‹ Don Carlos et Philippe II (volume 5)Chapitre 31 sur 170 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

montrent jusqu'à quel point ce monarque poussait le fanatisme !

Philippe II quitta Y alladolid le lendemain. Il avait hâte d'assembler les cortès de Castille : son trésor était épuisé, il lui fallait de l'argent, et il voulait aussi que les représentants de la nation reconnussent, pour son futur héritier, le prince des Asluries, qui allait bientôt accomplir sa quinzième année ('). Il les convoqua à Tolède, où il se rendit avec dona Juana, don Carlos et toute sa cour.

L'ouverture des cortès se fit le 9 décembre, dans la grande salle de Falcazar : le roi y présida , assis sous un dais, et ayant le prince à son côté. La proposition fut lue par le secrétaire d'État Juan Vazquez de Molina; elle roulait principalement sur les deux objets que nous avons indiqués ( 2 ). Les procuradores répondirent qu'ils étaient prêts à reconnaître le prince, et, quant aux subsides demandés par le roi, « qu'ilz

Philippe II ; mais nous n'en avons plus conservé, après avoir lu une lettre que révoque de Limoges, Sébastien de l'Aubespine, ambassadeur de France à Madrid, écrivait à Catherine de Médicis, le 20 janvier 4562. Plusieurs Français avaient été arrêtés par l'inquisilion, les uns pour avoir apporté des livres en Espagne, les autres pour avoir parlé de matières religieuses; elle venait de faire emprisonner Bobuze, apothicaire de la reine Elisabeth et beau-frère du médecin de Charles IX. L'Aubespine écrit à ce propos : « Quoy que j'en fasse instance (pour sa mise en « liberté) au roy catholicque etàtousçeulxde par deçà, je n'ay responce « autre de S. M. : que, si cestoit son propre filz , et qu'il eust en cest « endroit péché, il le feroit morir. »

( 1 ) Philippe II avait été reconnu par les cortès pour futur héritier de la couronne, lorsqu'il ne comptait pas encore un an. (Cabrera, liv. I, chap. I, p. 3.)

( a ) Vaindekesse, Journal des voyages de Charles-Quint et de Philippe 11.

« espéroient se monstrer telz que S. M. auroit cause « raisonnable de s'en contenter ( ! ). »

La prestation du serment que le prince avait à recevoir de tous les ordres de l'Etat et à leur faire

réciproquement, était une cérémonie longue et fatigante ; elle dut être différée, à cause de l'état de don Carlos que la fièvre avait repris.

Cependant Elisabeth de Valois , fille de Henri II et de Catherine de Médicis , dont le mariage avec le roi d'Espagne avait été convenu dans les négociations de Caleau-Cambrésis , venait de quitter la cour de France, se dirigeant vers sa nouvelle patrie. Reçue à Roneevaux, le 4 janvier 1560, par don Francisco de Mendoza , cardinal-archevêque de Burgos , et par le duc de l'Infantado, elle poursuivit sa route, à travers les provinces de la Péninsule, au milieu des marques de respect , des cris de joie et d'amour de toutes les populations, charmées de sa jeunesse, de sa beauté, de sa grâce, et heureuses d'une alliance qui présageait de longues années de paix. Le 28 janvier, elle arriva à Guadalajara ( 2 ), où devait se célébrer le mariage ; elle descendit au palais du duc de l'Infantado, que ce seigneur avait mis à la disposition du roi : la princesse doîïa Juana l'y attendait, et lui en fit les honneurs ( 3 ).

(*) Lettre du secrétaire Courtewille au président Viglius, écrite de Tolède, le 23 décembre K 559.

( 2 ) Lettre de Courtewille à Viglius, du 29 janvier 4560.

( 3 ) Van DEN ESSE.

Cabrera, copié par presque tous les historiens, prétend qu'Llisabeth fut reçue à Guadalajara par la princesse et par don Carlos. C'est une des nombreuses erreurs que nous aurons à lui reprocher.

Page 1