‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 24 sur 170 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tentés de suivre l'exemple de ces audacieux novateurs, et il fut décidé qu'un auto-da-fé général, auquel assisteraient doîîa Juana, don Carlos et toute la cour, serait célébré, le dimanche 21 mai, sur la plaza mayor de Valladolid (').

(*) Dans son Hlstoria de îos protestantes espanoles, M. de Castro a donné des détails intéressants sur la manière dont se célébraient les auto-da-fé, et sur les cérémonies par lesquelles l'inquisition y préludait. Ces détails sont assez peu connus, pour que nous croyions devoir les consigner ici.

« La publication de l'auto-da-fé se faisait par Talguazil mayor et par un secrétaire du saint-office, lesquels sortaient du palais de l'inquisition à cheval, accompagnés de plusieurs familiers et d'autres ministres, ainsi que de la plupart des gentilshommes de la ville. Arrivés avec eux à la porte de Tayuntamiento, ils y donnaient la première lecture du bando portant que, pour la gloire de Dieu et l'exaltation de la sainte foi catholique, il serait célébré un acte général tel jour et à telle heure ; puis, suivis de tambours , trompettes et hautbois, ils allaient répéter cette lecture dans les principales rues et carrefours.

a On construisait dans le même temps, sur la grand'place, un échafaud au centre duquel était dressé un autel avec une croix verte, et deux chaires, une de chaque côté de l'autel, pour les secrétaires chargés de lire les sentences des condamnés. On élevait aussi deux estrades, pour les chapitres ecclésiastique et séculier, avec une galerie circulaire en bas, où les hallebardiers, comme formant la garde du tribunal, devaient se tenir. Enfin on construisait un échafaud, appelé média naranja (coupole), pour les condamnés.

• La veille de l'auto-da-fé, un secrétaire et d'autres ministres de l'inquisition, précédés des crieurs publics, parcouraient les lieux les plus fréquentés de la ville, et y publiaient un bando contenant la défense : \° de porter des armes offensives ou défensives, depuis ce moment jusqu'au lendemain après l'exécution des sentences, sous peine de confiscation desdites armes et d'excommunication majeure; 2° d'aller, le lendemain, à partir de deux heures de l'après-midi, en voiture, à cheval ou en chaise , dans les rues où devait passer la procession , et sur la grand'place.

« Le même jour, la procession de la croix verte sortait du saint-office, accompagnée de toutes les communautés de religieux qu'il y avait en la

ii DON CARLOS ET PHILIPPE IL

Dans cette horrible cérémonie, qui dura depuis sept heures du matin jusqu'à sept de l'après-midi , deux

ville et aux environs, des commissaires, écrivains et familiers du district, à la suite desquels marchaient les consul teurs, les qualificateurs el les autres officiers du tribunal, avec les secrétaires, l'alguazil mayor et le fiscal, tous portant de grands cierges blancs allumés. La croix verte marchait eutre les officiers, enveloppée d'un voile noir, sous un dais. Des musiciens chantaient l'hymne Vexilia régis prodeunt, etc. En cet ordre, la procession se rendait à la grand'place, où était construit l'échafaud; la croix verte était placée sur l'autel, pour y demeurer toute la nuit, entourée de douze torches blanches allumées sous la garde de moines de Tordre de Saint- Dominique et des hallebardiers.

« Le jour de Tauto-da-fé, aux premières lueurs de l'aube, tous ceux qui devaient y être sentenciés étaient réunis dans la chapelle de l'inquisition. A la même heure se formait la procession pour les conduire à l'échafaud. En tète était portée la croix de la principale église, couverte d'un voile, et accompagnée des curés des paroisses et de nombre d'autres ecclésiastiques. Puis venaient les condamnés, avec les effigies de ceux qui étaient morts ou qu'on n'avait pu prendre, et les os des défunts. La compagnie des hallebardiers répartie en deux ûles les escortait ; ils étaient rangés selon la gravité de leurs délits, les moius coupables précédant ceux qui l'étaient davantage. Tous étaient affublés du sanbenito; ils avaient, de plus, une mitre de carton sur la tête, une corde de genêt au cou, et une torche de cire verte à la main : des familiers de l'inquisition marchaient à leurs côtés. Cette procession était fermée par l'alguazil mayor de l'inquisition, et par quantité de gentilshommes qui tenaient à honneur d'être familiers de ce très-compatissant (piadosisimo) tribunal.

« Peu après, le tribunal lui-même sortait de la maison du saintoffice, accompagné des deux chapitres, ecclésiastique et séculier, et de quelques familiers portant la verge haute, tous à cheval. A leur arrivée sur la grand'place , ils mettaient pied à terre, et allaient occuper les sièges qui leur étaient destinés. A l'extrémité de l'échafaud, il y avait une estrade do huit marches, couverte d'un grand tapis, sur laquelle étaient disposés trois fauteuils de velours cramoisi, appuyés à un dais de la même matière, où l'on voyait les armes royales avec les insignes de l'inquisition. Les inquisiteurs s'asseyaient dans ces trois fauteuils : le fiscal de l'inquisition, ayant devant lui l'étendard du saint-office déployé sur un piédestal, occupait un siège à leur droite.

« Lorsque tout le monde était assis, un prêtre montait dans la chaire

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