‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 116 sur 170 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

placer le comte de Lima , mort depuis plusieurs mois ( l ); il différa ensuite le départ deChantonay aussi longtemps qu'il le put.

A son retour d'Aragon, il sembla disposé à écouter les désirs de la nation espagnole, en donnant la préférence, pour son fils, à la princesse dona Juana : il portait une grande affection à sa sœur ; il appréciait ses hautes qualités; il espérait par elle posséder mieux le prince. Toute sorte de moyens et d'artifices furent mis en œuvre pour faire revenir don Carlos de la répugnance que lui avait toujours inspirée une union avec sa tante; mais il demeura inébranlable ( 2 ), et les

(') C'est ce queSaint-Sulpice dit dans une lettre secrète du 4 4 mai 4 564. Il l'avait appris, à Barcelone, de la bouche du cardinal d'Augsbourg.

( J ) « Le roy catholicque vouldroit marier son filz avecques la princesse sa sœur, ainsi que toute l'Hespague le désire, à cause des qualitez assez imbécilles de luy, qui pourraient estre grandement aidées et secourues par les perfections qui sont en elle , qui s'y est tousjours aussy beaucoup attendue ; et son frère, quil'aymeet estime, ne l'en vouldroit frustrer, et espéreroit. par le moyen d'une telle sœur, posséder mieulx son filz, lequel commence à se monstrer assez rebours à luy et à ce qu'il luy ordonne.... Il presse, tant qu'il peult, d'effectuer les choses pour la princesse, et dict-on que cela est bien avant, et que chascun jour s'essayent nouveaulx moyens et artifices pour y faire condescendre le prince, qui, à ce que j'entendz, s'y rend tousjours assés froid et difficile.... » (Lettre secrète de Saint -Sulpice, écrite de Madrid, le 42 juin 4564.)

« Ce que je mandiz dernièrement que le mariage du prince d'Hespaigne avecques la princesse sa tante seroit pour estre effectué, avoit lors tant d'apparence, qu'il sembloit que toutz en la maison de ce roy n'entendissent en aultre chose.... L'on voulut bien encor faire cest essay pour le contentement de ladicte princesse, bien qu'on y eust tousjours cogneu le prince répugnant, lequel ayant de mesme ceste fois esté persévérant en sa première opinion, l'on dict que le roy catholicque a du tout résolu sa sœur qu'il nefalloit plus qu'elle s'y actendlt : ce que, pour sa vertu, elle a monstre porter bien patiemment ; mais l'on a opinion qu'elle est

paroles brutales qu'il adressa aux cortès de Castille, au mois de janvier i S67, montrèrent à quel point il avait été irrité de ces tentatives faites en opposition à ses sentiments.

Il ne restait donc plus qu'à choisir entre Marie Stuart et l'archiduchesse Anne. Philippe II s'était désabusé de l'idée que, par le mariage de son fils avec la veuve de François II, l'Ecosse et l'Angleterre pourraient devenir des annexes de la monarchie espagnole, et la religion catholique y être rétablie, ou, plutôt encore, l'état physique et moral du prince, ainsi que les difficultés attachées à une pareille entreprise, l'en avaient dégoûté ( ] ). En outre, la situation des Pays-

pour s'en rendre en ung monastère . . . » (Lettre secrète de Saint-Sulpice, écrite de Madrid, le 34 juillet 4564.)

Voy., dans Koch, Quellen zur Geschichte des Kaisers Maximilian H, pp. 448, 494 et 430, les lettres du baron de Dietrichstein à l'empereur, des 4 9 avril, 29 juin et 2 juillet 4 564.

(') Voy. le texte de sa lettre, du 6 août 4 564, au cardinal de Granvelle, dans V Histoire de Marie Stuart, par M. Mignet, t. I, p. 459.

Un passage de la lettre du duc d'Albe au roi, du 24 octobre 4563, qui est insérée dans les Papiers d'État du cardinal de Granvelle, t. .VII, p. 235, fait mieux comprendre encore les motifs qui déterminèrent Philippe II. Le duc, dont le roi avait demandé l'avis sur le mariage de son fils avec Marie Stuart, s'exprime ainsi : « Si el negocio conviene « hacerse 6 no, yo no sabria decir à V. M. otra cosa que lo que en « Madrid, en presencia de! prior don Antonio y de Ruy Gomez, le dije : « â la edad, la persona y habilidad del principe nuestro senor se debe « tener gran respeto para el fruto que deste negocio se piensa sacar. « Esto todo se ha de dejar al juicio de V. M., que sus criados no nos « hemos de meter en este juicio. Inconvenientes, trabajos, peligros no « se pueden en ninguna manera del mundo excusar en este negocio, « porque V. M. tendra contra si â Francia y â Inglaterra, y podria ser « que al emperador.... La persona de V. M., ha de ser la que haga al « efecto, y esta ha de estar en Flandes. »

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