CHAPITRE X
Quint, ne s'était pas révoltée contre elles, parce que la dureté en était mitigée par la manière dont les juges les appliquaient ( ! ). L'empereur lui-même avait trouvé qu'elles étaient excessives, et les avait adoucies en plusieurs points ( 2 ).
L'inquisition ne s'était pas universellement ni sans opposition établie dans les Pays-Bas. Le Brabant l'avait repoussée avec énergie. Elle était restée inconnue au pays de Luxembourg et à la province de Groningue. Si en Gueldre et en Frise des inquisiteurs avaient quelquefois exercé leur office, c'était en vertu de commissions spéciales, dans des cas exceptionnels, et ils y avaient été envoyés du dehors ( l ).
Philippe H, parvenu à la souveraineté des Pays-
Ci C'est ce que le comte d'£gmont fit observer à la duchesse de Parme, à la réception de la fameuse dépêche deSégovie, du mois d'octobre 4565, ainsi qu'elle récrivit au roi le 9 janvier 4566 : « I quali placarti — « disait le comte — eranno stati fatti dall' imperatore, di sanla memoria, « più per terrore che per metterli in essecutione con quel rigore che « V. M. comanda che si faccia al présente... »
( 2 ) L'ordonnance du 25 septembre 4550 menaçait du châtiment réservé aux hérétiques mêmes les personnes qui auraient présenté requête pour grâce, en faveur des fugitifs, bannis ou latitants ; elle défendait aux tribunaux d'altérer, modérer ou changer les peines en façon quelconque. Par une déclaration du 27 janvier 4554 (4555, n. st ), Charles-Quint permit que des requêtes lui fussent adressées, ainsi qu'a ceux de ses conseils qui avaient le pouvoir de faire grâce; de plus, il autorisa les juges inférieurs, quand des individus prévenus d'hérésie seraient traduits devant eux, et qu'ils les trouveraient dignes d'indulgence, à modérer la peine que ceux-ci auraient encourue, si le conseil provincial, auquel ils en référeraient, était de cet avis.
( 5 ) Lettre française de la duchesse de Parme à Philippe II , du 3 avril 4566, dans le Supplément à Slrada, t. II, p. 344. — Instruction donnée au irwquis de Berghes et au baron de Montigny, le 29 mai 4566.
Bas, se contenta d'abord de confirmer purement et simplement l'instruction donnée aux inquisiteurs par son père, le 31 mai 1550 ('), et l'ordonnance que l'empereur avait rendue, le 25 septembre de la même année, en matière de religion ( 2 ). Mais, au moment où il allait retourner en Espagne, il jugea à propos de manifester, d'une façon plus explicite, les principes selon lesquels il entendait que ses Etats de Flandre fussent gouvernés par rapport à la foi ; il le fit au moyen de la lettre aux conseils de justice dont nous avons parlé plus haut ( 3 ). 11 déclarait, dans cette lettre, que son intention était, non-seulement d'empêcher que les erreurs semées par les hérétiques ne s'accrussent, mais encore de les extirper autant qu'il en aurait le pouvoir. Il ordonnait aux conseils d'exercer à cet égard une stricte surveillance sur les officiers de leur ressort. Il leur recommandait l'exécution ponctuelle des placards. Il voulait qu'elle eût lieu « avec toute « rigueur, sans y respecter personne que ce fût, » et qu'on procédât aussi bien « contre les juges qui usaient « de dissimulation et de connivence » que contre les transgresseurs. Il défendait aux conseils de recevoir l'excuse de ceux qui , sous couleur de la rigueur de la loi, hésitaient à l'appliquer, « puisque, leur disait-il, « nous ne vous avons député, ny eulx aussi, juges, « pour juger de la loy et des édictz, ny pour déclairer
(') Déclaration donnée à Bruxelles, le 28 novembre 1555. (Placards de Brabant,t. I, p. 44.) ( 2 ) Ordonnance du 20 août 4556. [Ibid., p. 45.) (*) Pag. 52.