‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 136 sur 170 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

disons seulement ici, d'après le témoignage d'un ambassadeur qui avait résidé plusieurs années à sa cour, qu'il ne faisait jamais grâce à un condamné, quoique la clémence soit la plus belle vertu des rois ( 1 ).

Nul ne savait mieux réprimer les mouvements de son âme : il ne manifestait pas plus une joie extrême, en apprenant un événement heureux pour sa couronne, qu'il ne se troublait à la nouvelle d'un désastre, si grand qu'il fût ( 2 ). 11 ne s'abandonnait point à la colère ( 3 ). Tout en lui était calculé : l'expression du

('} « È di pâtura piuttosto severa, per no dire crudele, che altrimenti;... ne si sa che mai ad alcuno condannato abbia fatta grazia alcuoa.... • (Relation de Morosini, déjà citée, p. 324.)

(*) * Modéra con facilita tutti gli affetti, ne perché l'impresa d'Inghelterra gli sia infelicemente riuscita , o perché i suoi eserciti abbiano patito tanti sinistri accidenti in Fiandra, ha punto mutato la calma e uniformité délia fascia.... » (Relation de Tommaso Contarini, de 4593, dans les Relazioni, etc., série I, t. V, p. 422.) -- « Vive con l'animo cosl giusto e costante, et cosi ben composto, che non mostra mai altérazione alcunà per disgracia o avversità che in alcun tempo gli sopravvenga.... » (Relation deFrancesco Vendramino, de 4595, ibid., p. 445.)

Dans une Vie de Philippe II, attribuée sans raison à Antonio Perez (MS. Bb 422 de la Bibliothèque nationale, à Madrid), l'auteur rapporte, comme preuves de la modestie de ce monarque dans la prospérité et de sa constance dans l'adversité, qu'à la nouvelle de la victoire de Lépante, il ne changea point de visage et dit ces seules paroles : Mue ho ha aventurado don Juan (don Juan a risqué beaucoup), et que, quand on lui apprit le désastre de l'invincible armada, il répondit, avec la même tranquillité : Contra los nombres la embié, no contra los vientosyla mar (je l'avais envoyée contre les hommes, et non contre les vents et la mer).

Voy. aussi les Relations des ambassadeurs vénitiens, etc., p. lxxi.

( 8 ) « .... Ut quantumeumque pius ipse, clemenset taciturnus sit, nec unquam animi irati vel minimam dederit significationem.... » (Lettre d'Hopperus à Viglius, du 30 mai 4567, dans Joach Hopperi Epistolae, p. 428.)

visage aussi bien que les paroles. Il ne faisait et ne disait rien sans l'avoir pesé, et, ce que dans les autres on aurait regardé comme fortuit, était réglé et combiné par lui avec réflexion (*). On peut juger de sa sincérité et de sa franchise par cette maxime que rapporte de lui l'ambassadeur Fourquevaulx : « qu'il estoit « d'opinion que les grands princes qui dient ouvertece ment qu'ils fairont quelque chose concernant leur «service, que c'est en intention de ne le faire « point ( 2 ). » Un autre diplomate le peignait parfaitement en deux mots, lorsqu'il disait que c'était « un « seigneur et prince plein d'artifice , et père, pour « ainsi parler, de la dissimulation ( 3 ). »

11 ne se familiarisait avec aucun de ses serviteurs, pas même avec les plus anciens et les plus intimes, mais il conservait toujours la gravité inséparable, à ses yeux, de la dignité royale ( 4 ) : différent encore,

(>) « .... Non esce mai paroi a délia sua bocca, ne atlo al eu no délia sua persona, che non sia molto bene pondéra to e pesato, sicebè anco quelle cose che in altri sono giudicate fortuite, in S. M. sono regolate e moderate da una incomparable prudenza ... » (Relation de Tommaso Contarini, de 4593, dans les Relations des ambassadeurs vénitiens, etc., p. 223.)

( 9 ) Lettre du 8 mai 4568 à Catherine de Médicis.

Le secrétaire Courtewille, écrivant, le 30 décembre 4564, au chef et président Viglius, lui marquait que la nécessité du voyage du roi aux Pays-Bas l'engagerait probablement à ne plus le différer, et, ajoutait-il, « ce que S. M. n'en fait semblant nous fait croire que tant plus « est-elle d'intention d'y aller. »

( 8 ) « .... Il quale è signore e prencipe pieno di artificio, et padre, si puô dire, délie simulationi.... » (Relation de Francisco Vendramino, dans les Relations des ambassadeurs vénitiens, p. 247.)

(*) Relation d'Antonio Tiepolo de 4567, déjà citée, p. 455.

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