CHAPITRE X
était un moyen qui répugnait à ses maximes de gouvernement autant qu'à son caractère; dans le temps même qu'il était accusé de provoquer l'oppression des Pays-Bas, il écrivait à Gonzalo Perez, à propos d'ordres venus de Madrid pour que des troupes fussent envoyées au secours des catholiques de France : « Ces pays ne sont pas comme l'Italie et Milan, où « l'on peut prendre les mesures que l'on veut. Leur « conservation importe tant à Sa Majesté qu'avant de « donner des ordres de là-bas d'une manière si abso- « lue, il faut considérer ce qui est exposé d'ici tou- « chant l'état où sont les choses, et, conformément à « cela, ce qui se peut et ne se peut point (*). »
Philippe H lutta contre l'opposition pendant deux ans et demi ( 2 ) : il lui en coûtait de sacrifier le cardinal ; il avait dit à Gonzalo Perez que, plutôt que dy consentir, il s'exposerait à perdre les Pays-Bas ( 3 ).
(') « No son eslos Estados coma Italia y Milan, para que se puedan tomar espedienles â voluntad. Y importa taoto à Su Magestad la conservation d'estos Estados que, antes de mandar tan absolut amen te las cosas. es menester considéra r lo que se représenta de aqui del estado en que esta, y conforme â esto, lo que se puede ô no se puede. » (Lettre du 6 juillet 4562 : Arch. deSimancas, Estado, leg. 522.)
( 2 ) La première lettre que le prince d'Orange et le comte d'Egmont écrivirent au roi contre le cardinal de Granvelle, est du 23 juillet 4564 ; Philippe II y répondit le 29 septembre suivant. Le 44 mars 4563, Orange et Egmont, auxquels s'était joint le comte de Hornes, lui adressèrent une nouvelle lettre, où ils demandaient, d'une manière plus explicite, le renvoi du cardinal ou leur démission; il y fit réponse le 6 juin. Le 29 juillet 4563, les trois seigneurs lui écrivirent de nouveau, pour lui déclarer qu'ils étaient bien résolus à ne plus paraître au conseil d'État, tant que le cardinal y assisterait.
.( 3 ) Voy. la lettre de Perez à Granvelle, du 45 juin 4563, dans les Papiers d'Éialdu cardinal, t. Vil, p. 402.
Il savait qu'il n'avait point de ministre plus dévoué et plus capable; il croyait que sa justice, autant que son intérêt, lui faisait un devoir de soutenir un homme d'Etat qui avait rendu à son père et à lui-même de si éminents services. Par-dessus tout cela, il regardait la concession qu'on cherchait à lui arracher, comme un acte qui pouvait porter atteinte à sa dignité et à sa réputation en Europe : il s'était refusé longtemps, malgré les instances les plus vives de Catherine de Médicis, à rappeler l'ambassadeur qu'il avait en France, et qui était précisément un frère du cardinal ('). Ces considérations n'empêchèrent pas pourtant qu'il ne finît par céder. Le 22 janvier 1564, il adressa à Granvelle une lettre, de sa main, où il l'invitait à s'éloigner des Pays-Bas, sous le prétexte d'aller voir sa mère en Bourgogne ( 2 ).
Granvelle avait plusieurs fois écrit à son maître qu'il était prêt à quitter les affaires, si sa retraite pouvait conduire au rétablissement de la tranquillité; que le roi devait, sans aucun égard pour lui, prendre telle détermination qu'il jugerait utile à son service ; qu'il lui obéirait de bon cœur ( 3 ). Il avait tenu le même langage à Gonzalo Perez ( 4 ). Il avait fait des déclarations analogues à la duchesse de Parme ( 5 ). Il sentait
( ! ) Thomas Perrenot, seigneur de Chantonay. Voy. p. 224.
(*) Correspondance de Philippe II, etc., t. I,p. 285.
( 3 j Lettres des 6 octobre 4562, 40 mars, 44 avril, 44 juillet, 44 août 4563, dans la Correspondance de Philippe il, etc., t. I, pp. 247, 238, 245, 257 et 264.
(«) Lettres des 47 et 27 juin 4563. [Ibid., p. 253.)
( 5 ) Lettre de la duchesse au roi, du 4 3 mars 4563. [Ibid., p. 242.) -