‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 135 sur 170 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

l'Espagne, parce que don Fadrique, son fils, n'avait pas tenu ses engagements envers dofïa Madalena de Guzman, dame de la reine Anne, en est un témoignage éclatent. 11 n'y avait personne, en Castille, si élevé que fût sa naissance ou son rang, qui, au moindre signe d'un alguazil le touchant de sa baguette au nom du roi, n'allât de soi-même se constituer prisonnier ('). On ne saurait contester qu'il ne fût grand zélateur de la justice Q : sa maxime était qu'elle devait être égale pour tous, pour les humbles comme pour les puissants, pour les pauvres comme pour les riches ( 3 ), et il apportait la plus scrupuleuse attention dans le

conscience, de conseiller au roi de ne plus se mêler de cette affaire et de la remettre au juge ecclésiastique; que la justice le voulait ainsi, qu'on ne devait pas plus la lui dénier qu'au plus pauvre vassal, qu'il la demanderait en -conseil, et il répéta : Que le roi nous fasse couper la tête. Le président lui répondit qu'il n'y avait pas matière à couper tant de têtes. Il répliqua : Ce que S. M. fait est plus que de nous les couper, etc.

( l ) C'est la remarque que fait l'ambassadeur vénitien Morosini, dans sa relation de 4584 : « Non s'ba alcuno che ad un minimocenno d'un aguzzino, cosl detlo da loro, che con una bacchetta li tocca a nome del re, non vadino a porsi prigione da per se. » (Voy. Bulletins de la commission royale d'hitoire de Belgique, 2 e série, t. IX, p. 84.)

La même observation est contenue dans la relation faite, en 4563, par Paolo Tiepolo : « Vien perô esercitata la giustizia con grande e mirabil favore, percbè senza adoperar la lorza e moltitudine di officia li, un solo esecutore, il quale si conosce per certa bacchetta che porta in mano, è sufficiente a metter quai si voglia in prigione. ... » [Relazioni degli ambasciatori veneti, série 1, t. V, p. 20.)

(') « La giustizia gli èraccommandatissima,» dit Paolo Tiepolo, dans sa relation de 4563, p. 62.

La plupart des autres ambassadeurs vénitiens rendent hommage au zèle de Philippe 11 pour la justice.

( s ) « .... Fué en el hazer justicia tan libre é igual que.... la prontitud del castigo iguaiaba los ricos â los pobres, los poderosos à los humildes.... » (Cabrera, liv. X, chap. V, p. 736 )

choix des magistrats appelés à la rendre. Il faisait régulièrement visiter les tribunaux de ses royaumes, afin de s'assurer que tout s'y passait conformément aux lois, et de contenir chacun de ses officiers dans les bornes du devoir ( ! ); il visita lui-même., un jour, le conseil suprême de Castillc, remplissant à la fois l'office de juge et celui de secrétaire ( 2 ). Une foule d'ordonnances émanées de lui attestent sa sollicitude pour cette branche importante de l'administration publique. Ses ministres s'inspirant de ses pensées, tous les délits étaient l'objet d'une prompte répression. Aussi le nombre en diminua beaucoup sous son règne, et l'on pouvait, en toute sécurité, dans la Vieille et la Nouvelle Castille, voyager la nuit aussi bien que le jour, tandis que l'Aragon, le royaume de Valence\el de Catalogne , où les fueros mettaient des restrictions à son autorité, étaient infestés de brigands et de voleurs de grands chemins ( 3 ).

Trop de faits ont prouvé son insensibilité, sa dureté de cœur , pour qu'elle puisse être mise en doute :

(*) « Siempre tuvo este rey por constante que era grande remedio para la conservation de la justicia el de las visitas, » dit Herkera, Historia gênerai del mundo, part. II, liv. XI, chap. VIII, p. 448, édit. de 4606.

Cabrera appelle les visites qu'ordonnait Philippe II, « remedio de las « quexas, freno de los oficiales, custodia de las leyes, uni versai con- « tento i esperanza de pueblos, indicio mayor de la santa intencion del « rey catôlico. » (Felipe II, liv. V, chap. XVII, p. 273.)

(») Cabrera, liv. XII, chap XXI, p. 4063.

(•) Relation d'Antonio Tiepolo de 4567, ci-dessus citée.

Le secrétaire Courtewille écrivait au chef et président Viglius, le 24 mai 4563 : « La justice est icy telle que Ton peult aller par toute « l'Espaigne avecq une bourse en la main, sans que personne osast faire • oultraige. »

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