‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 115 sur 170 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

duc d'Orléans qu'avec le prince d'Espagne, et qu'afin d'amener la reine-mère à ce mariage , le cardinal de Lorraine publiait que les partis ne manquaient pas à sa nièce, qu'en outre de l'archiduc Charles , le comte de Luna l'avait fort sollicité pour don Carlos : il ajouta — c'est Saint-Sulpice qui parle — « qu'il me pouvoit « bien asseurer que, si ledict comte s'estoit advancé te d'en parler , qu'il l'avoit faicl sans charge , car il « sçavoit bien que , de la part du roy son maistre , « ny en aucune façon, de deçà l'on ne luy en a voit « rien mandé, et qu'il croyoit que tous ces tretz pro- « cédoient du vif esprit et intention du cardinal pour « faire réussir les choses au point qu'il désiroit ; en « somme, que c'estoit propos de gens oisifz qui ima- « ginoient et se proposoient les choses qui n'estoient « point, n'ayant rien de cela été aucunement traitté « icy ( ! ). »

En réalité, et quelque affirmatif que semblât le ton de la dernière dépêche adressée par Philippe II à son ambassadeur à Londres , il s'en fallait de beaucoup qu'il fût résolu à poursuivre la négociation avec Marie Stuart. Don Martin de Guzman, qui était allé trouver l'empereur Ferdinand à Vienne, et l'avait suivi à Inspruck, revint en ce temps à sa cour : il était chargé de lui faire les instances les plus pressantes pour qu'il se décidât, d'une manière ou de l'autre, sur le mariage de son fils avec l'archiduchesse Anne , car le roi de France sollicitait vivement la main de la princesse ( 2 ).

(') Lettre secrète de Saiot-Sulpice, du 44 octobre 4563, déjà citée. (*) Voy. la lettre de Philippe II au duc d'Albe, écrite de Monzon, le

Son irrésolution s'en augmenta. Elle devint encore plus grande à l'arrivée en Espagne des princes de Bohême : les premiers discours que lui tinrent le cardinal d'Augsbourg et le baron de Dietrichstein, dont ces princes étaient accompagnés , eurent pour objet d'obtenir de lui une déclaration positive de ses intentions. Il était préoccupé aussi du caractère et de l'humeur de son fils : sous ce rapport, il reconnaissait que le vœu qui lui avait été exprimé par les cortès de Castille ne manquait pas de fondement ni d'opportunité. On discourait beaucoup de tout cela à sa cour : « Les gens de bon advis — écrivait l'ambassadeur « de France — disent qu'il n'y a grande apparence « de mariage de la royne d'Ecosse avec le prince w d'Espaigne, parce que à la qualité dudict prince ne « convient parly qui ne soit plus aisé et plus esloigné « de troubles et d'entreprinses que celluy de ladicte « royne, avecques ce que les Escossois ne sont pour « permettre plus que leur princesse s'en aille hors du « pays, ny qu'elle introduise un mary dedans qui ne

« soit pour y demeurer ( ] ). »

Gagner du temps était le système favori de Philippe II ( 2 ) : il répondit aux ambassadeurs impériaux qu'il ferait connaître ses intentions à leur maître par le seigneur de Chantonay, qui allait à Vienne rem-

42 octobre 4563, dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. VII, p. 225.

(*) Lettre secrète de Saint-Sulpice, du 4««* novembre 4563, écrite de Balbastro.

(*) « Dezia muchas vezes que el tiempo y él para otros dos.... » [Don Felipe el Prudente, par Vander Hammen, Madrid, 4632, p. 434.)

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