CHAPITRE III
de ] allégresse publique ( ! ). Le bonheur qu'il éprouvait de revoir sa ville natale fut troublé par l'état où il trouva son fils : don Carlos avait été, quelque temps auparavant, atteint de la fièvre quarte, et il n'en élait pas guéri ( 2 ). Dès qu'il fut un peu mieux, le roi le revêtit des insignes de la Toison d'or, qui lui avait été conférée dans le chapitre tenu à Anvers au mois de janvier 1356 ( 3 ).
Les luthériens arrêtés en Caslille et livrés au saintoffice, l'année précédente, n'avaient pas tous été compris dans l'auto-da-fé du 21 mailles inquisiteurs avaient voulu en réserver un certain nombre , pour donner au roi catholique, à son retour en Espagne, un spectacle qui réjouît son cœur et charmât ses yeux. La cérémonie fut fixée au dimanche 8 octobre. Elle eut lieu, comme la précédente, sur la grand'place de Valladolid.
C'était le premier auto-da-fé auquel Philippe II assistât : les plus grands préparatifs furent faits, afin de l'environner d'une solennité et d'un apparat extraordinaires ; on imagina, notamment, de construire pour les condamnés un échafaud disposé de façon qu'ils pussent être vus de toutes les parties de la grand'place et des rues qui y aboutissaient. Aujourd'hui que les sentiments d'humanité et de tolérance ont pénétré dans les masses aussi bien que dans les classes supérieures de la société, on a de la peine à comprendre
(') Vandenesse. — Cabrera, Felipe 11, liv. V, chap. III, p. 235.
( 2 ) Vandenesse.
( 3 ) De Reiffenberg, Histoire de ta Toison d'or, pp. 449 et 482.
l'affluence de curieux qu'attira, des divers points de la Castille, ce spectacle abominable ; des témoins oculaires (') n'en évaluent pas le nombre à moins de deux cent mille. Le roi s'y rendit, accompagné de la princesse sa sœur, de don Carlos, du prince de Parme Alexandre Farnèsc, et d'une suite nombreuse, où l'on remarquait les ambassadeurs de France, plusieurs évéqitcs, le connétable et l'amiral de Castille, les ducs de Nàjera et d'Àrcos, les marquis de Dénia etd'Aslorga, les comtes d'Urueîïa, de Bena vente, de Buendia, etc. Le sermon fut prêché par don Juan Manuel, évêque de Zamora; ensuite il fut donné lecture, selon l'usage, des sentences des condamnés. Cela fait, le cardinal-archevêque de Séville, don Fernando de Valdès, inquisiteur général, se tournant vers le roi, lui dit : Domine, adjuva nos. Philippe se leva, et tira son épéc en signe de la volonté qu'il avait de s'en servir pour la défense du saint-office. L'archevêque alors lui adressa les paroles suivantes : « Les décrets apos- « toliques et les saints canons ayant ordonné que les « rois jurent de favoriser la sainte foi catholique et la « religion chrétienne, V. M. jure-t-clle, par la sainte « croix, qu'elle donnera tout l'appui nécessaire au « saint-office de l'inquisition et à ses ministres contre « les hérétiques et apostats, contre ceux qui les sou-
(') Vandenesse, dans son Journal manuscrit des voyages de Charles V et de Philippe II, et Diego de Simancas, secrétaire à cette époque du saint-office, qui a laissé une description de l'auto- da-fé du 8 octobre 1559, citée par M. de Cas>tro dans son Uistoria de los protestantes espanoks, p. -I7G.