‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 30 sur 170 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

'< tiendront et favoriseront, et contre quiconque, « directement ou indirectement, mettrait obstacle à « l'action du saint-office; qu'elle forcera tous les « sujets et naturels de ses royaumes à obéir et se « conformer aux constitutions et lettres apostoliques « données et publiées pour la défense de la sainte foi « catholique contre les hérétiques et contre ceux qui « les croient, reçoivent ou favorisent? » A quoi le roi répondit : « Je le jure ('). »

Les condamnés étaient au nombre de dix-huit.

Parmi eux figuraient don Carlos de Sesse, d'une famille illustre d'Italie, et dont la femme, doiia Isabel de Caslille, descendait du roi don Pedro; doîîa Isabel de Caslille elle-même et dona Catalina de Caslille, sa nièce; fray Domingo de Rojas, religieux dominicain, de la famille des marquis de Poza; Pedro Cazalla, curé de Pedrosa, dans l'évêché de Zamora; Domingo Sanchez, prêtre des environs de Logrono, et huit religieuses du couvent de Belcn, de Tordre de Cîteaux, à Valladolid. Sesse, Rojas et un serviteur de Pedro Cazalla, ayant persévéré dans leurs erreurs, furent brûlés vifs On jeta aussi dans le feu l'effigie et les os d'une béate de Valladolid, nommée Juana Sanchez, qui s'était donné la mort en se frappant de plusieurs coups de ciseaux à la gorge. Cinq des religieuses et quatre autres condamnés se confessèrent afin d'échapper au bûcher: ils subirent la peine

( ! ) Cabkera, Felipe II, liv. V, chap. III. — Adolfo de Castro, llisloria de los protestantes espafwles, pp. 476 et 177.

du garrote. Enfin, les autres religieuses, avec dofïa Isa bel et dona Catalina de Castille, furent ramenées en prison, pour y rester détenues à perpétuité (*). « C'estoit grande pitié à veoir, » dit Vandenesse, auteur d'un Journal des voyages de Charles-Quint et de Philippe II, qui était présent.

Lorsque l'on conduisait don Carlos de Sesse au quemaderO; il dit au roi, en passant devant lui : « Com- « ment vous, qui êtes un si grand gentilhomme, pou- « vez-vous permettre qu'on me livre aux flammes ? » Philippe lui répondit froidement : « Si mon fils était « aussi mauvais que vous, j'apporterais moi-même le « bois pour le brûler ( 2 ). » Paroles horribles, et qui

(') Adolfo de Castro, ouvrage cité, pp. 477-183.

( 2 ) Il y a plusieurs versions de ces fameuses paroles, famosa sentencia, comme dit un des panégyristes de Philippe II.

Celle que nous donnons est tirée de Cabrera : « Yo traere la lena a para quemar â mi hijô, si fuere tan malo como vos. » (Felipe 11, liv. V, chap. III.)

Fray Agustino Davila, qui prononça l'oraison funèbre de Philippe, en 4598, à Valladolid, lui fait dire : « Si mon fils était contraire à l'Église « catholique, j'apporterais les sarments pour qu'on le brûlât : v » Si mi kijo fuere contra la lglesia catôfica, yo llevare los sarmientos para que loquemen. (Adolfo de Castro, Historia de los prolestantes espanoles, p. 184.)

Balthasar Porreno, dans les Dichos y hechos del rey don Felipe 11 el Prudente (Séville, 4639), amplifie ainsi les paroles prononcées par le roi : « Il est bien que le sang noble, s'il est taché, se purifie dans le feu ; si le « mien propre Tétait en la personne de mon fils , je serais le premier « qui l'y jetterait : » Muy bien que la sangre noble, si esta manchada, se purifique en elfuego; y si la mia propia se manchare en mi hijo, yo séria et primero que lo arrojase en él. (Adolfo de Castro, ouvrage cité,

Malgré le témoignage de Cabrera et de Davila, il nous restait encore quelque doute sur les affreuses paroles qu'on meC dans la bouche de

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