespagnol, pour veoir s'il l'avoit bien comprins, affin, à mon advis, d'en entretenir puis après le roy son maistre, me fit une responce d'homme bien vif et non endormy en l'apparence des choses. » (Lettre secrète de Saint-Sulpice, du M octo*bre4563.}

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