‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 21 sur 170 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

et, le prenant à part- il le force à jurer, en un livre, qu'il le suivra dans toutes les guerres où il ira ; il le contraint ensuite à accepter à l'instant même quelque présent. Les Espagnols prétendent qu'il sera un autre Charles-Quint, s'il ne lui arrive pas ce qui est arrivé au roi des Romains, duquel, alors qu'il était infant en Espagne, on croyait généralement qu'il ferait des merveilles à la guerre ( ! ). »

Charles-Quint, en choisissant pour sa retraite le monastère de Yuste, avait voulu s'affranchir de toute espèce de soucis et d'embarras ; « une vie tranquille, « partagée entre le soin de sa santé et des exercices « pieux, c'était là — nous l'avons dit ailleurs — ce « qu'il était venu chercher au fond de l'Estréma- « dure ( 2 ), » et si, cédant aux désirs du roi, il était intervenu dans plusieurs affaires importantes, il avait fallu, pour l'y déterminer, toute la sollicitude qu'excitaient en lui la gloire de son fils et la grandeur de la monarchie espagnole/La présence à Yuste d'un enfant turbulent et indocile, et la surveillance qu'il aurait eu à exercer sur lui, auraient troublé son repos, altéré le calme dont il jouissait : aussi ferma-t-il l'oreille aux supplications de don Garcia de Tolède. Quand la lettre de la princesse dona Juana lui parvint, il souffrait de la goutte; il ne s'en vit délivré que pour retomber dans une maladie plus grave, et ce fut celle qui l'emporta le 21 septembre 1558.

t 1 ) Relations des ambassadeurs vénitiens sur Chartes-Quint et Philippe IL pp. 63 et suiv.

(*) Retraite et mort de Charles-Quint, etc., t. II, p. lxii.

La mort de l'empereur ne fut pas sans exercer de l'influence sur la conduite de don Carlos : il respectait et redoutait son aïeul; au contraire, il n'avait ni crainte ni déférence pour sa tante dofia Juana, et les instructions écrites de son père venaient de trop lofji, pour qu'il en fût beaucoup touche. A partir de cette époque, on remarqua qu'il s'abandonnait de plus en plus à ses penchants : une lettre d'Honorato Juan, adressée au roi pour lui seul, et avec prière de la déchirer après l'avoir lue, nous fournit là-dessus des renseignements qui méritent plus de croyance que les rapports de l'aumônier Osorio( l ). Le précepteur s'exprimait ainsi :

« Son Altesse se porte bien, béni en soit Dieu ! Je fais, relativement à ses études, ce que je puis, et plus et avec plus de peine que ne feraient peut-être d'autres précepteurs. Je regrette de ne pas réussir autant que je le désirerais. La cause d'où je pense que cela procède, Votre Majesté, par aventure, l'apprendra quelque jour de Son Altesse ( 2 ), s'il plaît à Dieu, ainsi que les efforts que je n'ai cessé de faire pour servir Votre Majesté et Son Altesse, au milieu de toutes ces difficultés, qui n'ont pas été p£u nombreuses ni de peu de gravité. C'est pour moi un cha-

(') Voy., dans la Coleccion de documentes inéditos, etc., t. XXVII, pp. 496, 490, 202, les lettres d'Osorio à Philippe II, des 40 janvier, 23 avril et 47 mai 4559, du il dit et répèle que le prince * gana cada dia a en bondad, cristiandad y entendimiento. »

( 2 ) Par Son Altesse Honorato Juan entend évidemment ici la princesse dona Juana : mais est-ce d'elle ou de don Carlos qu'il est question deux lignes plus bas?

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