‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 22 sur 170 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

griii bien sensible, que de voir le fruit des leçons données à Son Altesse ne correspondre pas à ce qu'il fut dans le commencement et pendant plusieurs années, comme tout le monde le vit iei et que Votre Majesté en fut informée là-bas. Mais je ne veux pas donner à ce sujet plus d'ennui à Votre Majesté, surtout après ce que je lui ai écrit dernièrement : tenant pour certain d'ailleurs que cela et beaucoup d'autres choses ne pourront se redresser qu'à la venue de Votre Majesté, et après quelle aura jugé par elle-même de ce qu'il convient de faire pour le bon établissement de tout. Je supplie Votre Majesté de me pardonner la hardiesse que je me permets dans cette lettre, et d'ordonner qu'elle soit déchirée, car mon intention est qu'elle soit lue de Votre Majesté seule ( , ). De Valladolid, 50 octobre 1558.

« Honorato Juan, m

f 1 ) « Su Alleza esta bueno, bendilo Dios, y yo hago en sus estudios lo que puedo, y harto mas de Jo que otros maestros quiza bizieran, y con arlo mas trabajo. Pésame que no aproveche tanto esto como yo deseo. La causa de donde yo pienso que esto procède, entenderâ por aventura V. M d de Su Alta algun dia, plaziendo â Dios, y lo que con todas estas difficullades. que no han sido pocas ni de poco momento, me he esforzado siempre â servir â V. M d y à Su Alt». Pésame en el aima que el aprovechamiento de Su AIt a no sea al respeto de como comenzô y fué los primeros anos, que fuô el que aquî vicron lodos y alla, entendiô V. M«*. p e ro yo no eutiendo de dar eu esto mas pesadumbre â V. M d , especialmente baviéndolo hecho los dias passados, y tiniendo por cierto que esta y olras muchas cosas no se puedeii bien remediar hasta la venida de V. M f * t y hasta que V. M«i mismovea lo que conviene que se haga para el buen asiento de todo ello. Y suplico â V. M d me perdone este atrevimiento, y sea servido de mandar romper esta, porque mi intention es que solo V. M A Ialea. » (Coleccion de documentes inédites, etc., t. XXVI, p. 398.)

Philippe II lui répondit de manière à le tranquilliser : « Je sais — lui dit-il — que vous avez de mon « fils tout le soin convenable; je vous invite à contt- « riuer, quoique le prince ne profite pas de vos leçons « et de vos avis autant qu'il le faudrait : mais cela « servira toujours à quelque chose ('). » En même temps, il écrivit à don Garcia de Tolède, pour qu'il eût l'œil sur ceux qui fréquentaient le prince, et qu'il soupçonnait de le détourner de ses études ( 2 ).

Malgré la terreur qu'inspirait en Espagne l'inquisition établie, ou plutôt confirmée avec une autorité plus grande par les rois catholiques ( 3 ), les opinions de Luther avaient pénétré dans ce pays, et, circonstance bien notable, elles y avaient piour principaux propagateurs deux hommes qui, par leur savoir et leur doctrine, s'étaient attiré la bienveillance particulière de Charles-Quint, qui avaient été ses prédicateurs favoris, et dont il avait employé la parole éloquente contre les protestants d'Allemagne. L'un,

(') « .... He entendido la salud del serenissimo principe mi hijo, y lo (fue passa en lo de su estudio, de que se que leneys el cuidado que conviene; y assi os encargo lo hagays, aunque no saïga tambien â ello como séria menés ter, que todavîa aprovecharé.... » (Lettre du 34 mars 4 559, ap. Kircuer, p. 440.)

( 2 ) Ibid.

( 3 J L'ambassadeur vénitien Gaspardo Contarini, dans sa relation faite au sénat, le 46 novembre 4525, disait du conseil de l'inquisition d'Espagne : « Questo consiglio è di tanta autorité e tanta venerazione che « tutti tremano di lui. » (Relazioni degli ambasciatori veneti al senato, série 4» e , t. II, p. 40.)

Federico Badoaro disait, à son tour, dans sa relation de 4557 : « Proce- « dono tanto rigorosamente che inducono terrore in tutti.... « {Relations des ambassadeurs vénitiens sur Charles-Quint et Philippe II, p. 72.)

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Conslantino Ponce delaFuente, chanoine magistral de Séville, s'appliquait à les répandre dans l'Andalousie; l'autre, Agustino Cazalla, chanoine de Salamanque, avait choisi la Vieille Castîtîe pour le centre de ses prédications : c'était le plus souvent à Valladolid, dans la maison de sa mère, dona Leonor de Vibero, veuve de Pedro Cazalla, contador du roi, qu'il réunissait ses adhérents ( ! ).

Ces deux foyers d'hérésie furent découverts, quelques mois avant la mort de Charles-Quint, par les soins de l'inquisiteur général , Fernando de Valdès, archevêque de Séville. Nous allons dire comment, en ce qui concerne le dernier ; nous avons là-dessus des renseignements très-précis que Valdès lui-même mit sous les yeux de l'empereur : il n'est pas de notre sujet de parler de ce qui se passa en Andalousie.

Valdès était à Valladolid , occupé d'affaires trèsimportantes pour la religion, lorsqu'on vint lui révéler que des personnes, en grand secret, et sous couleur d'enseigner des choses qui paraissaient saintes et bonnes, y mêlaient des maximes mauvaises et hétérodoxes. Les révélateurs étaient du nombre de ceux qu'on avait voulu endoctriner ; ils étaient scandalisés du langage qu'ils avaient entendu tenir. Valdès se garda d'éclater d'abord : il prescrivit, au contraire, aux dénonciateurs de retourner aux conventicules où ils n

(*) Llorente, Histoire de l'inquisition, passim. — Adolfo de Castro, Historia de los protestantes espanoles, pp. 460 et suiv. — Miginet, Charles-Quint, son abdication, son séjour et sa mort au monastère de Yuste, pp. 352 et suiv.

avaient assisté, de lâcher de recueillir par écrit quelques-unes des opinions qui y étaient avancées, et surtout de s'attacher à connaître les noms de ceux par qui elles étaient expliquées et soutenues. Il obtint ainsi la plupart des éclaircissements qu'il désirait. Il dissimula pourtant encore, dans l'espoir de mettre la main sur un plus grand nombre d'affiliés à la nouvelle

secte.

Sur ces entrefaites, il arriva que l'évêque de Za-

mora fit renouveler, dans son église, certains édits qu'on avait l'habitude de publier en carême, pour obliger ceux qui avaient connaissance de quelques péchés publics, ou de quelques superstitions , de les dénoncer. A celte occasion on lui signala, comme ayant proféré des paroles suspectes en matière de foi , un gentilhomme de sa ville épiscopale, nommé Cris lovai de Padilla; il le fit saisir et emprisonner. Il ne le tint pas toutefois au secret, et Padilla en profita pour communiquer, verbalement et par lettres, avec ses amis. Il leur donna ainsi l'éveil, de manière que plusieurs d'entre eux jugèrent prudent de s'enfuir. Valdès, qui en fut instruit, crut ne devoir plus différer les mesures qu'il méditait. Il ordonna l'arreslolion du docteur Cazalla, de trois de ses frères et deux de ses sœurs, de don Pedro Sarmiento de Rojas, fils de don Juan de Rojas, premier marquis de Poza, de doîia Mençia de Figueroa, sa femme, de doîia Ana Enriquez, sa nièce, fille du marquis d'Alcaïiices, de don Luis de Rojas, petit-fils du marquis de Poza, héritier de sa maison, et d'autres individus des deux

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