CHAPITRE IX
Sur les matières de droit public et les questions litigieuses, il prenait habituellement l'avis du docteur Martin de Velasco (*), des conseils de Castille, de la càmara et des finances, qu'Antonio Ferez appelle « une grave personne de ce temps-là ( 2 ). »
Il ne présidait que très-rarement son conseil ; il en expliqua la raison à Antonio Ferez, un jour qu'il discourait familièrement avec lui : « Vous saurez, « Antonio Ferez, lui dit-il, que l'empereur, mon « seigneur, me donna sur ce point un avis tout à « fait en particulier ; il me dit qu'un roi ne devait « pas tenir en sa présence les conseils d'Etat, mais « bien ceux de guerre, lorsqu'il était en campagne, « parce que, dans les dangers de la guerre, la préce sence du prince calme et modère, excite et anime « les plus et les moins courageux. Dans les conseils « d'Etat il en est tout autrement. Si le prince y « assiste, les conseillers ne découvrent pas autant « leurs intentions et leurs fins : chose de grande « importance pour le succès des résolutions que pren- « nent les princes. Mais cela s'entend en ce sens, que c( le prince a un serviteur fidèle et dévoué, qui lui « rapporte tout ce qui se passe Q. » Et ce « serviteur
(*) « .... Si serve anco spessissimo il re dei consigli del dottor Velasco, massime quando occorre trattar in jure e far- scrilture d'importanza in cose ardue, per esser grandissimo valentuomo e gran jurista.... » (Relation de Sigismondo Cavalli, déjà citée, p. 482.)
(•) « Grave persona de nuestros tiempos.... » (Obras y relaciones, p. 71, édition de 4631.)
( 5 ) Antonio Ferez, Obras y relaciones, p. 449.
Tout le monde n'en jugeait pas à cet égard comme Philippe II. L'am-
« fidèle et dévoué, » Philippe l'avait alors dans la personne d'Antonio Perez lui-même ; il Pavait également en Gabriel de Zayas, son autre secrétaire d'Etat, comme il l'avait eu, avant eux, en Gonzalo Perez, père d'Antonio.
Il exigeait, d'ailleurs, de ses secrétaires une abnégation égale à leur dévouement. Ils ne pouvaient penser que par lui et pour lui. Les lettres particulières qui leur étaient écrites, ou qu'ils écrivaient,
devaient être mises sous ses yeux, aussi bien que les dépêches officielles.
Il voulait surtout que ceux que leur charge rendait dépositaires des secrets de l'État, eussent une conduite et des mœurs qui fussent des garants de leur discrétion : par ce motif, à la mort de Gonzalo Perez ('), il hésita à donner sa place à son fils, malgré la bonne opinion qu'il avait de ses talents et les recommandations instantes du prince d'Eboli; sa répugnance se fondait sur ce qu'Antonio était jeune encore, répandu dans le monde et dissipé ( 2 ). Aussi ne connaissait-on pas de cour, en Europe, où il fut plus difficile de pénétrer les mystères de la politique qu'à celle de
bassudeur vénitien Lorenzo Priuli, dans la relation qu'il lut au sénat, le 28 juin 4576, signale avec détail les inconvénients graves qui résul-. taient, pour la bonne expédition des affaires, de la règle que s'était faite ce monarque, de ne point assister aux assemblées de son conseil. Voy. iielazioni degli ambasciatori veneti, série I, t. V, p. 253.
(') Au mois d'avril 4566.
( 2 ) « No le dio, luego que vacô, el oficio à Antonio Perez, por ser moço derramado, i querria el rey gran virtud i recogimiento en los ministros i o6ciales participantes a sus secrelos. » (Cabreba, liv. VU, chap. VU, p. 413.)