CHAPITRE II
Dans une lettre du 22 mai, don Garcia de Tolède insista pour que l'empereur appelât auprès de lui son pelit-fils (').
La princesse dofia Juana elle-même en écrivit à son père : « Ce sera un peu de fatigue pour Votre Majesté, « lui dit-elle, que d'avoir le prince à Yuste, mais ce <c sera lui donner la vie : aussi je supplie Votre « Majesté d'ordonner qu'il s'y rende incontinent, car « Votre Majesté ne saurait croire à quel point il imc< porte qu'elle nous fasse à tous cette grâce ( 2 ). »
Des instances aussi pressantes, et les termes dans lesquelles elles sont exprimées, doivent faire supposer qu'il n'y avait pas à reprocher seulement à don Carlos un manque d'application, mais que des penchants vicieux, de graves défauts de caractère, alarmaient ceux qui avaient mission de veiller sur sa jeunesse. On est porté ainsi à admettre ce que raconte, de ses inclinations et de son naturel, l'ambassadeur vénitien Badoaro. Il est vrai que cet ambassadeur n'était jamais allé en Espagne ; mais il parle d'après les récils qui se fai-
de la relacion mia y de todo, ansi de lo que se hâce por mi parte en el servicio de S. A., como de lo que en cosa que tanto va se deba mudar. Estos dias se arma por las mafianas, y tornea a pié, que le hace muy buena dispusicion. Solo de hacer mal â caballo no trata S. A., çorque no me parece que por agora lo debe usar. » [Coleccion de documentes inédites, etc., t. XXVI , p. 406.)
(*) Coleccion de documentes inédites, etc., t. XXVI, p. 408.
( 2 ) « .... Aunque sea un poco de trabajo para V. M<i, sera dalle la vid3; y asi suplicoâ V. M d sea servido de mandarle ir luego, porque no puede V. M d créer lo que va en que V. M d nos haga â todos esta merced.... » (Lettre du 8 août 4558, dans la Retraite et mort de Charles- Quint, etc., t. II, p. 406.)
3i DON CARLOS ET PHILIPPE H.
saient à la cour de Philippe II, dans les Pays-Bas, et là on pouvait êtrehien informé. Voici ce que Badoaro disait de don Carlos dans son rapport au sénat de Venise, quelques mois avant 1 époque où nous sommes parvenu :
« Le prince don Carlos est âgé de douze ans. Il a la télé disproportionnée au reste du corps. Ses cheveux sont noirs. Faible de co m pi ex ion, il annonce un caractère cruel. Un des traits qu'on cite de lui est que, lorsqu'on lui apporte des lièvres pris en chasse, ou d'autres animaux semblables, son plaisir est de les voir rôtir vivants. On lui avait fait cadeau d'une tortue de grande espèce : un jour, cet animal le mordit à un doigt; aussitôt il lui arraeha la tète avec les dents. Il paraît devoir être très-hardi et extrêmement porté pour les femmes. Quand il se trouve sans argent, il donne, à l'insu de la princesse, ses chaînes, ses médailles et jusqu'à ses habillements: Il aime à être vêtu avec pompe.... Tout en lui dénote qu'il sera d'un orgueil sans égal : car il ne pouvait souffrir de rester longtemps en présence de son père ni de son aïeul, le bonnet à la main. Il est colère autant qu'un jeune homme peut l'être, et obstiné dans ses opinions Son précepteur s'attache uniquement à lui
expliquer les Offices de Cicéron, afin de modérer l'impétuosité de son caractère : mais don Carlos ne veut presque toujours parler que des choses de la guerre et lire que des ouvrages qui s'y rapportent. Si quelqu'un des sujets de son père va lui faire de ces protestations dont on use ordinairement avec les princes, il les reçoit,