CHAPITRE IX
Philippe II ('), qu'il acheva de façonner tout le clergé de la péninsule en instrument ardent et docile de l'autorité royale.
Il gouvernait l'Espagne, selon l'expression d'un diplomate vénitien, avec une verge de fer ( 2 ). Un jour le cardinal archevêque de Se ville lui dit que. d'après les rapports des confesseurs, tous les pénitents faisaient entendre des plaintes contre lui : il répondit que, puisqu'ils avaient la langue libre, il était bien qu'ils eussent les mains liées ( 3 ).
Sous ses prédécesseurs, l'ambition des grands avait plus d'une fois causé des troubles dans la monarchie et tenu en échec le pouvoir royal; il prit à tâche, pendant tout son règne, de les abaisser, les écartant avec soin des charges principales de l'Etat, les soumettant à la juridiction des tribunaux du royaume comme les moindres de ses sujets : on raconte même que, si quelqu'un d'eux s'enrichissait par la sagesse de sa conduite ou par quelque événement heureux , il cherchait à lui faire faire de la dépense, afin qu'il se ruinât ( 4 ). Il fit cesser, par des poursuites et des peines
(') M. le vicomte ob Mbaux. Voy. Le Correspondant, année 4860, t. XLIX, pp. 321 et suiv., t. L, p. 666 et suiv.
(') « Governa il re questi popoli di Castiglia con virga ferrea.» (Relation deGioan Francesco Morosini, déjà citée, p. 293.)
(') « H cardinal di Siviglia disse alla M. S. che i confessori gli riferivano, tutti i penitenti essere mal contenti di lei , ed essa rispose cbe poicbè ave va no sciolta la lingua, era bene cbe avessero legate le mani. » (Relation d'Agostino Nani, déjà citée, p. 488.)
(*) « Di questi grandi si serve il re manco cbe puô, anzi procura di tenerli bassi per ogni verso, e quando alcuno di essi, o per buon governo o per buona fortuna, di venta danoroso, procura il re dargli occa-
sévères, les divisions qu'entretenait dans plusieurs provinces la rivalité séculaire de familles puissantes, les Zûîiiga et les Carabajal à Plasencia. les Chaves et les Vargas à Truxillo, les Avila et les Villavicencio à Xerez, les Médina Sidonia et les d'Arcos à Séville, les Agramontais et les Beaumontais en Navarre, les Onez et les Gamboa en Biscaye (').
Dans les choses qui régardaient l'intérieur de son palais, de même que dans les affaires de son empire, il voulait être le maître absolu. Le châtiment qu'il infligea au duc d'Albe ( 2 ), à la stupéfaction de toute
sionedi spendere, per tenerlo estenuato. .. Sono questi grandi e signori sottoposti alla giustizia del regno niente meno cbe il più abietto e più basso uomo délia plèbe.... » (Relation de Gioan Francesco Morisini, déjà citée, pp. 289 et 290.)
Déjà, en 4565, Giovanni Soranzo signalait en ces termes les intentions du roi à regard des grands : « Avendo S. M. grandissimo desiderio « di levare le grandezze e autorité che banno i signori di Spagna, onde « cerca quanto puô ogni occasione per abbatterli e dominare quel la « provincia con altra maniera ed altro imperio di quello cbe banno « fatto i suoi predecessori.... » (Relation déjà citée, p. 96.)
(') Cabrera, liv. V, chap. XVII, p. 273.
(') En décembre 4578. Le duc d'Albe fut relégué à Uzeda, d'où le roi ne le rappela qu'en 4580, lorsqu'il eut besoin de lui pour commander l'armée destinée à entrer en Portugal. Voy. la CoUccion de documentes inédites para la histeriade Es pana, t. VII, pp 464 et suiv., et Herrera, Historia gênerai del mundo, partie II, liv. IX, chap XII.
Une des pièces les plus curieuses publiées dans la Coleccion de documentes est, sans contredit, un billet du président du conseil de Gastille Pazos, en date du 26 novembre 4578, où il rend compte au roi d'une conversation qu'il a eue avec le duc d'Albe sur l'affaire de son fils : « Il me dit avec quelque colère : Que veut S. M. faire de nous autres? « Veut-elle nous faire couper la télé? Elle le peut, ou nous chasser « d'ici ; nous irons en d'autres états ou royaumes. Celui qui tant de « fois exposa sa vie pour le service de S. M. t ne devait pas s'attendre « à une telle injure. » Il ajouta que le président était obligé, en