‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 155 sur 170 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

parfaitement que, le roi ne venant point aux Pays-Bas, il lui était difficile d'y rester (') : les avanies auxquelles il se voyait en butte, les dangers mêmes qu'il courait, y rendaient sa position des plus critiques, et l'on n'est pas surpris de ce qu'il dit dans une de ses lettres, « que Perez ne le reconnaîtrait plus, tant ses ic cheveux ont blanchi ( 2 ). » Il fut néanmoins humilié du congé que le roi lui donnait, et surtout de la forme dans laquelle il lui était donné : il ne lui paraissait pas équitable qu'après une si longue carrière ministérielle, on le renvoyât « sans satisfaction aucune ( 3 ) ; » peutêtre s'était-il laissé aller à l'espoir, dont le berçait Perez, qu'il serait appelé, comme du temps de Charles- Quint, à diriger les affaires de la monarchie ( 4 ). Mais ni le caractère du roi, ni les sentiments des personnes qui l'entouraient, n'autorisaient de telles espérances. Le duc d'Albe, que Granvelle plaçait au nombre de ses amis et avec qui il entretenait une correspondance suivie, aurait été vraisemblablement celui qui eut vu de l'œil le plus jaloux son arrivée à Madrid ; il n'entendait pas avoir en lui un rival, et moins encore un supérieur; le crédit dont Ruy Gomez jouissait auprès du roi ne l'offusquait déjà que trop : lui-même il avait la prétention d'être fait chef du gouverne-

t 1 ) Voir sa lettre à Philippe II, du 42 novembre 4563. (Correspondance de Philippe 11, etc., t. I, p. 274.)

(*) Voir ses lettres des 8 septembre 4563 et 24 janvier 4564. [Ibid., pp. 268, 284.)

( 5 ) Voir sa lettre du 27 juin à Perez, ci-dessus citée.

(*) Voir la lettre de Perez du 24 juillet 4563. [Correspondance de Philippe II, etc., 1. 1, p. 258.)

ment et ministre suprême, comme le connétable de Montmorency l'avait été en France, sous Henri II ( ! ).

Il fallut pourtant que le cardinal se résignât à son sort; il quitta Bruxelles le 13 mars.

C'était un grand triomphe pour l'opposition que la retraite de Granvelle : mais, au fond, la situation des Pays-Bas n'en était guère changée ; elle restait pleine de difficultés et de périls.

A la suite de la paix conclue avec la France, le calvinisme s'était aisément introduit dans les provinces qui confinaient à ce royaume. Les huguenots qui vinrent y chercher un refuge contre les persécutions auxquelles ils étaient en butte sous le règne de François II ( 2 ), en avaient été les premiers apôtres. Durant la guerre civile qui écla ta après la mort de ce monarque, l'amiral Coligny et le prince de Condé, comprenant l'avantage qu'il y aurait pour leur parti, au double point de vue de la politique et de la religion, à se créer des alliés dans les États voisins, firent partir pour les Pays-Bas des ministres chargés d'y prêcher les doc-

(') a II duca d'Alva.... non puô patir d'esser fatto nelle deliberazioni uguale a gli altri, e vorria, corne si dice, che il re lo facesse capo e supremo ministro nel governo, rinunziando tutto il carico a lui, non altramente che solesse già fare in Francia il re Enrico col cou testa bile.... » (Relation de Paolo Tiepolo, de 4563, déjà citée, p. 68.)

(') La duchesse de Parme écrivait, le 40 novembre 4660, aux gouverneurs des provinces frontières : « Je suis de bon lieu advertie comme « grand nombre de réfugiez de plusieurs coustelz, tant du royaulme « de France que d'ailleurs, pour le fait de la religion, et pour craiocte « qu'ilz ont de y estre chastiez pour leurs sectes et hérésies, viennent « cercher et prendre résidence es pays de par deçà, par la hantise et « fréquentation desquelz les bons subjeetz de S. M. pourroient facille- « ment estre séduiclz, etc.... » (Archives du royaume.) *

Page 1